« Nos étudiants doivent être mieux encadrés pour valoriser la recherche à l’université », estime le professeur Hérold Toussaint

Bien que, cette année, il n’ait pas pu travailler au poste de vice-recteur à l’Université d’État d’Haïti (UEH) (puisqu’il n’a pas été réélu aux dernières élections), ou dispenser ses cours comme d’habitude dans les différentes facultés, le professeur Hérold Toussaint n’a pas pu néanmoins s’empêcher de trouver un moyen d'accompagner des étudiants, comme pour partager son savoir. En quelques mois, il a animé un séminaire de formation à l’intention des étudiants finissants en passe de réaliser leur travail final de recherche.

Publié le 2021-09-07 | lenouvelliste.com

Passionné de son art, le professeur Toussaint s’est privé de tout congé pour proposer et tenir des rendez-vous de travail avec plusieurs groupes d’étudiants issus d'institutions universitaires publiques et privées du pays. Un séminaire intitulé « Argumenter son mémoire de sortie » a été animé du mois de février au mois de juillet 2021 par l’entremise de la Fondation jeunesse connaissance et engagement citoyen (FONJCEC), qu’il dirige depuis quelques années.

En dépit des moments de tensions enregistrés dans la capitale, bon nombre de ces étudiants issus de plusieurs quartiers de la région métropolitaine n’ont pas hésité à se rendre au domicile du professeur Toussaint pour suivre des séances de travail sur la méthodologie, des thématiques relatives à des problématiques de recherche en cours de réalisation. « Nous avons accueilli une quarantaine d’étudiants finissants durant les six derniers mois à la Fondation jeunesse connaissance et engagement citoyen (FONJCEC). Nous avons constitué deux groupes : un premier groupe travaillait les samedis, un second groupe les dimanches. Vu le climat de violence qui règne à Port-au-Prince, nous avons organisé des séances de travail qui durent deux heures, d’autres trois heures. Nous avons dû nous soumettre aux impératifs de la conjoncture. Quelques-uns d’entre eux ont eu toutes les peines du monde pour prendre part à nos séminaires qui se déroulaient à Delmas. En maintes occasions, nous avons été obligés d' organiser des séances spéciales pour ces victimes de l’insécurité », confie le professeur Hérold Toussaint. 

Pour accompagner ces étudiants, le professeur Toussaint a invité d’autres collègues du milieu universitaire afin qu'ils animent certaines séances de cours pratiques. Selon le sociologue, cette initiative témoigne de sa vision de réussite collective à laquelle peu de gens croient malheureusement. « La complicité positive et la joie de réussir ensemble répugnent les élites haïtiennes. Voulant combattre cette tare, j’ai été content d’associer d’autres collègues à cette initiative qui consistait à organiser le séminaire », affirme l'universitaire.

Dans le cadre de cette formation, la priorité était accordée aux étudiants des facultés de droit et sciences politiques qui éprouvent souvent de grandes difficultés à accoucher leur travail. Ils étaient principalement issus de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), l’Université Notre-Dame d’Haïti (UNDH) et l’Université Quisqueya (UNIQ). Le focus a d’abord été mis sur les fondamentaux de la méthodologie de la recherche dans ce séminaire, souligne celui qui a été vice-recteur aux affaires académiques de 2016-2020 à l’UEH et qui semble connaitre les différentes péripéties des étudiants à ce niveau. Ces étudiants ont pu parvenir à amorcer et présenter devant leurs camarades des sujets de recherche sur lesquels ils vont produire leur travail de recherche. 

« Nos étudiants finissants sont peu préparés à répondre adéquatement à cette exigence académique : la rédaction d’un mémoire de sortie. On ne peut pas s’engager dans le monde de la recherche si l'on ne reçoit pas une formation adéquate à la recherche. Nos universités proposent peu de cours visant à initier nos jeunes à la recherche. C’est un sérieux problème qui a une dimension nationale. C’est ce problème qui justifie en partie la participation de notre fondation à ce type d’initiative. Nous avions commencé une belle expérience avec les professeurs de méthodologie à la Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE). Nous leur offrions l’opportunité de travailler en équipe en vue d’une meilleure coordination du cours de méthodologie », explique le sociologue.

Pour le chercheur haïtien, nos universités ont besoin d’un corps de professeurs aptes à initier les étudiants et les étudiantes à la recherche scientifique afin que ces derniers puissent défendre la vérité dans la cité. L’expérience avec cette première cohorte d’étudiants atteste, selon lui, qu’ils ignorent le rôle d’un directeur de recherche. Le professeur Toussaint dit noter également une pénurie de directeurs de mémoire sur le marché universitaire haïtien. « Nos universitaires souffrent d’un manque de directeurs ou de directrices de recherche disposés à encadrer les chercheurs potentiels dans tous les champs du savoir. Pouvons-nous valoriser la recherche dans nos universités si nous ne disposons pas d'accompagnateurs ou d'accompagnatrices brûlant du désir de faire de leurs étudiants et de leurs étudiantes des passionnés de la science ? », se questionne l’universitaire.

C’est une expérience interuniversitaire à laquelle d’autres universités et des étudiants peuvent participer (contact : fondjcechaiti@gmail.com), selon le professeur Toussaint, qui dit encourager vivement que la plupart des participants inscrivent leur travail de recherche dans le champ de l’éducation à la citoyenneté et aux droits de l’homme.



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