Freda tient ses promesses pour sa grande première en Haïti

Dévoilé en première à la 74e édition du festival international du film de Cannes où il a obtenu la mention spéciale Découverte du prix François Chalais, Freda a suscité un engouement sans faille auprès du public haïtien. Le samedi 21 août 2021, ils étaient nombreux à avoir fait le déplacement au Karibe pour la grande première de ce film qui a, bien entendu, tenu ses promesses.

Publié le 2021-08-23 | lenouvelliste.com

Le temps d’un après-midi, Port-au-Prince semble avoir retrouvé un peu de sa chaleur d'antan. Entre Covid, état d’urgence sanitaire, insécurité et marasme économique, beaucoup avaient repoussé au fond de leurs placards les habits d'apparat. Freda est donc la première grande et belle occasion de sortir pour cet insipide été 2021 qui tire déjà à sa fin. Gessica Généus a tenu sa promesse de nous faire visionner ce film avant sa sortie en Europe.

Pour cette grande première, on s’amuse aussi pour une bonne cause. 50% des entrées seront versées aux victimes du séisme de magnitude 7,2 qui a sévèrement touché le grand Sud du pays le 14 août. Avant la projection, Rhum Barbancourt et la Fondation Barbancourt, les plus grands supporteurs de cette soirée, offrent à volonté des cocktails que l’on déguste allègrement en écoutant de la musique et en se prenant en photo sur le tapis rouge avec les acteurs du film ou des amis.

Ce soir, c’est la grande salle du Karibe qui accueille Freda. Elle est quasiment comble. Les invités y ont pris place sans se faire prier, tous excités à l’idée de découvrir ce dernier-né de notre cinéma qui rentre dans l’histoire comme étant le deuxième film haïtien à être sélectionné à Cannes.

Dès les premières images, on sent que l’on n’a pas eu tort de faire ce déplacement. Avec une sensibilité et un talent admirables, la réalisatrice nous fait glisser dans le quotidien d’une famille haïtienne qui se bat pour vivre. Pour survivre. Freda met sous nos yeux la vie de ces gens qui battent « l’eau pour en faire du beurre ». Ces gens qui s’endorment au bruit des balles des bandits qui assiègent leur quartier et qui se réveillent en sursaut tous les matins pour tenter de régler leur compte à la pauvreté et au désespoir qui les assaillent.

Ponctué de scènes de manifestations réclamant la lumière sur l’utilisation du fonds PetroCaribe, le film nous interdit de penser que l’on est dans un autre temps ou de jeter le blâme sur la fiction. On est bien dans l’Haïti actuelle avec cette jeunesse déchirée entre l’envie de vivre et la nécessité de partir vers d’autres cieux plus cléments tels que le Chili, la République dominicaine... Ce pays où une mère n’a de richesse qu’une fille bien pourvue qu’elle encourage à se blanchir la peau pour mieux mettre le grappin sur un homme, n’importe lequel, qui pourra les relever de leur misère, payer pour le voyage d’un frère au Chili.

Freda, c’est un film lourd en émotions qui invite à la réflexion. Partir ou rester, se marier par amour ou pour la sécurité, se battre ou se résigner. La complexité des relations mère-fille, le poids de la religion, les problèmes sociopolitques, notre vie en Haïti. 

Mis à part le poids de cette histoire mise à l’écran, ces plans et décors simples, le spectateur a la chance d’apprécier, d’admirer le jeu des acteurs, qui sont pour l’essentiel à leur première expérience au cinéma. Même si l'on est tenté de comparer leur prestation, de se questionner sur qui de Freda (incarné par Néhémie Bastien) ou de Jeannette (la mère de Freda incarnée par Fabiola Rémy) est le personnage central du film, les acteurs signent un sans-faute qui redonnent l'espoir en l’avenir du cinéma haïtien. Avec Freda, Gessica Généus nous rappelle clairement que notre vécu, notre créole, notre culture, notre haïtianité ont leur place à l’écran et peuvent conquérir le monde. Chapeau Gessica ! 



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