Le luth de Romain Gary : à la recherche d’une vocation ratée

Publié le 2021-10-22 | lenouvelliste.com

Paru pour la première fois en 1962, chez les Éditions Gallimard, « Le luth » figure parmi ces nombreuses nouvelles laissées par Romain Gary, grand écrivain français du XXe siècle, dans son ouvrage intitulé « Les oiseaux vont mourir au Pérou ». Un recueil adapté, le 13 novembre 2002, par son éditeur, en une version plus condensée sous le titre : « Une page d’histoire et autres nouvelles ». Ce deuxième livre comporte cinq nouvelles : le luth, le faux, Noblesse et grandeur, Une page d’histoire et les habitants de la terre.

Des désirs refoulés qui réapparaissent

Romain Gary, dans son texte, « Le luth », raconte la vie tumultueuse d’un diplomate, le comte de N, hanté par le profond sentiment d’avoir raté sa vocation. Même son apparence physique le témoigne : « Grand, mince, de cette élégance qui va si bien avec des mains longues et délicates, aux doigts qui semblent toujours suggérer toute une vie d’intimité avec les objets d’art, les pages d’une édition rare ou le clavier d’un piano, l’ambassadeur comte de N… avait passé toute sa carrière dans des postes importants, mais froids… » (Une page d’histoire et autres nouvelles, page 13).

En mission depuis plus d’un an à Istanbul, le comte de N découvre un aspect caché de lui : une attirance soudaine pour les objets d’art. Désormais, il « passait ses matinées à errer à la chancellerie ; l’après-midi, il errait longuement parmi les mosquées, dans les souks, s’attardant chez les marchands d’objets d’art et d’antiquités ; il restait des heures en méditation devant une pierre précieuse ou à caresser, de ses doigts longs et fins, qui paraissaient faits pour ce geste, une statuette ou un masque, comme pour essayer de les rendre vie. » (page 20)

Au contact des objects artistiques, il éprouve un certain regret. « Parfois, lorsque ses doigts suivaient sur une statue les formes que l’inspiration de l’artiste lui avaient imposées, il étaient soudain saisi d’une profonde tristesse et il lui fallait faire un effort pour conserver cet air digne et tranquillement assuré que tout le monde attendait de lui. C’est à ce moment qu’il éprouvait avec acuité le sentiment d’une vocation manquée. » (page 21)

La découverte du luth

Le comte est attiré par les objets d’art, mais ne s’en procure jamais. Il passe son temps chez les antiquaires d’Istanbul sans faire le moindre achat. « Il me semble qu’il manque toujours l’essentiel aux objets d’art les plus parfaits », avoue-t-il une fois à sa femme. (page 22)

Y-at-il un artiste, un sculpteur un musicien caché sous l’enveloppe de parfait diplomate du comte de N ?

Un jour, à l’antiquaire de Ahmed, le comte rencontre le luth, un instrument de musique introduit en Europe par les croisées, pour la première fois. Fasciné par la beauté de cet objet d’art qui parle, il s’en empare automatiquement. Depuis, il ne peut s’en débarrasser. Il entreprend même de prendre des cours de luth.

Le luth de Romain Gary, est à la fois un texte réaliste et persuasif. Dans un langage poétique, subtil et emphatique, l’auteur retranscrit les ressentis de son personnage, le comte N.

Marie Juliane David
Auteur


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