« Mon indignation n’est pas la vôtre »

Publié le 2021-06-15 | lenouvelliste.com

Indigné. Méprisé. Révolté. Le sang coule à flots dans les rues. Les humains s’entretuent et leur vie est achalandée dans une vague ignorance. Il y a cette campagne pour les tombeaux blanchis qui nous empêche d’y voir clair, tant que ce qui nous fait être n’est plus humain ; ce qui nous fait vivre n’existe plus ; ce pour quoi nous vivons est indescriptible. Une parfaite cohabitation entre le mental qui nous fait peur et le social qui nous tue à petit feu nous porte à dilater la barrière de l’identité pour ne plus être comme avant, pour ne plus être tout simplement. Qui peut prétendre pouvoir parler d’humains dans cet espace où nous formons un vrai corps social à l’impunité ? Est-ce bien le début d’une ère malléole ou a-t-elle déjà commencé ?  Pourquoi avons-nous foi en notre instinct plus que tout ? À quel moment la raison de ces victimes s'est-elle dessinée à l’envers ? Qui a tué qui ? Qui est mort avant qui ? Celui qui est tué ou celui qu’on a armé pour se désâmer socialement ? 

Face à ces interrogations, je me trouve entre ce qui est dit et ce qui n’est pas dit. Je veux juste dire que tout est plus compliqué qu’on ne le croit. L’on saura un jour que la spontanéité est confectionnée quelques années auparavant. Que ce ne soit pas trop tard pour se ressaisir et réorienter la roue. Mais quelque pessimiste que cela puisse paraître, on n’a pas le droit d’attendre le meilleur quand on sait que rien n’a été fait pour cela. Non ! ce n’est pas une nouvelle donne. C’est ce qui a été construit depuis toujours. S’attendre à un changement réel est encore anodin quand on s’investit sans arrêt dans la fin de l’humain. 

L’arène dans laquelle nous nous retrouvons met notre vie face à l’autre ; et celle de l’autre n’est rien, moins que substantielle. Le Moi instinctif ne peut en rien faire place au Moi rationnel, instruit à partir d’un simple cri de détresse. Vous ne vociférez pour rien ! Vos paroles moralisantes ne peuvent rien, et cette petite lumière ne sert à rien, tellement vous l’avez utilisée pour fabriquer des monstres, des inhumains. Leur instinct de survie vous dépasse. Et nous voilà membres du zoo le plus infernal qui soit… Notre vie est vendue à vil prix, mais c’est difficile de le croire quand on sait qu’elle serait plus dispendieuse de l’autre côté du marché. 

Une seule leçon. Une seule. La société c’est maintenant. La voix la plus haute serait peut-être cette petite voie qui nous a amenés là pour faire ça, pour vivre ça, pour être comme ça. Mais il n’y a aucune inadéquation entre ce que vous connaissez aujourd’hui et ce que vous avez fabriqué par le passé. La déraison qui vous donne l’indignation aujourd’hui est le fruit de l’absurdité que vous avez plantée. Vous avez semé la démence, n’aspirez pas à la tempérance. Vous avez créé votre propre désert ; c’est normal que l’eau soit chaude, très chaude. Et ne vous plaignez pas si elle unit vos crépines.

Je ne doute pas que nous ayons la même chose sur le cœur : l’indignation.  Personnellement, je suis indigné que vous ayez eu le courage d’utiliser votre raison pour fabriquer le non-être.  Je suis fatigué de votre manigance. Je regrette que vous décidiez pour moi. Je suis exaspéré de voir que vous ne fassiez de l’arène un espace culturel où l’humain est le véritable moteur. Je regrette que la société que vous avez créée soit enfin réussie.  Êtes-vous maintenant indignés de ne l’avoir pas façonnée à votre gré ou de n'avoir pas fabriqué la nôtre ?

Auteur

Youbenson MICHEL 

Travailleur social

michelson081@gmail.com



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