Réponse aux 68 congressmen américains et dépenses de lobbying, l’ambassadeur d’Haïti à Washington explique

L’ambassadeur d’Haïti à Washington, Bocchit Edmond, en interview avec Le Nouvelliste, revient sur la réaction musclée à la lettre des 68 congressmen Américains et justifie les dépenses en lobbyistes. ».« Les dépenses de lobbying d’Haïti à Washington sont minimales et pas du tout aux dépenses de certains gouvernements antérieurs », a-t-il soutenu.

Publié le 2021-04-30 | lenouvelliste.com

Le Nouvelliste : Pourquoi la lettre aux 68 congressmen américains?

Bocchit Edmond : Le président de la République d’Haïti, Jovenel Moïse a gagné les dernières élections dont les résultats ont été publiés le 3 janvier 2017. Ces élections observées par l’OEA ont respecté les standards internationaux. Conformément à la Constitution sur laquelle il a prêté serment le 7 février 2017 pour un mandat de cinq ans qui prendra fin le 7 février 2022. Malgré l’utilisation de la violence des gangs pour empêcher et bloquer le vote de la loi électorale, le processus électoral a été lancé. Haïti a signé la charte démocratique régionale, tout effort pour interrompre l’ordre constitutionnel d’Haïti serait un mauvais exemple pour la démocratie au niveau de la région. L’ ambassade d’Haïti à Washington a cru bon de rappeler ces principes. 

LN : Quid de l’efficacité des lobbyistes engagés par l’État haïtien?

B.E.:  L’ensemble des pays de la région, pour ne pas dire tous les pays, ont des firmes qui font le lobby à Washington pour défendre leurs intérêts. Le lobbying fait partie intégrante du système politique américain. Grâce au lobbying, nous avons renouvelé les lois HOPE et CBPTA qui représentent 90% de nos exportations et près de 60 000 emplois. Nous essayons d’ouvrir d’autres portes économiques tout en faisant passer nos messages politiques. Je dois vous rappeler que les huit tentatives d’interruption de l’ordre constitutionnel d’Haïti en quatre ans ont saboté nos efforts pour augmenter l’aide au développement. Ceux qui maintiennent la violence depuis 2013 n’aiment pas Haïti et son peuple. 

LN: Partagez-vous la lecture de ceux qui disent que cette lettre illustre l’inefficacité de ces firmes?

B.E.: Nous parlons souvent aux membres du Congrès sur les besoins de développement d’Haïti. Ces échanges permettent de comprendre et d’harmoniser nos stratégies. Certains pays voisins font de même. Comme l’a dit le président Moïse, la stabilité est le plus grand des biens publics. Quand vous avez l’instabilité, cela fait fuir l’investissement et l’aide internationale. Vous n’avez qu’à analyser les résultats de l'opération “peyi lòk” pour comprendre les retombées négatives sur l’économie nationale et le social. “Peyi lòk” c’est plus de deux milliards de dollars et 80,000 emplois directs et indirects perdus. Ajoutez à cela les dégâts de la pandémie. 

L.N.: Des observateurs soulignent que les lobbyistes finissent par échouer parce que souvent ils sont requis pour travailler pour des gouvernements successifs en Haïti mais pas pour le bien d’Haïti et l’avancement de projets en faveur d’Haïti. Partagez-vous cette appréciation ?

E. B.: En comparaison aux dépenses des autres pays, votre récent article a reconnu que les dépenses de lobbying  d’Haïti à Washington sont minimales et pas du tout comparables aux dépenses de certains gouvernements antérieurs. Quant aux résultats, je les ai déjà mentionnés plus haut. 

L.N.: Quid de la représentation d’Haïti aux USA à l’ambassade et au consulat ?

E.B.: L’ambassade d’Haïti à Washington et les consulats continuent de faire leur travail journalier qui est de défendre les intérêts de notre pays et de fournir des services aux citoyens haïtiens à l’étranger. L’ambassade et les consulats malgré la Covid-19 continuent de développer leurs relations avec le secteur privé américain en vue d’encourager les investissements en Haïti ainsi que d’autres secteurs sociaux des États-Unis. Dans le cadre de notre travail, nous recevons un support total des services centraux du ministère, du ministre Claude Joseph, des membres du cabinet et du président de la République. Nous préparons la visite de cinq journalistes haïtiens à Washington qui auront l’opportunité d’observer le fonctionnement de l’ambassade, de les accompagner au Congrès des États-Unis, au Département d’État et à l’OEA. Les journalistes ont aussi un rôle clef à jouer dans la défense des intérêts nationaux d’Haïti.

Espérons voir bientôt la diminution des restrictions sanitaires pour concrétiser cette visite.

Propos recueillis par Roberson Alphonse



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