Crise politique

Il n'existe ni accord politique parfait ni solution parfaite à la crise, estime le Cardinal Chibly Langlois

En convalescence après avoir été blessé lors du séisme du 14 août dernier, le cardinal Chibly Langlois exhorte les acteurs politiques à prioriser les intérêts du pays. Dans une interview exclusive accordée au Nouvelliste dimanche aux Cayes, Son Éminence estime qu'il n'y a ni accord politique ni solution parfaite pour la crise. Le prélat prône le dialogue comme moyen de sortir le pays de ce marasme.

Publié le 2021-09-06 | lenouvelliste.com

La racine de la crise politique, sociale et économique qui sévissent dans le pays est profonde, estime le Cardinal Langlois. « Cette réalité, nous l'avons trainée trop longtemps dans notre histoire. C'est un signe qu'elle est enracinée dans notre mentalité. Pour sortir de cette situation, cela demande un travail à long terme. Dans l'immédiat, si nous n'arrivons pas à trouver les moyens pour nous en sortir, on le traînera encore très loin »,  avertit le cardinal dans cette interview accordée à Roberson Alphonse. 

L'évêque des Cayes se rappelle l'expérience de 2014 où, au nom de l'Église catholique, il jouait le rôle de médiateur dans la crise politique avec un ensemble de rencontres à l'hôtel El Rancho sous l'administration de Michel Martelly. 

Le cardinal Langlois croit qu'encore une fois les acteurs doivent se parler pour trouver une solution à la crise, même si cette solution n'est pas parfaite, a nuancé le prélat.  « Il est important que tous les acteurs politiques sur le terrain donnent une chance au pays, au peuple haïtien...», réclame l'homme d'Église.

S'agissant de la guerre des accords politiques observée ces derniers jours, le cardinal Langlois a exhorté les acteurs à ne pas privilégier leur accord comme l'accord le plus parfait. « Chacun doit faire des compromis afin de débloquer le pays. J'invite tous les acteurs qui ont fait des propositions d'accord, on sait qu'il y en a beaucoup, d'accepter de s'asseoir ensemble pour faire des compromis. Ce qui nous unit doit être plus fort que ce qui nous divise. Ce sera pour notre bien aujourd'hui et pour le bien de la prochaine génération », invite le cardinal.

« Nous ne devons pas nous considérer comme des ennemis. Haïtiens, nous sommes les fils d'une même nation. Dans les conditions actuelles, aucune solution ne sera parfaite », affirme l'homme d'Église appelant les acteurs à prioriser les intérêts du pays. 

Interrogé pour savoir si l'Église catholique pouvait encore une fois comme invité en 2015 à jouer le rôle de médiateur dans la crise en restant en retrait, le cardinal Langlois a indiqué que l'Église est composée de gens qui ne sont pas statiques mais dynamiques. « Nous croyons que chaque moment dans notre histoire nous porte à réfléchir, à décider suivant la réalité qui nous entoure. Entant qu'Église, nous voulons toujours apporter notre contribution, mais il y a la manière de le faire. Nous voulons que notre contribution responsabilise et calme les acteurs sur le terrain. Il y a une tendance au pays à trouver un bouc émissaire »,  répond le prélat.

Cependant, le cardinal ne voit pas cette contribution de la même façon qu'il l'avait faite en 2014, soulignant que 2014 n'était pas une mauvaise expérience mais plutôt un signe que les Haïtiens peuvent dialoguer. « Des acteurs qui n'étaient pas sincères ne voulaient pas jouer leur rôle parce que cela n'allait pas dans leur direction », regrette le cardinal.

Le cardinal Langlois se prononce sur l'assassinat de Jovenel Moïse

Réagissant pour la première fois à l'assassinat de Jovenel Moïse le 7 juillet dernier, le cardinal Langlois s'est dit peiné par la situation dégradante du pays. « Un président qui avait à sa disposition tous les moyens de sécurité a été assassiné alors qu'aucun de ses agents de sécurité n'a été blessé. Cela veut dire qu'il y a une faiblesse énorme dans le pays et c'est un signe qui veut dire que l'insécurité n'est pas simplement une psychose, mais une réalité », constate Son Éminence.

Le cardinal a déploré l'assassinat de Jovenel Moïse. « Même si l'on pouvait avoir beaucoup de choses à lui reprocher mais assassiner le président d'un pays dans une telle condition, c'est un acte que tout Haïtien doit condamner. Moi, en toute vérité, je condamne cet acte. Ça doit tous nous interpeller », dénonce la première personnalité de l'Eglise catholique en Haïti.

Selon le leader religieux, nous vivons dans une situation d'insécurité qui affecte l'économie du pays, réduit la circulation de la population et rend malades psychologiquement les gens. « Cette insécurité affecte aussi la réalité politique, comme la réalité politique produit cette insécurité au pays », soutient le prélat.

À la jeunesse et à ceux qui ont tendance à perdre espoir dans l'avenir du pays, l'évêque des Cayes leur a fait savoir de ne pas se laisser décourager par ce qu'ils voient aujourd'hui. « Nous avons un peuple très résilient, très combatif. J'invite les jeunes de toutes catégories à s'engager à construire ce qui est à nous. Haïti se pou nou, an n konstwi l...! »,



Réagir à cet article