Le Sud sous les eaux et les décombres attend des solutions 

Publié le 2021-08-17 | lenouvelliste.com

La ville des Cayes, comme les 17 autres communes du Sud, se sont réveillées sous une fine pluie, mardi matin. La tempête tropicale Grace et les rafales de vents qui l’accompagnaient ont déjà quitté le pays. Cette nuit cauchemardesque, où les gens vacillaient entre les répliques sous les maisons fissurées et la pluie restera dans les annales. A l’aéroport Antoine Simon à Laborde, des dizaines de personnes, des Haïtiens et des expatriés, s’impatientent. Sur le boulevard des Quatre-Chemins, des centaines de passagers ont déjà pris place dans des autobus assurant le trajet Cayes/Port-au-Prince. En avion, en hélico, ou en autobus, tous les moyens sont bons pour laisser cette ville qui n’arrête pas de trembler quand les répliques la chatouillent. 

Au Land des Gabions, quelques sachets de biscuits, apportés par un bon samaritain, viennent réveiller des sinistrés qui, une minute auparavant, grelottaient. Ce terrain de football, transformé en abri provisoire, héberge des dizaines de familles. Des tentes de fortune y ont été érigées au petit matin alors que le sol était encore très mouillée. Certaines tentes sont recouvertes de bâches, estampillées de logos de certaines ONG. D’autres sont recouvertes de tissus. Selon les témoignages recueillis par Le Nouvelliste, dans cet abri provisoire, l’aide n’atteint pas tout le monde. Seuls les plus agressifs ont pu s’en emparer, nous souffle une septuagénaire.

A l’hôpital Immaculée Conception des Cayes, plus d’une centaine de blessés sont soignés. Des adultes, des jeunes, des adolescents, des enfants, et même des nourrissons sont remarqués. Ils reçoivent des soins pour des fractures ouvertes, fractures fermées, luxation fémorale, luxation de l’épaule, des traumas crâniens sévères ou modérés, etc. Chaque patient a une histoire, vit sa propre tragédie dans la grande tragédie. 

Dans la salle des enfants, Vilreson Sanpin, 14 ans, tord de douleur alors qu’une infirmière lui administre un sérum. Sa jambe droite a été fracturée. Originaire de Saint-Louis du Sud, il a été heurté par une pierre alors qu’il s’occupait du bétail. Il faut dire que malgré tout, Vilreson a été chanceux. Comparé au destin tragique de son grand frère Yvedol, 17 ans. En pleurs, Nomène Jean, la mère des deux garçons, raconte que le plus âgé a été enseveli à cause d’un glissement de terrain provoqué par le séisme. « Pi gran an tou antere anba gwo wòch ak tè », soupire la dame. 

A côté, deux dames sont au chevet d’un nourrisson de 23 mois, portant un bandage sur la jambe gauche. Christmanaelle Louis dors sans aucun souci. Alors que ses parents sont devant un choix cornélien. Amputer la jambe de leur petite fille ou s’attendre au pire faute de meilleurs soins ailleurs. « On nous a proposé de l’amputer. Je ne veux pas que ma famille ait ce destin. J’aimerais la transférer dans un autre centre mais je ne sais pas à quelle porte frapper », se désole Marie Duverseau. 

Alors que de dizaines de patients doivent encore rester à l’hôpital, d’autres ont été autorisés à rentrer à la maison. C’est le cas de Vanessa qui avait été fracturée à l’avant-bras. Assise sur un balcon, la quadragénaire, son bras en écharpe, s’impatiente de la lenteur prise par les autorités pour assister la population. « Ma maison a été détruite. Personne ne m’a contacté. Je ne sais pas ce qui va se passer. Mais dans mon quartier nous avons besoin de tentes, de bâches, d’eau potable, etc. », a-t-elle appelé.

Vanessa, qui habite à l’angle des rues Chateaudun et Duvivier Hall, croit qu’il faut assister tout le monde sans discrimination. « On a mis toute l’attention sur les quartiers de la Savane ou Dèyè Fò. Nous habitons un quartier résidentiel certes, mais nous sommes démunis aussi. La catastrophe ne fait pas de discrimination. L’aide doit être sans discrimination », avance-t-elle.

Ce n’est pas que les Cayens qui s’impatientent de la lenteur des réponses. Des habitants de Saint Louis du sud ont bloqué la nationale numéro deux pour exiger l’arrivée des secours. A Camp-Perrin, une commune sévèrement touchée par le séisme, les habitants s’impatientent également. Marckson, un résident de Saut-Mathurine, critique l’inaction des autorités locales. « Nous n’avons pas de représentants. Nous sommes abandonnés ici. Nous avons tout perdu mais on refuse de voler à notre secours », a-t-il dénoncé, ajoutant que les habitants de cette localité vont bloquer la nationale numéro 7 dans les prochains jours si l’aide ne leur soit pas apportée. 

Rencontré dans le bureau départemental de la protection civile, Sylvera Guillaume a admis que la situation est compliquée après le passage du séisme et de la dépression tropicale. « De manière urgente, nous avons besoin de bâches, de tentes, d’eau potable et de nourriture. Il y a des partenaires internationaux qui avaient procédé à des distributions lundi soir. Le gouvernement avait passé des instructions au FAES qui a répondu. Mais il y a encore un grand besoin », a fait savoir Sylvera Guillaume.

Jean Daniel Sénat 



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