Toujours pas d’accord entre les organisations de la société civile et l'opposition sur l'après Jovenel Moïse

23 jours après l'assassinat du président Jovenel Moïse, l'opposition politique et les organisations de la société civile ne sont toujours pas parvenues à un accord pour présenter au pays une alternative consensuelle. En petits groupes ou en solitaire, ces acteurs multiplient les propositions de sortie de crise. Leur seul point commun comme avant l'assassinat de Jovenel Moïse, c'est qu'ils désapprouvent la composition du gouvernement et veulent avoir un exécutif avec un président et un Premier ministre…

Publié le 2021-07-29 | lenouvelliste.com

Pour le moment, la Commission pour la recherche d'une solution haïtienne à la crise semble être la structure de la société civile la plus avancée dans sa quête d'alternative à Jovenel Moïse avec une plus large participation. « À partir du consensus trouvé à l’hôtel Montana, nous distribuons actuellement le document aux partis politiques et aux organisations qui ont pris part au débat. Dans ce document figurent les éléments de consensus et l’axe programmatique du gouvernement de transition », a fait savoir jeudi au Nouvelliste Jacques Ted St-Dic, responsable de communication de la Commission.

Selon Monsieur St-Dic, plusieurs points d’accord ont été trouvés entre les parties prenantes. D’abord, « le retour à l’ordre constitutionnel de 1987. Ensuite, l’établissement d’un exécutif composé d’un président, d’un Premier ministre et du gouvernement. Le troisième point d’accord repose sur l’instance qui doit les choisir ; d’où la formation d’un Conseil national de transition, d’un organisme de contrôle de la transition et la création d’un bureau de suivi de l’accord… »

Dans ce document dont Le Nouvelliste a eu copie, le Conseil national de transition (CNT) est, composé de représentants de différents secteurs sociaux et politiques comme les paysans, les partis politiques, les organisations féministes, les organisations de droits humains, les organisations socioprofessionnelles, le secteur privé, les organisations populaires, les syndicats, les Haïtiens de l’extérieur, l’Université, l’Église catholique, l’Église protestante, l’Église épiscopale et le secteur vodou.

« Le CNT choisira un président/une présidente et un chef/une cheffe de gouvernement, sur la base de critères et mécanismes préalablement établis par l’instance désignée à cet effet », lit-on dans le document.

Ensuite, « un organe de contrôle de l’exécutif dénommé Organe de contrôle de la transition (OCT) sera créé avec la mission de veiller au respect des lois et de l’éthique dans la gestion de la chose publique. Il s’assure de la prise en compte des revendications populaires par le pouvoir politique. L’OCT aura des pouvoirs réels et sera composé de 23 membres, dont deux par département géographique et trois par la diaspora. Ils seront choisis sur la base de critères préalablement établis. L’OCT reste en fonction jusqu’à l’installation des nouveaux parlementaires issus des élections », a détaillé ce document présenté comme la solution à la crise du pays.

Dans la feuille de route cette transition figurent des priorités comme le système électoral, la sécurité, la justice et les droits humains, la corruption et l’impunité, les urgences économiques, la santé et la gestion de l’urgence de la Covid-19, la conférence nationale souveraine, l’éducation, la culture, l’environnement et la gestion des risques et des désastres, la coopération internationale et la diplomatie haïtienne.

Comme d’habitude, le Secteur démocratique et populaire (SDP) ne se retrouve pas dans cet accord. « Nous avons rencontré les membres de la Commission à plusieurs reprises. Ce sont des gens formidables et très sympathiques. Évidemment, nous leur avons dit très clairement que le pays n’a pas besoin d’une proposition de sortie crise en plus. Pour nous, même au niveau de la société civile, la Commission est une entité parmi d’autres. En début de semaine, une rencontre a eu lieu entre des différentes entités de la société civile », a déclaré Me André Michel, porte-parole du Secteur démocratique.

Selon Me Michel, le SDP soutient l’idée de la fusion des différentes démarches et propositions pour, après discussions et débats, arriver à une seule et même solution consensuelle. « Nous sommes dans une situation exceptionnelle. On ne pourra pas sortir de cette situation avec une kyrielle de propositions. Il faut un dépassement de soi pour mieux défendre l’intérêt collectif. C’est pourquoi le SDP n’avait pas adhéré au Protocole d’entente nationale. Nous n’avons pas, non plus, l’intention de signer une autre proposition qui sera l’émanation de la Commission, à moins qu’il y ait un véritable consensus là-dessus », a affirmé Me André Michel.

Pour les signataires du Protocole d’entente nationale (AAA, INITE, Fusion, FND, Boc démocratique), « face à une situation exceptionnelle, il faut une solution exceptionnelle. Ce cas d’espèce, tel qu’imposé par la conjoncture, n’est pas prévu par la charte fondamentale. Il constitue un défi auquel la société doit faire face. Tout parti politique, toute organisation civile ou politique doit avoir la capacité de proposer, de décider sur une base consensuelle, institutionnelle en vue de sortir le vaisseau de la tempête. »

Dans une note de presse publiée le mercredi 28 juillet, ces organisations politiques indiquent que « dans l’attente de l’installation du président provisoire, le Premier ministre Ariel Henry devrait engager un processus de dialogue politique aux fins d’adopter un agenda consensuel pour la période transitoire avec différents secteurs représentatifs de la vie nationale… »

Pour sa part, Fanmi Lavalas a souligné au Nouvelliste son intérêt pour une sortie de crise. « (...) D’où notre participation à une recherche de concertation pour une proposition unique.  Dès novembre 2018, Fanmi Lavalas a elle-même produit et publié un document précisant sa  proposition de sortie de crise. Cependant, nous croyons fermement dans la mise en commun des réflexions de divers secteurs et des forces vives du pays pour relever ce défi. Nous espérons que les discussions et pourparlers entamés reprendront pour aboutir à une proposition commune qui tienne compte des desiderata du peuple haïtien », a indiqué Joël Vorbe. 

Entre-temps, Ariel Henry, à la tête du gouvernement, est le seul capitaine à bord du navire. Ses priorités : préparer les conditions pour que les élections se tiennent le plus rapidement possible, combattre l’insécurité et créer un climat de dialogue avec tous les secteurs du pays.



Réagir à cet article