Le documentaire « 6 femmes d’exception » projeté au Centre d’Art

A ceux qui ne l’ont pas encore vu, « 6 femmes d’exception » est un film à voir. Ce documentaire met en orbite 6 femmes, âgées entre 85 à 115 ans, qui persistent dans leur idéal de former les fils du pays avec passion, vivacité et amour. Sur fond de la campagne des 16 jours d’activisme, le Centre d’art a réalisé une projection de ce documentaire du réalisateur Arnold Antonin le samedi 27 novembre 2021.

Publié le 2021-12-01 | lenouvelliste.com

Dans plus d’une centaine de pays, le jeudi 25 novembre 2021 a marqué le lancement de la campagne internationale et annuelle des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre. Le Centre d’Art a trouvé une manière bien originale de se mêler de la cause. Il a réanimé « 6 femmes d’exception » vieux de plus de 10 ans. Ce documentaire met en exergue 6 femmes qui ont marqué, chacune d’une manière particulière, l’histoire de leur pays.  

L’une des plus remarquables et qui a retenu l’attention très soutenue du public a été Tizo, une matrone. Âgée de 105 ans, Madeleine Desrosiers habite à Jacmel depuis 1948. C’est elle qui accouche les femmes dans sa localité, un don qu’elle a acquis dans un songe. La légende raconte qu’elle a participé à l’accouchement de plus de 20 000 mille enfants. Fougueuse, elle s’est d’ailleurs accouchée elle-même. « Un dimanche matin, je me préparais à aller à l’église. Avant de partir, j’ai tiré du lait de la mamelle de 3 vaches puis je leur ai donné à manger. Alors que je me douchais, j’ai perdu les eaux et j’ai accouché », raconte-t-elle. Ce métier lui a valu la reconnaissance de presque toute la contrée. Par contre, elle lui cause aussi des préjudices. « Gen de fwa yo rele m lougarou », regrette-t-elle.

On la voit entourée d’enfants, lisant un extrait des « Femmes savantes » de Molière au milieu des décombres de son ancienne maison qui a sombré lors du séisme du 12 janvier 2010 de laquelle elle est sortie vivante in extremis. Paulette Poujol Oriol est moins souriante que Madeleine mais elle est tout aussi fougueuse. Elle était âgée de 85 ans quand le documentaire a été tourné. L’intonation et la vigueur de sa voix laisse entrevoir l’ombre d’une carrière de metteur en scène et de comédienne prolifique. « J’ai monté toutes les pièces classiques ; des pièces haïtiennes comme ‘’La filles de l’esclave de Marie Thérèse Colimon All’’ », a-t-elle révélé. Elle s’est investie dans l’enseignement des jeunes. Quand elle n’occupe pas sa chère à l’Ecole Normale Supérieure, elle réunit dans sa maison des enfants pour leur inculquer les prémices du théâtre. Elle est morte peu avant l'avant première du documentaire en mars 2011.

De ses pas marqués de vifs mouvements, elle conduit ses élèves qui la suivent copieusement. Le poids des ans ne semble pas avoir raison de Viviane Gauthier, une boule d’énergie. Du haut de ses 91 ans, l’année où le documentaire a été tourné, elle entretient ses troupes et son école de danse, formant aussi des professeurs. La danse, elle l’a dit, c'est « toute ma vie ». Elle a appris à danser à l’âge de 30 ans. Le Yanvalou, pour Viviane, est la base de toutes les danses haïtiennes. Elle affirme que le Yanvalou est la danse qu’il faut pratiquer pour rester en bonne santé. « Il met tout en mouvement. Depuis la pointe des orteils jusqu’aux cheveux », estime-t-elle. Éprise d’un esprit de liberté, la femme qui a rendu l'âme au 1e jour du mois de juin, ne s’est pas mariée et n’a pas eu d’enfant pour avoir ses ailes légères et libres pour danser là où on l’invite, là où elle veut.

Le documentaire a tutoyé l’intimité de ces 6 femmes pour les exposer au grand jour. Elles ont toutes en commun la velléité de travailler pour le bien de la postérité. Jusqu’au soir de leur vie, elles n’ont pas démordu.

Emerante Des Pradine, morte le 4 janvier 2010,  Micheline Laudun Denis, l'une des plus grande vituoses haïtiennes du piano, Odette Roy Fombrun sont les 3 autres femmes qui ont été aussi présentées dans ce documentaire et leurs histoires sont toutes aussi animées. « 6 femmes d’exception » est une réalisation d'Anold Antonin.



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