Gary Augustin, dans la clameur du poème

Publié le 2021-04-20 | lenouvelliste.com

Je suis entré dans ‘’terre brûlée’’, je me suis, au lieu de m’être fait incendier des mille étincelles pommées sous les cendres, reconstitué les ailes à travers les volutes de fumées qui s’évaporent et occupent toute la table des pages du livre. J’y suis entré les pieds nus. Sans bagage. Comme dans un lieu sacré. Avec l’émotion qui saisit à la gorge, un poète assis aux pieds des vagues, écoutant fleuve couler les quatre saisons de Vivaldi (four seasons). Ou qui semble, un 2 janvier du temps, offrir son exil contre un morceau de mer.

        

Il y a des textes poétiques, l’ai-je découvert après la lecture de ‘’Terre brulée’’ qui te disent, viens ! Je vais t’apprendre à danser sous l’orage. T’apprendre à pêcher des pépites d’argent à travers les lacs roses que fait la terre brulée. Gravir les ombres. Espérer la lumière. Ou qui te disent, entre ! Et à mesure que tu entres, l’appel s’intensifie à entrer jusqu'à ce que tu oublies de t’en sortir ou ne le puisses pas. Car tellement drapé, ébloui par la force du langage. Et tant l’écho du geste des mots sur la page t’enveloppe. Terre brulée est de cette race.

Paru il y a 17 ans aujourd’hui aux éditions Mémoire, terre brulée, le deuxième fascicule du poète après ‘’Girandole du jour’’, (Girandole du jour, qui est la perle d’un même collier et marqué du même sceau de choses rares, de poésies éclatées), est un recueil de 34 poèmes composé en trois parties.

L’auteur y sème des perles de mots qui retracent le vacarme qu’est l’existence. Cette fragilité. Ce silence. C’est un recueil d’amour. Qui dit « les néons brisés » et qui tente, quoiqu’éprouvé de la crudité de l’in espérance, promet la lumière.

Voici un demi-aveu fait d’une expressivité remarquable :

« Terre amoureuse des vagues

S’en va vers l’eau

Les hommes aussi

Avec au cœur l’espoir unijambiste »

Terre brulée’’ est un recueil pétri des angoisses d’une terre. De la terre tout court. Une terre meurtrie, aux prises avec tous les sursauts de l’existence, mais évoquée dans des images qui amoindrissent le heurt.

« J’erre de pierres en lierre

Dans cette rue aux néons brisés

Le soleil est une ampoule

Aux cordons libres

Comme les yeux de cette fille

Las d’émouvoir

Telles feuilles d’oranger fanées »

Quoique son œuvre soit une petite moisson verte, bien loin d’être dense, Gary Augustin est sans conteste l’une des grandes signatures de la poésie haïtienne contemporaine. Il est un poète de contrées multiples, qui invite autour d’un propos ramassé et aiguise tel un orfèvre le vers. Sa poésie est une beauté rare coulée même au-delà d’un temps qui oublie comment être pair.

« Au roc suspendu

Comme a la ficelle

D’un temps impair »

Amoureux fou d’art, Gary, (cerf d’un autre carême du temps, mais dont la mort oublie le nom) écrit l’in espérance qui tombe sous ses yeux froids comme un déluge amer. Il y a pourtant une espérance qui se bat comme un oiseau blessé à faire surface, mais elle se trouve atrophiée, drapée de songes qui violent !

« La lumière comme un œil

Avec du sang veuf

L’échancrure offerte à l’espérance

L’espoir pénible le rêve violent

Comme une fenêtre qu’on ouvre »

L’auteur « des villes des corps et autres songes » nous promène au cœur de 34 pages rendues avec toute la fièvre de l’offre. Ces 34 pages de ‘’Terre brulée’’ jetées à l’ivresse des lecteurs et pouvant se lire l’espace d’une pause-café, interrogent.

Inscrite d’emblée dans la poétique du fragment, ce sont dans ‘’terre brulée’’ comme dans ses deux autres recueils, des bris de discours taillés à même la mesure de nos doutes et de nos espérances que le poète expose.

‘’Les fenêtres sont figées

Le ciel entre par les murs’’

Gary Augustin est né à Port-au-Prince, le 1958 et mort en 2014. Il était poète, journaliste et critique d’art. 

« 

Adelson Elias
Auteur


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