Retour de mission pour Daniel Supplice

Publié le 2021-11-17 | lenouvelliste.com

L’envoyé spécial du Premier ministre Ariel Henry en République dominicaine, Daniel Supplice, a fait un compte-rendu de sa mission d’une semaine dans le pays voisin. En conférence de presse à la résidence officielle du PM, M. Supplice s’est montré très satisfait de son séjour qui consistait, selon lui, à calmer le jeu avec les Dominicains. L’ancien ministre affirme avoir rencontré l’ambassadeur d’Haïti en République dominicaine, la Fédération des étudiants haïtiens, des leaders religieux et communautaires, le nonce apostolique, le représentant des Nations unies en République dominicaine, le directeur de l’OIM, le président du Sénat dominicain, le ministre des Affaires étrangères, le ministre de l’Intérieur et le président Luis Abinader. 

« Toutes ces réunions nous ont permis d’avoir une idée de la situation, de la position du gouvernement dominicain et des acteurs diplomatiques qui sont en République dominicaine. Nous avons pu également percevoir comment les Haïtiens vivent la situation là-bas », a fait savoir Daniel Supplice. 

Selon l’envoyé spécial, quatre irritants faisaient l’objet des discussions. Il s’agit de la question de la frontière, du dossier des étudiants haïtiens, de l’utilisation par des Haïtiens du service de santé dominicain et la question de l’identification des Haïtiens. « Sur la question de la frontière, les Dominicains sont inquiets du fait que l’Etat haïtien perd le contrôle de certaines parties de son territoire. Ils craignent que les bandits armés ne traversent en République dominicaine pour se mélanger aux gangs dominicains afin de semer le chaos. Les conséquences seraient désastreuses pour leur économie qui s’appuie sur le tourisme. J’ai proposé la création d’une sous-commission au sein de la commission mixte bilatérale afin de se pencher sur ce sujet. Cette sous-commission sera formée par les forces de police et l’armée des deux pays, des membres des ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur des deux pays. Ce qui permettrait des échanges d’informations entre les deux pays. Les Dominicains ont accepté notre proposition », a rapporté M. Supplice. 

En ce qui concerne la question de visa des étudiants haïtiens, Daniel Supplice affirme l’avoir abordé avec le président dominicain Luis Abinader. « J’ai dit au président que ce n’est pas normal que des étudiants subissent les impacts d’un incident diplomatique. Il a partagé mon point de vue et a promis de former une commission pour traiter cette question. L’ambassadeur Smith Augustin va travailler avec le ministre des Affaires étrangères dominicain afin de reprendre la livraison des visas étudiants. Toutefois, selon les étudiants haïtiens, la plupart des documents envoyés en République dominicaine pour l’obtention de visa ne sont pas conformes aux normes. On parle de faux diplômes de baccalauréat, de relevés de notes, etc. Ce qui complique la situation des étudiants qui, en revanche détiennent des documents authentiques. Les instances haïtiennes, et les autorités dominicaines en Haïti doivent déployer un plus grand effort de vigilance », a-t-il soutenu. 

Plus loin, Daniel Supplice révèle avoir protesté énergiquement contre les mauvais traitements infligés à des femmes enceintes haïtiennes dans des hôpitaux dominicains. Ces femmes ont été interpellées par des agents de l’immigration et expulsées vers Haïti. « J’ai demandé directement au ministre (de l’Intérieur) si cet ordre venait de lui. Il a répondu par la négative. Selon lui, les agents ont agi de leur propre chef. Nous respectons le droit des Dominicains de déporter ceux qui sont en situation irrégulière. Mais cela ne leur permet pas de fouler aux pieds les droits humains ni de l'autre la dignité humaine. Les autorités dominicaines se sont excusées et ont promis de mieux former leurs agents. Nous avons également obtenu du bureau des Nations unies en République dominicaine la publication d’une qui dénonce ces mauvais traitements et demande l’arrêt des déportations des haïtiens, particulièrement des femmes enceintes», s’est félicité le diplomate. M. Supplice a dit également conseiller au gouvernement haïtien d’aménager des hôpitaux et en construire d’autres dans les villes frontalières afin, à en croire l'envoyé spécial d’éviter que les haïtiens ne soient pas obligés d’aller se faire soigner en République dominicaine. 

En ce qui concerne l’identification des Haïtiens, Daniel Supplice plaide pour un allègement du prix du passeport des compatriotes qui vivent de l'autre côté de la frontière. « Ce document coûte entre 250 et 280 dollars. C’est un prix exorbitant pour quelqu’un qui travaille dans les champs ou dans la construction. De plus, il faut réduire les délais de livraison », exhorte-t-il. 

L’envoyé spécial du gouvernement a salué l’apport de la représentation diplomatique d’Haïti en République dominicaine, dirigée par l’ambassadeur Smith Augustin. « Les différents rendez-vous ont été planifiés par l’ambassadeur Augustin. Nous avons eu sa collaboration et le support logistique des membres de l’ambassade », a-t-il témoigné. L’envoyé spécial du Premier ministre a également été interrogé sur les échanges concernant la saga provoquée par les tweets du chancelier Claude Joseph et du président Luis Abinader. « Chaque chose en son temps. Les réseaux sociaux sont à la fois très importants et très dangereux. Les messages peuvent être mal interprétés. Le président et le ministre de l’Intérieur dominicains ont admis que dans les deux camps des messages peuvent être mal interprétés », a-t-il confié, soulignant que sa désignation comme envoyé spécial n’est pas un désaveu du ministre des Affaires étrangères. « Le ministère des Affaires étrangères est responsable de la politique étrangère de ce pays. Une opinion émise peut être mal interprétée par un secteur. Ce qui peut provoquer un froid », a-t-il souligné. Au cours de la mission, Daniel Supplice était accompagné de Stamie Joseph, un cadre de la Primature.



Réagir à cet article