Cavaillon : après le déblayage, d’autres défis attendent les écoles

Après le déblayage, des responsables d’écoles de Cavaillon ont d’autres défis à relever. Ils doivent trouver des lieux d'hébergement provisoire, des bancs, du matériel didactique et trouver un moyen de ne pas laisser sur la touche les enfants dont les parents deviennent plus appauvris par le séisme du 14 août 2021.

Publié le 2021-09-02 | lenouvelliste.com

À l’ombre d’une maison ayant survécu au séisme, trois gosses assis sur un banc, visage empoussiéré, observent dans un mélange d’innocence et de curiosité une excavatrice de HL Construction utilisée par l’ONG Community Organisation Relief Effort (Core) dans le déblayage de l’école Shemarina, au centre-ville de Cavaillon, jeudi 2 septembre 2021.

« C’est mon école », a lâché avec un pincement l’un des gosses au moment où l’engin lourd s’avance dans ce qui ressemble à un viscère d’armatures métalliques, presque au pied d’un mur sur lequel trône un tableau vert gorgé de formules mathématiques.

« Je voudrais revenir à l’école. Sinon, je ne pourrai rien apprendre », s'est inquiété l’enfant, dans une plaidoirie empreinte d’inquiétude, à cause de l’incertitude qui plane sur son retour en classe.

Pour ce gamin, haut comme trois pommes, à qui la vie n’accorde pas le luxe de l’insouciance comme d’autres enfants vivant dans des contrées plus apaisées que la sienne, les perspectives sont tout, sauf rassurantes. « Reconstruire ? Avec quels moyens s’il n’y a pas d’accompagnement ?», s'est désolé Jean Mary Naissant, censeur de l’école Shemarina, agent exécutif intérimaire de Cavaillon.

L’établissement a été construit pièce par pièce avec  les économies de Me Max Elibert. Ayant 14 ans d’existence, l'école compte 530 élèves, s'est soutenu Naissant Jean Mary, affecté par le sort que le séisme inflige à son ami. « Il faut trouver des solutions pour les enfants », s'est-il résolu, préoccupé par la situation économique précaire des parents qui s’est considérablement aggravée.

« Quand ils payaient entre 7 500 et 10 000 gourdes par an pour un enfant, les parents disaient que c’était cher. Imaginez la situation maintenant », a poursuivi Naissant Jean Mary, soulignant que « jusqu’à présent l’Etat n’a rien dit ».

Plus à l’ouest de la ville, une autre éducatrice, la sœur Lalouse Cadélus de l’institution Margueritte D’Youville, 18 salles de classe, 930 élèves, de la petite section jusqu’à la philo, est en mode déblayage. « Le bâtiment est à abattre. Nous sommes en plein déblayage. L’équipe de Core était là ce matin », a confié la religieuse, qui a foi dans l’avenir à forger. « On va reconstruire. Même si ce n’est pas maintenant », a indiqué la sœur Lalouse Cadélus de la congrégation des sœurs de la charité de Saint-Hyacinthe.

Pour le moment, a rapporté la religieuse, le projet à court terme est la construction d’un hangar pour la rentrée. « Même si nous ignorons quand », a-t-elle poursuivi, indiquant que les besoins sont importants. « La majorité de nos bancs sont détruits. Nous avons besoin de bancs », a demandé la sœur Cadélus, qui a appelé les autorités concernées à penser aux écoles des zones reculées.

Comme pour Shemarina, le journal est tombé sur deux adolescentes scolarisées chez les sœurs, dont Jourdain Jude-Shina, 16 ans. « Je souhaite la réouverture des classes pour pouvoir poursuivre mes études. Cela m’angoisse de ne pas savoir quand je pourrai retourner à l'école », a confié l’adolescente, qui ne savait pas encore que le gouvernement fixait la rentrée des classes pour le grand Sud au 4 octobre 2021.

Sur le toit de la ville, caché dans un écrin vert, le collège Notre-Dame du Perpétuel Secours, gravement endommagé par le séisme, est à démolir. Le père Ignace Croissy entreprend, de son côté, les démarches. Pour les 500 élèves du secondaire et ceux des classes primaires, le père Croissy croit qu’il faut à court terme préparer un site pour abriter des installations provisoires en vue d'héberger les élèves. Cela mettra les parents en confiance, a-t-il souligné, estimant urgent de fournir une assistance aux parents démunis.

Selon le père Croissy, vicaire de la zone pastorale de Cavaillon qui compte neuf paroisses, la situation est tout aussi dramatique dans les sections communales. Les écoles de 8 de nos 9 paroisses sont détruites. Il y a une seule exception, l’école de Baie de Flaman. Les écoles de Gros-Marin, de Pliché, de Berette, de Boileau, de Kay Sud, de Dory doivent être reconstruites, a soutenu le religieux. Elles accueillaient plus d’un millier d’élèves, a expliqué le père Ignace Croissy.

La Core implémente un programme de déblayage. Les interventions sont effectuées de concert avec la direction départementale du Sud des TPTC, a confié le directeur régional de Core, Samba Sidibe.



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