Pierre Michel Brunache est d’accord avec l’OEA sur l’impérieuse nécessité de rendre justice à Jovenel Moïse

Publié le 2022-08-11 | lenouvelliste.com

Dans un communiqué publié le lundi 8 août 2022, l’Organisation des États américains (OEA) a souligné la nécessité de rendre justice au président Jovenel Moïse, assassiné chez lui en juillet 2021. Rendre justice au président assassiné est une condition sine qua non pour obtenir la paix en Haïti, croit l’organisation régionale. « Pour parvenir à la paix dans le pays, il faut franchir une étape indispensable. Il faut que justice soit rendue pour l’assassinat du président Jovenel Moïse. Si la vérité n’est pas établie, et si justice n’est pas rendue, il sera impossible d’avancer sur la voie de la réconciliation et de l’entente », peut-on lire dans le long communiqué de l’OEA, dirigé par le secrétaire général Luis Almagro. 

Interrogé ce mercredi sur la position de l’OEA, l’ancien ministre de la Justice Pierre Michel Brunache s’est montré favorable à cette demande de l’OEA, soulignant que cette demande de justice dépasse la personne du président Moïse. « C’est une opinion fondée. Je partage cet avis. Exiger justice pour le président Jovenel Moïse va au-delà de sa personne. Il faut s’intéresser au symbolisme. C’est un chef d’État qui a été assassiné. Peu importe qu’on l’aimait ou pas. Assassiner quelqu’un qui incarne l’État est la preuve de l’effondrement total au profit des forces obscures et mafieuses », analyse-t-il.

Selon Michel Brunache, le pays n’ira nulle part si l'on ne peut pas déterminer qui était derrière ce complot, qui l’avait financé et exécuté. « Il faut démasquer les auteurs. Qui sait si en démasquant les forces obscures qui bloquent le pays on ne va pas faire la lumière à la fois sur l’origine de l’assassinat de Jovenel Moïse, de celui du bâtonnier Dorval ou encore des différents massacres ? Il y a toute une logistique derrière le fonctionnement des gangs. Cette logistique leur permet de s’approvisionner en armes et en munitions et leur confère l'impunité. Rendre justice au président Jovenel Moïse peut permettre de lever le voile sur les forces obscures internes et externes qui décident que le pays ne doit pas avancer », croit-il savoir. 

De l'avis de l'ancien ministre de la Justice, la gestion du pouvoir est une problématique très préoccupante en Haïti. Il explique que le pays a fait le saut d’un pouvoir totalitaire vers une oligarchie. Celle-ci, selon lui, se manifeste par l’accaparement de tous les pouvoirs (économiques, politiques, etc.) par un petit groupe. « Déterminer qui fait partie de ce petit groupe, c’est aussi déterminer qui s’oppose à la démocratie, à la sécurité, à la justice, au développement économique, etc. Chercher justice pour le président Moïse c’est aussi démasquer cette force et éventuellement la démanteler. Sinon, le pouvoir sera toujours entre les mains d’un petit groupe qui finance les bandits, l’instabilité et qui contribue à la dégradation totale du pays », a-t-il soutenu. 

Plus loin, Me Brunache a poursuivi en indiquant que le petit groupe en question prend le pouvoir en otage et parraine des pouvoirs de toutes tendances politiques. « Cette force accouche des présidents Lavalas, des présidents de PHTK et des présidents de transition. Elle n’a pas de couleur politique. Elle est constamment au pouvoir depuis la chute de Duvalier. On aura toujours des élections truquées, des bandes armées, des fuites de cerveaux et de capitaux, si cette force n’est pas démantelée. C’est essentiel pour un nouveau départ en Haïti », espère Pierre Michel Brunache. 



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