Hommage au poète Carl Brouard

Hommage au poète Carl Brouard

Publié le 2021-09-23 | lenouvelliste.com

Cinquante-six ans après sa mort, l’un des maîtres à penser de l’indigénisme haïtien continue de nous marquer. Les commémorations se multiplient. Le samedi 18 septembre 2021, les ateliers Encriture a organisé une prestation théâtrale en hommage à Carl Brouard. Cet émouvant hommag a eu lieu sur la place publique de Carl Brouard à l’angle des rues Dehoux et Saint-Alexandre. Ponctué de prestations, de chants, de témoignages et de rituels, la cérémonie a rassemblé bon nombre de personnes.

À l'initiative de « Les Ateliers Encriture », le samedi 18 septembre, sous un soleil de fin d’après-midi, s'est déroulée dans le quartier de Bas-Peu-de Chose une grande cérémonie d’hommage à Carl Brouard, auteur de « Écrit sur du ruban rose »

Il est cinq heures et demie, le soleil dessine un trait brillant sur l’asphalte.  Les participants échangent entre eux. Les commentaires fusent. Des murmures. Des éclats de rire. Des regards. Les visages se succèdent, beaux comme la pleine lune. Tout de noir vêtus, les comédiens Wood-Kendy Louis et Yves Marie Gustave parés de toute élégance et de tout éclat nécessaire se retrouvent à l’intérieur d’un cercle. Un cercle tracé avec de la farine et quelques petites fleurs roses. Debout l’un face à l’autre, Yves Marie Gustave a donné le ton avec un poème de Carl Brouard.

« Tambour

quand tu résonnes

mon âme hurle vers l’Afrique.

Tantôt je rêve d’une brousse immense

baignée de lune,

où s’échevèlent de suantes nudités.

Tantôt d’une case immonde,

où je savoure du sang dans des crânes humains »

L’auditoire applaudit le comédien avec une fervente admiration. L’assistance est traversée d'un doux plaisir de savourer de beaux morceaux d'antologie. Cette cérémonie d’hommage se consacre comme le clou de la soirée au Bas-Peu-de-Chose.

Tout de suite après la prestation de Yves Marie Gustave, l’attention générale converge vers le jeune comédien Wood Kendy Louis. Il enchaîne :

« Écoutez, compagnons,

je vais vous dire des choses…

Tout d’abord, versez à boire :

Quand j’aurai claqué, mes chers copains,

ne pleurez pas,

n’écrivez point de plaintives élégies,

surtout, ne faites pas de vers In Memoriam.

Mais que ma tombe vous soit une taverne

où l’on chante,

où l’on se saoule,

et que le rythme mystique et sensuel d’une méringue

me berce dans ce moelleux hamac qu’est

le néant.

Je vide ce verre

avec l’espoir

que les toasts qu’il me reste à faire

ne seront pas nombreux. »

L’assemblée applaudit. Le ton est donné, le public est plus attentif que jamais. Les comédiens ont lu avec entrain le texte et avec une grande sensibilité. Durant toute la prestation de Wood Kendy-Louis, et de Yves Marie Gustave, le public est joyeux. La poésie de Carl Brouard est sur toutes les lèvres.

« Carl Brouard (1902-1965) est l’un des rares écrivains qui, lorsqu’il s’aventure sur le terrain de la pensée, ne se perd jamais dans la théorie, mais rebondit avec son lecteur dans une vitalité poétique pleine de verdeur. Sa poésie est un hymne à la femme haïtienne à travers de véritables portraits qu’il fait dans des vers empreints de sensualité. », a déclaré le poète Yves Marie Gustave, responsables de Les Ateliers Encriture. Pour le jeune comédien, il y a l’urgence de faire connaitre le poète dans tous les recoins de la ville. « Carl Brouard est un poète qui dit son émerveillement et son étonnement d’être au monde, dans une langue simple et riche, vibrante de sensualité, qui s’adresse aux hommes et à leur chair, mais aussi aux âmes, aux paysages et aux langues », a dit l’initiateur de ce mouvement.

Selon Wood-Kendy Louis il faut d’abord sensibiliser les gens au théâtre en impliquant directement ces derniers à une activité théâtrale autre que le spectacle. "C’est pourquoi les Ateliers Encriture place autant l’emphase sur des spectacles poétique," dit-il. Poursuivant son propos : « En d’autres mots, il faut démystifier le théâtre et le rendre accessible non seulement à certains intéressés, mais aussi à toute la ville ».

Credit photo : Laurent Pierre André



Réagir à cet article