Corail et les tracas de l’après-séisme…

Le centre-ville de Corail, blotti contre des piémonts verdoyants, a les pieds à la mer, comme ces villages de pêcheurs où l’on respire l’air du grand large. Le 14 août 2021, la terre s’est mise à tanguer sous les pieds des 6 000 habitants de cette agglomération urbaine de la Grand’Anse, l’un des plus anciens arrondissements d’Haïti, lieu où du temps de la colonie de Saint-Domingue, s’est produit le casus belli pour certains, le prétexte, la cause occasionnelle pour d’autres de la guerre du Sud, entre Toussaint et Rigaud. 

Publié le 2021-09-06 | lenouvelliste.com

Les traces du séisme sont visibles dans quelques rues. « Nous avons enregistré dix morts et compté 388 maisons détruites et 2 447 maisons endommagées dans la commune », a confié au Nouvelliste l’agent exécutif intérimaire Alex Maxcia, l’un des témoins des dégâts et tracas. Les dégâts sont plus importants à la rue Père Benier. Les bras en croix, assis sur une chaise, en face de sa petite maison sévèrement endommagée, un vieux sexagénaire, marin à la retraite, rumine son désarroi, espère. 

Entre-temps, par habitude et parce que c’est chez lui, il passe ses journées au plus près des ruines de sa maison, son lieu de vie, de ses chagrins et de ses amours. À la tombée de la nuit, il laissera ces ruines pour allonger son vieux corps chez sa fille dont le logis, en construction, a bien résisté au séisme. L’église catholique la Saint-Pierre Apôtre, construite entre 1897 et 1900, est gravement endommagée. L’avant et l’arrière de l’édifice se sont effondrés. La charpente en bois, comme la cage thoracique d’un squelette, fixe le ciel. À l’arrière du bâtiment ecclésial, les sept salles de classe de l’école de la paroisse Saint-Pierre Apôtre qui devaient accueillir 123 écoliers de la 7e année au nouveau secondaire 2 se sont effondrées. « C’est avec beaucoup de souffrance et de difficultés que nous avançons vers la rentrée des classes », a confié au Nouvelliste, le père Jorel Azor, curé de la paroisse et directeur de l’école, samedi 4 septembre 2021. 

Le regard sur les ruines, le religieux espère déblayer ledit lieu afin de permettre aux enfants de retourner à l’école, dans des hangars provisoires. « Même si l’école ne sera pas reconstruite immédiatement, nous allons construire des hangars pour accueillir nos élèves, même si ce n’est pas à la date officielle fixée par le ministère de l’Éducation nationale », a-t-il confié. « Nous avons besoin d’aide pour construire les abris provisoires, pour avoir du mobilier scolaire. Nous avons tout perdu et nous avons besoin d’aide », a insisté le père Azor. Alex Maxcia, l’agent exécutif intérimaire, a expliqué au journal avoir établi des contacts pour aider au déblaiement de deux écoles. « Nous avons des partenaires comme JP/HRO et Core qui sont venus voir comment aider au déblaiement de deux écoles qui se sont effondrées : l’école Saint-Pierre Apôtre au centre-ville et l’école nationale de l’école nationale de Duquillon, à la première section qui accueille plusieurs centaines d’écoliers », a indiqué l’Alex Maxcia. Si les dégâts sont importants à Corail, l’agent exécutif intérimaire dit apprécier les efforts de solidarité et l’aide reçue. L’État a envoyé un camion d’aide. Des ONG ont donné de l’aide, essentiellement de la nourriture et des kits hygiéniques.

L’ex-député de Corail Rolphe Papillon, proche du feu président Moïse, a souligné que Corail, qui avait fait des pas importants durant ces quatre dernières années, n’avait pas besoin du lot de tracas du tremblement de terre. Le système d’adduction d’eau potable est endommagé, le port de la ville qui permet les échanges commerciaux l’est aussi. Heureusement que le réseau électrique est resté intact, a détaillé le député Papillon, qui vit à Corail. « J’étais parti travailler à Port-au-Prince comme représentant de ma circonscription. Après mon mandat, je suis rentré chez moi », a-t-il fait savoir, soulignant s’être rendu dans toutes les sections pour faire une première évaluation et pour dire la dure vérité aux siens. « Je n’ai pas les moyens de vous aider mais je suis là avec vous », a précisé Rolphe Papillon, qui dit refuser la passivité. Il faut agir, a-t-il appelé, content de la solidarité de l’Argentine avec Corail. Dans la prise en charge de la première phase, quand il fallait intervenir rapidement pour soigner des victimes du séisme, la communauté a d’abord compté sur les médecins cubains puis d’une délégation de Casques blancs argentins comptant plusieurs médecins, a rapporté l’ex-député de cette circonscription qui compte quelque 40 000 personnes.

Roberson Alphonse



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