Simon Dieuseul Desras appelle le pouvoir et l’opposition à faire des concessions

Publié le 2021-05-06 | lenouvelliste.com

L’ancien sénateur Simon Dieuseul Desras était l’invité de Panel Magik ce jeudi 6 mai. L’homme politique a confirmé des discussions, dont certaines via des émissaires, entre Jovenel Moïse et des leaders de l’opposition. L’ancien parlementaire a révélé avoir déjà pris part à des discussions en ce sens. « Le dialogue est un processus permanent. Il peut se faire en continu ou peut connaitre des interruptions. Je parle avec lui. Il n’y a encore rien d’officiel pour ce qui est des initiatives. Mais il y a des discussions avec différents acteurs. Il y a des émissaires qui facilitent les échanges. Certains parlent au président en plein jour, d’autres le font au cours de la nuit. Certains ont le courage de révéler avoir eu des discussions avec lui, d’autres non », a-t-il fait savoir. 

L’ancien parlementaire a qualifié de démagogues ceux qui écartent toute possibilité de discuter avec Jovenel Moïse mais qui réclament les bons offices de l’OEA pour parvenir à son départ ordonné. « Si l’OEA vient, ces acteurs vont certainement rencontrer Jovenel Moïse parce que ce ne sera pas un monologue. Tout le monde connaît la position de l’OEA sur la fin de mandat de Jovenel Moïse. L’organisation va-t-elle faire un volte face sur le 7 février 2022 ou va-t-elle convaincre les récalcitrants? Je me demande si l’OEA est la bonne porte à frapper », s’est-il interrogé. 

De l’avis de Desras, la démission de Joseph Jouthe du poste de Premier ministre a fait bouger les lignes. « Certains acteurs qui avaient refusé tout dialogue avec Jovenel Moïse commencent à tenir un autre discours. Ils parlent de dialogue. Mécène Jean Louis est oublié par ceux qui l’avaient choisi président de transition en cas de départ de Jovenel Moïse. Certains acteurs parlent à présent de départ ordonné de Jovenel Moïse. Les discours changent », a-t-il fait remarquer. « S’ils sont intéressés à obtenir le poste de Premier ministre de Jovenel Moïse, je ne vois pas pourquoi ils traînent les pieds. Cela permettrait de gagner du temps », a-t-il conseillé. 

L’ancien ministre de l'Environnement sous l’administration Privert a été très amer contre ceux qui s’opposaient à sa prise de position en faveur du dialogue il y a quelques mois. « J’avais dit qu’un démocrate ne devrait pas refuser de dialoguer. J’ai reçu une pluie de critiques dans certains médias et sur les réseaux sociaux. Récemment, certains ont rejeté violemment une tentative de Religions pour la paix de mettre tous les acteurs sur la table afin de trouver une solution haïtienne à la crise. Ils ont chassé Religions pour la paix avec fracas. Aujourd’hui, ils écrivent à l’OEA pour chercher une médiation. Ils se tournent vers le Blanc pour tenter de trouver ce que nous, Haïtiens, avons proposé », a-t-il asséné. 

De l’avis de Desras, l’option « départ ordonné » de Jovenel Moïse n’est plus d’actualité. « J’avais évoqué cette possibilité avant le 7 février. Aujourd’hui, une fois la date passée, on entre dans une zone franche. Je ne vais pas errer. On est face à une réalité. Les manifestations pacifiques n’ont pas réussi à renverser le président. Ceux qui veulent obtenir son départ ne pourraient pas s’entendre pour diriger si ce rêve de le voir partir se concrétisait. Par conséquent, il faut s’entendre sur le minimum. Il faut des concessions de part et d’autre », a-t-il soutenu.

« Tant que la crise durera, Jovenel Moïse continuera de se diriger vers un bilan négatif. Si l’opposition ne fait pas une concession minimale, elle n’arrivera pas à préserver l’essentiel. Pour moi, le minimum serait d’accepter de dialoguer afin de trouver en gens de bien un consensus. Ce qui permettra d’obtenir une issue pacifique », a poursuivi l'ancien président de l'Assemblée nationale, critiquant au passage l’approche de Jovenel Moïse qui tire à boulets rouge sur l’opposition. 

L’ancien élu du département du Centre, au cours de cette entrevue, ne s’est pas clairement prononcé sur le projet de référendum constitutionnel. Il a néanmoins émis des réserves sur l’aspect technique d’une telle organisation, l’inscription des électeurs et l’absence d’un consensus national pour un tel chantier. 

Par ailleurs, Desras a affirmé ne pas écarter la possibilité d’accepter de devenir Premier ministre de Jovenel Moïse. « La politique n’est pas seulement l’art du possible. Certaines fois, elle peut rendre possible ce qui est nécessaire. Oui, on a déjà évoqué mon nom pour devenir Premier ministre. Mais je ne suis pas le seul. Beaucoup de noms ont été proposés. J’ai toujours dit que si je dois accepter ce poste, il faut que cela se fasse sur la base d’un consensus politique. Sinon, ça va être difficile pour moi de m’engager », a-t-il fait savoir.

Simon Dieuseul Desras pense que Jovenel Moïse doit agir au plus vite. « Le président Moïse a un momentum qu’il doit saisir. Soit il maintient son agenda et confirme le choix de Claude Joseph. Soit il fait un choix lui conduisant vers un accord politique pour exécuter une partie de son agenda. Sinon, s’il laisse passer le temps, il aura un bilan négatif. Et l’opposition, de son côté, se réveillera au lendemain du 7 février, avec la société civile qui va vouloir prendre le contrôle de la situation », a-t-il averti.



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