Affaire Monferrier Dorval : Le juge d’instruction Loubens Elysée désigné

Le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, le magistrat Bernard Saint-Vil, a désigné le juge Loubens Elysée pour instruire le dossier de Me Monferrier Dorval. Le juge Renord Régis, qui avait la charge de ce dossier, avait démissionné le 16 septembre 2021 avançant de nombreuses difficultés rencontrées dans le cadre de ce dossier. Le barreau de Port-au-Prince exige par ailleurs l’audition de l’ancienne première dame de la République, Martine Moïse.

Publié le 2021-10-06 | lenouvelliste.com

Le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince a désigné le juge instructeur Loubens Elysée pour poursuivre l’enquête judiciaire sur l’assassinat de Me Monferrier Dorval. Le secrétaire général du conseil de l’ordre des avocats de Port-au-Prince a confirmé que le barreau de cette juridiction, partie civile dans cette affaire, avait adressé au doyen dudit tribunal une requête aux fins de redistribuer le dossier car le précédent juge d’instruction avait démissionné.

L’ancien juge au tribunal de première instance de Saint-Marc hérite de ce dossier sur lequel travaillait le magistrat Renord Régis. Celui-ci était l’objet d’intimidations et de menaces, si bien qu’il a dû se mettre à couvert avec toute sa famille, dans un premier temps. Selon un autre magistrat, la police avait repris un fusil Galil mis à la disposition d’un agent qui assurait la sécurité de ce juge d’instruction. Des moyens n’ont pas été mis à la disposition de Renord Régis pour mener cette enquête, jusqu’à ce qu’il remette sa démission le 16 septembre 2021, dénonçant au passage sa déception face aux « conditions générales qui caractérisent le fonctionnement de l’institution judiciaire ».

Dans son discours à l’occasion de la cérémonie solennelle marquant le début de cette année judiciaire, Me Marie Suzy Legros, bâtonnière de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, a demandé à la justice haïtienne d’auditionner l’ancienne première dame Martine Moïse dans le cadre de l’enquête judiciaire sur l’assassinat de son prédécesseur, Monferrier Dorval. La bâtonnière Marie Suzy Legros a promis qu’elle ne baissera jamais les bras.

« Les auteurs intellectuels, coauteurs, complices et exécutants de ce crime crapuleux paieront. La justice est une pour tous. Elle profitera de la présence de l’ancienne première dame de la République Martine Moïse, sur le territoire, pour l’auditionner également dans l’affaire du bâtonnier Monferrier Dorval », a déclaré l’avocate, applaudie par ses confrères et consœurs. Martine Moïse était déjà invitée au cabinet du juge Renord Régis dans le cadre de ce dossier. Des sources avaient fait savoir au Nouvelliste que des « ordonnances ont été acheminées au parquet qui devait s’assurer des invitations. Ces suivis n’ont pas été réalisés, la première dame ne s’est jamais présentée au cabinet d’instruction.

En outre, Me Marie Suzy Legros a souligné que le barreau de Port-au-Prince avait réalisé des marches, des sit-in et des dépôts de gerbes de fleurs à la mémoire de Monferrier Dorval et pour réclamer justice. Des conférences de presse et des démarches pour la constitution d’une commission internationale d’enquête ont été organisées. Même la Conférence internationale des barreaux (CIB) a vainement concouru à ce but. Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, le Core Group entre autres entités avaient aussi exigé justice pour l’illustre avocat et professeur  d'université. Toutefois l’exécutif avait refusé l’appui d’une commission internationale à l’enquête.

« Je ne manquerai pas de remercier publiquement l’ancien commissaire du gouvernement Bed-Ford Claude qui avait tout fait pour saboter le dossier du bâtonnier Monferrier Dorval », a-t-elle ironisé. Elle a dénoncé ainsi l’ancien chef du parquet de Port-au-Prince qui était mis en cause dans l’obstruction de ce dossier, en refusant, selon des associations, d'exécuter environ huit ordonnances du juge instructeur qui menait cette enquête. Reste à voir les décisions que prendra le nouveau juge d’instruction et le comportement de l’actuel commissaire du gouvernement de Port-au-Prince.



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