Léogâne, faut-il revenir à la canne à sucre ?

Les champs de canne à sucre d'autrefois ont cédé la place au béton partout à Léogâne, réputée jadis pour cette culture. Devrait-on tout faire pour remédier à cette situation ? C'est la question qui a opposé sur un même panel deux agronomes, Gary Alliance et Alex Étienne, le samedi 8 mai dernier à Léogâne, lors d'une séance de Samedi Trait d'union.

Publié le 2021-05-10 | lenouvelliste.com

Gary Alliance, spécialiste en production végétale, a défendu le pour. Il a mis en avant les vertus écologique, agricole, économique et nutritionnelle de la canne à sucre pour défendre sa position. « La canne à sucre a une excellente capacité d'absorption du gaz carbonique (CO2) qui permet de refroidir l'atmosphère. C'est un excellent moyen de résister aux effets climatiques. Elle protège aussi le sol contre l'érosion. On devrait cultiver cette plante dans les hauteurs, contrairement auparavant, pour empêcher une grande quantité de mètres cubes de terre d'aller vers la plaine. Cela aiderait à combattre la pollution maritime », a soutenu Gary Alliance.

Plus loin, le leader paysan a présenté la culture de la canne à sucre comme une ressource économique importante pour les ménages léogânais. « Avec la récolte de la canne à sucre, les ménages pouvaient attendre calmement que les mangues soient prêtes en été. Ils avaient déjà de l'argent pour préparer la rentrée des classes par exemple. Mais à présent, les mangues sont cueillies prématurément », a expliqué l'agronome.

«Dans le passé, les enfants se soulageaient un bout de canne en rentrant de l'école, en attendant un plat chaud, rappelle Gary Alliance. Planter de la canne à sucre renouvelle le sol et en effectue le fourrage, poursuit-il». La canne à sucre nourrit les animaux ; décomposée, elle fertilise le sol », ajoute le coordonnateur du MOPAL (Mouvement des paysans léogânais).

Pour sa part, le jeune agronome, spécialisé en économie et développement local, Alex Étienne, a analysé la filière canne à sucre pour soutenir que dans les conditions actuelles, revenir avec ce produit n'est pas une option économiquement rationnelle. « L'usine sucrière de Darbonne consommait 60% de la production de canne à sucre à Léogâne. Elle ne fonctionne plus. Les planteurs ont abandonné les champs parce que tout simplement il n'y a pas de demande pour le produit », rappelle l'agro-économiste.

Alex Étienne a aussi soulevé le problème foncier qui touche la production agricole en général, celle de la canne-à-sucre en particulier. « Les trois sections communales en Plaine où l'on cultivait de la canne à sucre sont construites à 40%, selon un rapport datant de 2005. Nous ne disposons pas de chiffres récents, mais c'est sûrement pire aujourd'hui. Peut-on revenir à la culture de la canne à sucre, juste pour y retourner, sans industrie ? Quel est le plan de l'État pour l'usine? », questionne Alex Étienne.

Économiste avant tout dans ses approches, Alex Étienne fait remarquer que le producteur qui achète  la canne à sucre aujourd'hui n'a que le sirop comme option. Même la bagasse (ce qui reste de la canne à sucre après broyage), utilisé comme fumier, n'est plus acheté, illustre-t-il. « Sur plus d'un hectare de terre, alors qu'il faut attendre 8 à 10 mois pour la récolte de la canne à sucre, je ne gagne même pas 75 000 gourdes. Cependant, avec d'autres produits, je gagnerais plus d'argent en beaucoup moins de temps », tance Alex Étienne, comme pour inviter les agriculteurs léogânais à se tourner vers d'autres cultures.



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