Un Collectif universitaire propose un accord politique pour construire une société juste et équilibrée

La récente attaque armée qui a conduit à la mort brutale du chef de l’Etat haïtien, Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, aura offert d’une opportunité à tous les acteurs haïtiens de s’unir afin de trouver une issue favorable à la crise qui secoue Haïti depuis plusieurs décennies si l'on en croit le « Collectif des Chercheurs haïtiens et universitaires pour la démocratie et l’État de droit (COCHUDED) », ayant acheminé, lundi, une note à la rédaction.

Publié le 2021-07-13 | lenouvelliste.com

« Cette attaque constitue un acte de barbarie, de sauvagerie sans nom, et porte atteinte à l’essence de la République, aux droits de l’homme et aux valeurs civilisationnelles. Bref, cette mort est la résultante des faiblesses institutionnelles. On pourrait dire que c’est la mort de nos institutions. Pour penser Haïti, il faut d'abord penser à refaire les institutions républicaines », se positionnent ces universitaires qui ont formulé leur proposition de sortie de crise.

Afin de mieux aborder la situation, le « Collectif des chercheurs haïtiens et universitaires pour la démocratie et l’État de droit (COCHUDED) » dit proposer la formation d’une commission d'enquête spéciale qui pourrait être dénommée « Commission de vérité nationale » composée des membres du pouvoir judiciaire, du pouvoir législatif et de la société civile (organisations de défense des droits humains, d'universitaires, entre autres).  La formation de cette commission ne doit pas mettre fin aux premières actions des forces de l'ordre et de la justice visant à appréhender les suspects et présumés assassins du président Jovenel Moïse. La vérité judiciaire est la seule vérité de l’histoire parce qu’elle met l’homme devant lui-même.

Pour le collectif, cet assassinat enfonce davantage Haïti dans une crise dangereuse. La crise politique est, en effet, une anomalie dans le fonctionnement des sociétés démocratiques.  Celle-ci bloque le progrès social, économique, politique, écologique et culturel. Depuis plusieurs décennies, Haïti vit une crise permanente qui bloque ses capacités sociale et politique à poser les véritables enjeux de son temps. La mort tragique du président de la République, Jovenel Moïse, marque, en outre, l’aboutissement d’une situation en décomposition où la violence devient la seule forme de dialogue possible. Ils qualifient cette attaque d’acte « de barbarie, de sauvagerie sans nom ». Bref, cette mort est la résultante des faiblesses institutionnelles. On pourrait dire que c’est la mort de nos institutions affirment-ils.

Dans cette sortie de crise, le Collectif pense qu’il faut tenir compte de cet acte de barbarie où tous les coupables seront poursuivis et jugés selon la loi afin qu’une telle tragédie ne se reproduise plus jamais dans le pays. Pour eux, il est temps de définir dans le cadre d’un « Grand rassemblement » et d'un « Accord inclusif » les bases d’une nouvelle société démocratique reposant sur le respect des droits fondamentaux de la personne humaine par la refondation de l'État haïtien en commençant par les institutions républicaines, notamment l'armée, la police, la justice. Le principe de la séparation des pouvoirs doit être théoriquement et matériellement redéfini en Haïti.

Pour le Collectif, la refondation de l'État, le renforcement des institutions publiques, la reconstruction de la police nationale, la restauration de la confiance dans les institutions publiques et la prise en compte des grands enjeux contemporains, comme le changement climatique et la crise environnementale haïtienne, la décentralisation, sont des défis à relever collectivement. Le Collectif propose de mettre en place un gouvernement de transition avec pour missions prioritaires : la « refondation de l'État ; la gestion de l’insécurité qui paralyse le pays, à l’instar des crises politiques et économiques ; la proposition d’un nouveau calendrier pour les prochaines élections générales dans le pays ».

Les universitaires proposent la création d’une commission indépendante devant organiser le Grand rassemblement autour d'une « Table ronde nationale » sur la « parole citoyenne », rassemblant les forces vives de la nation (enseignants-chercheurs, politistes, sociologues, philosophes, juristes/avocats, intellectuels, représentants des départements, politiques, leaders et acteurs locaux, ) en vue d'arriver à cet "Accord inclusif" à proprement parler. Ils proposent également la mise en place d’un mécanisme de démocratie participative en vue de porter les revendications sociopolitiques de la population ainsi que la création des conditions appropriées pour redéfinir un accord politique et social inclusif pour les 50 prochaines années. « Cet accord politique d’un demi-siècle, disent-ils, constitue un facteur fondamental dans la construction d’une société juste et équilibrée. C’est un gage de stabilité sur le long terme et pour l’avenir de nos enfants ».

Cette note est signée de certains membres du Collectif, dont Elan Guerrier, Joram Vixamar, Levenson Jean-Louis, tous les trois sont des docteurs en droit public; Joël Michel,  docteur en sciences de l’éducation et de la formation et Chedly Délice, médecin spécialisé. 



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