La société Stévia Agro-Industrie mise gros sur la zone franche de Savane-Diane

Sur une vaste étendue de plus 8 300 hectares, bornée par les communes de Maïssade (Centre), Pignon (Nord) et Saint-Michel de l'Attalaye (Artibonite), le projet de Zone franche agro-industrielle de Savane-Diane (ZFASD) commence à sortir de terre. Pour l'instant, avec seulement 8 millions de dollars investis, 320 hectares de ce sol argileux, difficiles à dompter sont mis en service suite aux efforts titanesques consentis par la société Stévia Agro-Industrie S.A. Pour les 10 prochaines années, pas moins de 250 millions de dollars seront investis et on parle de projections reluisantes pour les exportations du concentré de stéviose et d'avocats et d’autres denrées.

Publié le 2021-05-05 | lenouvelliste.com

En quittant la route menant à St-Michel-de-l'Attalaye, en parcourant plus de cinq kilomètres, le paysage est fait de champs en friche, de petites exploitations de canne-à-sucre et des ateliers de distillation de clairin. A Débauché, où l'on aperçoit un vaste champ rempli de jeunes pousses vertes de stévia, une herbe aromatique très prisée pour les stéviosides qu’elle renferme, le tableau change complètement. On aperçoit les traces laissées par les machines. On sent la touche apportée par le projet de produire à grande échelle. La terre est défrichée, des tuyaux d'irrigation bien en place et le champ fourmille de plantules et d'ouvriers qui enlèvent de la terre et des mauvaises herbes dans les racines des plantes. Avec le soin prodigué à ses plantules, s’annonce la promesse des belles récoltes.

Lors d’un passage à un entrepôt, pour débuter la visite, les responsables nous ont invités à mâcher des feuilles sèches de stévia, disposées dans un sac de stockage. Une petite hésitation flottait dans l’air. Pour rassurer la délégation, l'ingénieur-agronome Fresner Dorcin s’est lancé. Les visiteurs ont suivi. Une petite feuille. La surprise est palpable. La saveur est déconcertante. « C’est sucré ! », « qui l’aurait cru », se sont émerveillés certains. D’autres se sont empressés de recracher la feuille, le goût sucré en devenait insupportable. « Vous devez avoir de l’eau sous la main quand on goûte la feuille de stévia », s’écria un jeune homme, qui travaille pour la zone franche.

L’étonnement a été le même, quand on a encore mâché des feuilles de stévia prises à même le sol.  Tous ceux qui ont mâché les feuilles séchées ou cueillies dans les parcelles ont conservé la saveur sucrée dans la bouche pendant une quinzaine de minutes. Se réjouissant des retours de cette petite expérience, l’homme d’affaires André Apaid a vanté les vertus du stévia qui possède, selon lui, un pouvoir sucrant de 100 à 300 fois supérieur à celui du sucre sans aucune calorie. C’est pourquoi des multinationales, a-t-il ajouté, comptent l’utiliser déjà à la place du glucose issu de la canne à sucre pour des boissons destinées aux personnes souffrant de diabète et d’hypertension.

Devant l'étonnement de certains journalistes présents pour cette visite guidée en voyant le système d'irrigation par goutte à goutte (en anglais drip irrigation system), les responsables de la société, dont André Apaid, son fils Clifford Apaid et l'ingénieur-agronome Fresner Dorcin ont expliqué avec minutie la toile d'araignée qui est tissée sous terre à plusieurs mètres de profondeur afin d'amener l'eau à la surface. Même si elle est à sa genèse, la plantation de la Zone franche agro-industrielle de Savane-Diane (ZFASD) s'étend à perte de vue. En attendant les autres cultures de manioc, de mangue et de myrtille, le stévia et les avocats de variété Hass, plus résistantes, sont déjà mis en terre.

Ils ont fait savoir, avec de la fierté se lisant sur leur visage, que le projet n'aurait jamais vu le jour sans ce système moderne d'irrigation car la Savane-Diane contient un sol argileux à 60 %. Il serait impossible de cultiver le moindre hectare avec des denrées qui nécessitent de l'eau en défiant les saisons pluvieuses. Au milieu de la plantation de stévia, l'homme d'affaires André Apaid explique que quand il pleut, le sol retient l'eau et les racines pourrissent. Sans eau, le sol s'assèche, devient une pierre et tue les racines. La solution, poursuivent ces responsables, était de mettre en place un système de drainage ambitieux afin de faire remonter l’eau jusque dans les racines des plantes et de lui permettre de filtrer hors des parcelles par de faux canaux avant que cette eau ne déverse dans un canal de sept mètres de largeur en surface pour qu’elle achemine avec les eaux de pluie au bassin de rétention.

« Tous les experts nous ont fait savoir que sans un système de drainage adéquat, nous n'allons pas pouvoir récolter un seul hectare de cette terre non défrichée depuis 60 ans. C'est pourquoi nous avons mis en place 12 kilomètres d'irrigation principale et secondaire en tuyaux souterrains de 12 à 4 pouces », a indiqué André Apaid. L'agronome Fresner Dorcin souligne que « pour irriguer et drainer chaque hectare de ce champ, il faut 3000 dollars américains ». L'eau qui alimente toute la plantation, a ajouté Clifford Apaid, provient d'un bassin de rétention d'eau de pluie de 9 mètres cubes de profondeur construit par Taïwan dans la zone. « Nous avons installé une pompe pour alimenter les parcelles. Mais notre système d'irrigation nous permet de récolter l'eau souterraine dans un canal qui se déversera dans ce même lac et il n'y a aucun risque de pollution car nous faisons une agriculture bio. »

Une production destinée à l'exportation

Le projet de Zone franche agro-industrielle de Savane-Diane (ZFASD) se tourne entièrement vers l'exportation quant au choix des denrées et la méthode de production. Des experts nationaux et internationaux y travaillent depuis plus de deux ans pour préparer les plantules et aider à labourer les surfaces pour la plantation de stévia et d'avocats. Des variétés de stévia provenant de plusieurs pays ont été testées avant de retenir le stévia du Mexique avec une teneur en stéviosides des feuilles élevées à 18 % en fonction des conditions de culture. Elles peuvent être récoltées tous les trois mois. Ainsi que l'avocat Hass du Pérou qui, contrairement à la variété locale, peut passer 40 jours en moyenne dans un conteneur à destination d'un pays étranger. 

« De potentiels partenaires commerciaux de l'étranger sont déjà identifiés. Pour ce qui est du stévia, nous visons en particulier la compagnie Coca-Cola qui se montre très intéressée à utiliser le stévia dans ses boissons. C'est pourquoi nous avons mis en place un centre de conditionnement pour établir la traçabilité de nos produits », a soutenu Clifford Apaid lors d'une présentation du projet faite aux journalistes. L'entrepreneur a aussi affirmé que les investissements faits à Croix-des-Bouquets (Santo 19) pour mettre sur pied entre autres un centre de transformation du stévia en concentré et un centre de propagation végétale afin de produire leurs propres plantules témoignent du souci de répondre aux exigences internationales. « Les denrées qui seront produites, a-t-il garanti, par la zone franche agro-industrielle de Savane-Diane seront de qualité au point d'aider à renforcer la santé des consommateurs. »

Les externalités positives du projet de zone franche

Parallèlement à la plantation qui s'agrandit au jour le jour, la société stévia agro-industrie S.A. est en train de construire son quartier général avec des espaces de bureau et cafétéria et projette dans un temps proche de disposer d'environ 40 chambres d'hôtel pour recevoir ses employés, ses experts étrangers comme il y en déjà et de potentiels investisseurs. En plus d'un millier d'ouvriers agricoles déjà dans les champs, ces travaux et le fonctionnement de l'hôtel favoriseront la création d'emplois dans la zone, a soutenu Elisabeth Apaid. 

Dans 10 ans, six grands projets et filiales, grâce à un investissement de près de 250 millions de dollars, pouvant créer plus de 20 000 emplois sont prévus pour cette grande exploitation agricole sur huit mille trois cents hectares de terre. Aussi, les habitants de la zone qui vivent en-dessous du seuil de la pauvreté alors que leurs terres peuvent produire des richesses auront la possibilité, à en croire André Apaid, de bénéficier des largesses de ce projet en termes d'infrastructures. Il a pris l'exemple des routes réhabilitées avec le soutien du ministère des Travaux publics, des dalots construits et la projection de construire des lacs collinaires pour les gens afin de faire notamment l'élevage de poissons. 



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