Incapacité grandissante d’approvisionnements en produits pétroliers

Publié le 2021-09-08 | lenouvelliste.com

Le pays risque un « lòk ». « Un bandit lòk », si la PNH, sous la férule de Léon Charles, ne parvient pas à desserrer l’étau des criminels lourdement armés qui rendent impossible les opérations au terminal pétrolier de Varreux, a appris Le Nouvelliste, mercredi 8 septembre 2021.

« Le terminal pétrolier de Varreux représente 70 % de notre capacité de stockage. Il n’a pas pu délivrer de produits pétroliers depuis le 2 septembre 2021 à cause de l’action de bandits armés au bas de la ville », s’inquiètent des sources interrogées par le journal.

« Cette fois, le pays risque un lòk à cause du blocage de cette artère stratégique », a poursuivi une de ces sources, inquiète des conséquences de l’amenuisement des stocks constitués sur les activités et opérations des entreprises, des particuliers, des hôpitaux, des compagnies téléphoniques etc.

Si une solution n’est pas trouvée au plus vite, on va avoir un double problème. D’abord les délais d’approvisionnement seront plus longs. Ensuite, nous avons de l’essence dans nos cuves et l’absence justement d’espace de stockage pour la commande en cours de produits pétroliers, a détaillé une autre source proche de l’industrie pétrolière. Il y a des frais à payer au bateau tant et aussi longtemps que par notre faute, il n’a pas dépoté la marchandise, a poursuivi cette source.

Le SOS de l’APPE aux autorités

L’ Association des professionnels du pétrole (APPE), dans une lettre en date du 7 septembre, a attiré l’attention du ministre de la Justice et de la Sécurité publique Rockefeller Vincent « sur la situation d’insécurité qui compromet le chargement des camions dans les terminaux pétroliers ». 

« Le terminal de Martissant est fermé depuis le 5 juillet, depuis que des gangsters ont tiré sur le navire de propane alors qu’il déchargeait sa cargaison. Le terminal de Thor est en rupture de stock d’essence à répétition car tous les clients viennent y charger leurs camions, lorsqu’ils ne peuvent plus accéder au terminal de Varreux ou lorsque les files d’attente y sont trop longues (ce qui est le cas lorsqu’un navire décharge sa cargaison après une période de rupture de stock). Le terminal de Varreux est inaccessible depuis le 1er septembre, car les gangsters bloquent les accès routiers », lit-on dans cette lettre de l’APPE au ministre de la Justice. 

« D’autres part, le blocage du terminal de Martissant contribue à engorger le terminal de Varreux », selon l’APPE. « Les capacités de stockage de Varreux représentent environ 70 % de la capacité totale de stockage de produits pétroliers du pays et il assure le stockage pour toutes les compagnies pétrolières présentes sur le marché. Cette situation pénalise les compagnies pétrolières, leurs clients et le pays car les ruptures de stocks entravent l’ensemble de l’activité économique », selon l’APPE. 

« Les compagnies pétrolières travaillent dans des conditions de sécurité très dégradées et sont à la limite de ce qu’elles peuvent faire pour assurer la sécurité de leurs personnels, de leurs installations et pour continuer d’avitailler leurs clients et permettre ainsi le fonctionnement de l’économie du pays », selon la lettre de l’APPE. 

« Tout en reconnaissant les difficultés du moment, c’est un véritable appel à l’aide que l’APPE lance aux autorités  du pays pour garantir le libre accès aux terminaux pétroliers », lit-on dans cette lettre signée par Randolph Rameau, président de l’APPE. 

Le Premier ministre Ariel Henry, le ministre de l’Economie et des Finances, le ministre du Commerce et de l’Industrie, le directeur de l’ANARSE ont reçu copie conforme de cette lettre.

Le DG de la PNH au pied du mur

Nos sources ont indiqué que le Premier ministre Ariel Henry, chef du CSPN a enjoint le DG de la PNH, Léon Charles, de trouver une solution au plus vite à cette situation.

Le renforcement des positions des bandits au bas de la ville où, la semaine dernière, deux employés de banque, l’un de Capital Bank et l’autre de la BNC ont été kidnappés, crée une vraie panique. « Tout le monde est sur le qui-vive. Certains employés de la BRH, la peur au ventre, laissent leur travail un peu plus tôt que d’habitude. Cela risque d’avoir un impact désagréable sur l’État qui, par ailleurs, perd aussi une source d’alimentation. La douane du port ne fonctionne pas. Cela prive l’État de ses ressources », a confié une source gouvernementale. « C’est une situation très compliquée que nous sommes en train de vivre », a indiqué cette source.

Entre-temps, le journal a contacté le responsable de la Digicel en Haïti, Marteen Boute. « Nous avons un stock régional pour tenir encore une dizaine de jours », a-t-il confié.

Le responsable de l’hôpital St Luc, Dr Edson Augustin, interrogé par le journal, a indiqué que « le stock de l’hôpital n’a pas atteint un seuil critique ». L’hôpital a placé des commandes chez ses fournisseurs. Il observe comme tout le monde la situation au bas de la ville.

Le BMPAD, dans une note en date du 7 septembre, avait fait état des différentes dates d’approvisionnement du marché pendant le mois d’août, comme pour souligner que les cuves ne sont pas vides. Le 6 septembre, a écrit son directeur Fils-Aimé Ignace St Fleur, conformément au calendrier « un nouveau bateau de 250 000 barils de gazoline est arrivé à Port-au-Prince pour stabiliser le marché et un autre bateau de 250 000 de diesel devra arriver à Port-au-Prince entre le 11 et le 13 du mois en cours ».

Le chef de file de G-9, Jimmy Chérizier, promet la guerre totale au chef de la police et aux « bourgeois ». La police, bien avant la trêve observée après l’assassinat du président Jovenel Moïse et le séisme du 14 août dans le grand Sud, peinait à contenir les bandits qui avaient fait tomber toutes les antennes de la PNH dans la commune de Cité Soleil. 

Roberson Alphonse



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