Crise politique/Dialogue

Les tenants de l’accord du 11 septembre répondent à Montana

Visiblement, l'entente entre les accords de Montana et de la Primature n’est pas pour demain. Les deux parties, qui ont déjà entamé des rounds de négociations, campent chacune sur leurs positions. Montana exige pendant la transition le rétablissement des trois pouvoirs avec un exécutif bicéphale alors que la Primature impose des négociations autour des points conjoncturels comme l’insécurité, la révision constitutionnelle, l’apaisement social, les élections, entre autres.

Publié le 2022-07-21 | lenouvelliste.com

Dans une contreproposition de négociations politiques envoyée le jeudi 21 juillet 2022 aux membres de l’accord de Montana, l’accord du 11 septembre maintient sa position. Selon le document dont Le Nouvelliste a eu copie, l’équipe au pouvoir propose que les négociations se déroulent autour « des mécanismes pour arriver à se mettre d’accord sur un projet national commun pour la période de transition en cours ; définir l’environnement politique de la transition selon une architecture de gouvernance consensuelle ; la question de l’insécurité, la réduction drastique de la violence armée et le démantèlement des gangs armés et de leurs réseaux d’approvisionnement ».

L’équipe d’Ariel Henry veut négocier sur « la question constitutionnelle, notamment la révision du système électoral, la question des partis politiques comme premiers extrants du dialogue national sur les problèmes fondamentaux de la nation et l’harmonisation des mandats ; la lutte contre la corruption et l’impunité : le renforcement et éventuellement la révision des organes de contrôle et de poursuite, la lutte contre l’évasion fiscale, les réformes institutionnelles urgentes ; l'apaisement social et la relance des activités économiques, sociales et culturelles en vue d’améliorer les conditions de vie de la population et de faciliter le retour à la paix ».

Enfin, l’accord de la Primature propose à Montana de négocier sur « les élections, la formation du CEP (dimension institutionnelle et administrative), financement des partis politiques et des élections ; les questions du pouvoir judiciaire, de l’organe de contrôle de l’action gouvernementale et du tiers du Sénat pendant la transition ». 

Contrairement à ce que réclame Montana, la Primature n’entend pas négocier sur la gouvernance du pays. Pour l’accord du 11 septembre au pouvoir, Ariel Henry doit rester en poste comme Premier ministre pour diriger la transition et organiser les élections.

« Nous avons préparé une proposition d’agenda contenant les points qui, à notre avis, méritent d’être débattus dans le cadre des pourparlers. Je suis en mesure de confirmer pour Le Nouvelliste que nous venons (NDLR : jeudi 21 juillet 2022) de transférer cette proposition d’agenda à l’équipe Montana via Monsieur Ernst (NèNè) Mathurin, sur son e-mail », a déclaré au journal Me André Michel, du Secteur démocratique et populaire, l’un des membres influents du gouvernement.

Cette même proposition d’agenda, a-t-il ajouté, sera également acheminée aux autres protagonistes de la crise pour discussions et approbation. Parlant au nom de la délégation de la Primature, André Michel a affirmé que « le dialogue doit porter sur les questions essentielles, tels la sécurité des citoyennes et citoyens et la lutte contre le kidnapping, l’apaisement social, les modifications à apporter à la Constitution pour éviter les crises inutiles après les élections, les structures transparentes à mettre en place pour passer le pouvoir à des élus issus de bonnes élections… »

Selon Me Michel « le dialogue pour sortir de la crise doit être fondamentalement multilatéral et multisectoriel. Tous les acteurs majeurs doivent être sur la table pour trouver le consensus nécessaire à la stabilité du pays ».

L’agenda de négociations politiques proposé par l’accord de la Primature ne prend pas en considération la proposition déjà faite par l’accord de Montana qui veut le rétablissement des trois pouvoirs de l’Etat avec un exécutif bicéphale pendant la transition. « Nou mande pou nan ajannda a gen yon pwen ki rele ‘’retabli, sou yon baz konsansis ak tranzisyonèl, twa pouvwa Leta yo, nan lespri Konstitisyon 87 la’’. Fòk Leta retabli lòd nan tèt li, nan enstitisyon l yo, nan kad yon konsansis laj, pou l gen mwayen enstitisyonèl ak politik nan men l pou rekanpe Larepiblik, pou l ka rezoud yon ansanm pwoblèm », exige Montana.

Parmi les problèmes que l’Etat doit résoudre pendant la transition, Montana retient l’insécurité, la corruption, l’impunité « afin d’inspirer confiance pour la reprise des activités économiques, sociales et culturelles. Pour aussi réconcilier la nation avec elle-même dans le cadre d’une conférence nationale qui décidera sur ce qui doit être fait de la Constitution, créer des conditions favorables pour l’organisation des élections… »

Après trois rencontres la semaine dernière entre les tenants de l’accord de Montana, le Premier ministre et ses alliés de l’accord du 11 septembre, aucun des protagonistes de la crise n’a évolué dans sa position.

Si jusqu’au mercredi 20 juillet l’équipe de Montana disait attendre la réponse de l’accord du 11 septembre pour avancer avec les négociations politiques, à partir du jeudi 21 juillet, c’est l’équipe d’Ariel Henry qui dit attendre maintenant celle emmenée par Magali Comeau Denis. Retour à la case départ. Le jeu de correspondances entre Montana et Primature se poursuit…



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