Renforcement du capital humain, une longue route à parcourir pour Haïti  

La 11e édition du Sommet international de la finance a été lancée le mardi 13 avril 2021. Si l’on a réservé une place de choix à la santé au cours de la première journée, les autres aspects de l’économie n’ont pas été pour autant négligés. Ainsi, ce premier acte a permis au représentant spécial adjoint au Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), Bruno Lemarquis, de dresser le portrait du pays en termes des efforts consentis pour l’atteinte des Objectifs de développement durable liés au renforcement du capital humain. À ce niveau, le tableau présenté par le diplomate est plutôt sombre.

Publié le 2021-04-14 | lenouvelliste.com

« Renforcer le capital humain en Haïti dans le contexte post-Covid », tel est le thème de la 11e édition du Sommet international de la finance de 2021. Les intervenants montrent qu’il y a une imbrication entre capital humain et développement. Vu la position d’Haïti en termes d’efforts pour atteindre les Objectifs de développement durable, d’aucuns croient que le pays n’est pas sur la bonne voie en ce qui a trait au renforcement du capital humain. C’est aussi l’avis du représentant spécial adjoint du BINUH. Pour étayer son point de vue, le diplomate a scruté plusieurs ODD.

Haïti figure, explique-t-il, parmi les mauvais élèves de la classe à bien des égards dans le processus de renforcement du capital humain. Selon le rapport des Nations unies concernant le développement humain pour l’année 2020, le taux de prévalence d’extrême pauvreté multidimensionnelle est de 50%, et 25% pour celui relatif à  l’extrême pauvreté. Selon une enquête réalisée durant la crise du coronavirus, ces chiffres sont plutôt à la hausse. Selon le responsable, 69% des ménages consultés parlent d’une baisse conséquente de leur revenu.

La situation du pays est aussi alarmante dans le domaine de la lutte contre la faim. Les besoins chroniques liés à un manque d’aliment ne cessent d’augmenter. À nos jours, selon les chiffres avancés par le représentant de l’ONU, le nombre de personnes dans cette situation a augmenté de 110%, conséquence directe de la crise sociopolitique et la pandémie de coronavirus. Ainsi, en 2021, 4.4 millions d’Haïtiens, soit 40% de la population ont besoin d’une assistance humanitaire.

La situation est aussi angoissante en termes d’accès aux soins de santé et à l’éduction. Un enfant né en Haïti, précise  Bruno Lemarquis, a un potentiel, à l’âge adulte, évalué à 45% de ce qu’il aurait pu avoir s’il avait bénéficié d’une éduction et d’une santé adéquates.

Ainsi, le capital humain dans le domaine de la santé mérite une attention particulière. En 2019, révèle l’intervenant, le Plan national d’Haïti sur les ressources humaines dans le domaine de la santé montre qu’il y a 2 000 postes vacants dans le pays dans ce domaine. Paradoxalement, 24% des médecins, 87% des infirmières et 59% des femmes-sages sont au chômage.

La situation ne s'est guère améliorée dans le domaine de la création d’emplois. Ainsi, la croissance économique dans le pays est faible et n’est pas assez inclusive et génératrice d’emplois pour avoir un impact sur l’élimination de la pauvreté. Au cours des dix dernières années, Haïti a connu un seul pic de croissance de plus de 5%, et durant les deux dernières années, l’on a même connu des taux de croissance négatifs. Rien n’a été fait pour réduire les inégalités. Haïti, rappelle M. Bruno Lemarquis, est l’un des pays les plus inégalitaires de la région avec 20% de la population la plus aisée accaparant 75% de la richesse nationale.

Ainsi, le mal du pays en termes de renforcement du capital humain se situe à plusieurs niveaux. L’indice de développement de l’institution et de mobilisation des ressources pour le développement de 2016  révèle un déficit de gouvernance très important et la capacité des institutions est généralement faible.

Il y a des efforts à faire si le pays veut changer la donne et les efforts doivent être d’abord endogènes. Selon les précisions apportées par le diplomate, l’aide publique au développement, la philanthropie et les projets des organisations non gouvernementales ne suffiront pas pour compenser le manque criant de ressources publiques en vue de financer le développement en Haïti, y compris les bases du développement humain et du capital humain. Il va donc falloir, poursuit-il, augmenter les recettes publiques de l’État, lequel manque à la fois les capacités de collecte et de sources de revenu. Car la pression fiscale du pays est parmi les moins performantes du monde. En 2028, la pression fiscale moyenne pour la région se situait dans l’ordre de 23%, tandis que celle d’Haïti était sous la barre de 10%.  



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