Prières, consécration et ras-le-bol à la paroisse Notre-Dame du Mont-Carmel de Bizoton

À l’appel de la Conférence des évêques catholiques d’Haïti (CEH), une messe a été chantée à la paroisse Notre-Dame du Mont-Carmel de Bizoton (Carrefour), le jeudi 15 avril 2021. Un moment de prière spécial pour la libération du pays.

Publié le 2021-04-16 | lenouvelliste.com

Dans la cour de l’église, les fidèles se rassemblent progressivement. Enthousiasme, tristesse ou anxiété, des émotions contradictoires se lisent sur les visages. Leur motivation est palpable. Ils sont là pour une cause : demander à Dieu de protéger les 7 religieux enlevés par le gang « 400 Mawozo » et les 3 autres personnes qui les accompagnaient ; mais aussi pour intercéder devant Dieu pour la libération du pays. Ils y croient fermement. Il est midi, dans moins de 10 minutes, l’heure à laquelle est prévue la messe spéciale du jeudi 15 avril 2021.

« Ce n’est pas possible. Il n’y a plus aucune valeur dans ce pays. Comment peut-on enlever sans gêne des hommes de Dieu ? Non, il faut que ça se termine », confie un fidèle catholique qui dit avoir pris beaucoup de risques pour arriver à l’église, car il ne pouvait pas rater ce moment symbolique. En effet, pendant que les fidèles se rassemblaient à l’église, la police a lancé du gaz lacrymogène à Bizoton 6, à quelques centaines de mètres de la paroisse, où il y avait des barricades de pneus enflammés érigées au milieu de la chaussée pour protester contre un cas de kidnapping. La route de Carrefour est bloquée à plusieurs endroits.

À l’entrée de l’église, une femme se tient les mains en l'air en signe d’invocation à la divinité. Elle est venue participer à la messe parce qu’elle croit que « seul Dieu peut nous tirer de ce labyrinthe calamiteux où nous sommes tombés ». « J’ai vécu plus de 50 ans dans ce pays, jamais nous n’avons été dans cet état. Nous sommes venus aujourd’hui remettre le pays à Dieu », a-t-elle déclaré.

Quelques minutes plus tard, tout est fin prêt pour commencer le service. La chorale paroissiale est en place. Les célébrants prennent place. Ce sont entre autres le père Firto Régis, le curé de la paroisse, le père Pierre Aducier St Vil et le père Magloire Claudy. L’assemblée se dispose. Pas de cris de joie au milieu des fidèles qui s’unissent d’esprit pour prier pour toutes les victimes de l’insécurité dans le pays, notamment les religieux qui sont entre les mains de ravisseurs. Lectures bibliques, chants liturgiques, mais aussi des soupirs amers. La messe est faite aussi bien de prières que de cris de ras-le-bol. « Lè yon pòv rele, Granmèt la koute l », une phrase qui résonne au milieu des fidèles comme un hymne de victoire, preuve de leur confiance en Dieu.

« Nous ne devons pas les laisser conduire le pays vers la mort »

La décision des évêques d’organiser une messe dans toutes les églises le jeudi 15 avril 2021 est une décision qui vient d’en-haut, croit le père Firto Régis. C’est une décision inspirée de Dieu en vue de la libération du pays. Selon le prêtre, la situation du pays a atteint un niveau record de dégradation. Pour le prêtre, qui s’adressait à l’assemblée au moment de la messe, l’Église doit écouter la voix de Dieu, voix de la droiture et de la justice.

« Est-ce que nous allons obéir aux hommes ou à Dieu ? Comme peuple de Dieu, comme Église, est-ce que nous allons les laisser conduire le pays dans la direction de la mort ? », a demandé le ministre religieux à l’assemblée. « Nous avons passé trop de temps à tourner autour du pot, à attendre que les autres décident pour nous. Si nous ne nous mettons pas debout ensemble, la situation empirera et la liste des victimes s’allongera », a prêché le prêtre, qui a ajouté qu’il faut agir maintenant de peur de voir le pays s’enliser davantage dans le gouffre.

« Lorsque nous avons écrit notre histoire, nous l'avons fait contre ce système », a martelé le père Régis en se référant à l’indépendance du pays en 1804, à la lutte contre l’occupation américaine (1915-1934) et à la fin du régime dictatorial des Duvalier en 1986. Le prêtre a surtout mis l’accent sur le rôle de l’Église catholique dans la lutte contre le régime des Duvalier. « Le rôle que l’Église a joué en 1986, elle l'a joué parce qu’elle était unie. Aujourd’hui, nous faisons la même expérience », a-t-il lancé en affirmant qu’il est obligatoire que l’Église se lève aujourd’hui.

« Avant que notre cri arrive vers Dieu, il doit atteindre ceux qui tiennent le pays en otage. S’ils banalisent le cri du peuple de Dieu, Dieu les effacera de la mémoire comme il le fait pour tous les méchants », a prévenu le prêtre, qui a rappelé que même la mort tremble face à la prière du chrétien.

Pour cette messe spéciale, l’église du Mont-Carmel de Bizoton a presque fait salle comble. Le service s'est terminé dans un esprit de communion, de pardon avec notamment la foi que tout ira mieux.

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