Juif-Nèg

Cet article fleuve signé Bernard Hadjadj est la plus belle des manières d’envoyer son affection au peuple haïtien.

Publié le 2021-04-06 | lenouvelliste.com

Une polémique hallucinante s’est développée à propos d’un livre d’Agatha Christie dont le titre en français est « dix petits nègres ». J’aurais bien proposé « les dix petits Juifs » ce qui aurait plu « au chat du Rabbin » dont on connaît la dévotion et qui aurait été ravi de réunir dix juifs, chiffre requis, pour la tenue des offices religieux.

Mauvaise pioche, le nouveau titre est désormais, « ils étaient dix ». Je lus dans les yeux d’ordinaire vifs du chat, sa déception. Puis résigné, il me dit « on n’a pas tout perdu, car ils étaient dix les Commandements ! »

A une époque où les sensibilités à fleur de peau s’exacerbent, où l’on veut revisiter la littérature méprisante à l’endroit des Noirs, effacer le mot « Nègre » de la littérature, déboulonner les monuments qui témoignent d’un passé raciste, je me dis qu’une tâche titanesque m’attend pour appliquer cette logique au mépris antijuif, à l’antisémitisme !

Imaginez un seul instant que l’on s’en prenne aux lieux de culte. Sacrilège ! Certes, mais en même temps que de statues méprisant le judaïsme[1]. Il faudrait plus d’une vie pour effacer ces représentations antijuives. Je demandais, comme toujours, l’avis de mon chat. Il me dit « ne t’inquiète pas, j’y arriverai moi qui ai neuf vies ! » In petto, je me disais qu’il n’était pas bon que l’on réponde à l’insulte par l’insulte. Sans pour autant consentir à tendre la joue gauche lorsque l’on me soufflera la joue droite ! Il ne faut pas exagérer ! Sentant mon hésitation à passer à l’action, mon chat qui était sous l’influence de son pote le chat du rabbin, me dit :

« Comment ne pas réagir devant des statues qui représentent le judaïsme en femme aveugle dominée par Satan ? Et qu’est-ce que j’apprends ? Alors que ce genre d’abaissement du judaïsme orne fièrement l’entrée principale de Notre-Dame de Paris, tu as fait un don pour sa reconstruction ? »

« Ecoute, lui dis-je, cette femme humiliée dans ce statuaire chrétien, représente pour moi la Juive Marie sanctifiée par les Chrétiens et pourtant insultée. De la même façon les bas-reliefs des judensau est une grave insulte à la sainte-famille. J’y vois Joseph en rabbin examinant la croupe de la truie qui allaite deux petits Juifs dont l’un d’entre eux est l’enfant Jésus pourtant allaité par sa mère Marie. » 

Mon chat me fit la tête durant six jours, mais le septième jour, Chabbat, il sauta sur mes genoux et se mit à ronronner, signe de notre réconciliation dans la paix du chabbat (chabbat chalom). Puis levant la tête vers moi, il me dit : « et dire que c’est moi le religieux, mais il me manque la sagesse. »

Plus sérieusement, « Juif-Nègre », deux mots chargés d’histoire et de malheurs. Deux mots qu’il faut revendiquer fièrement, et refuser, en conséquence, toute sémantique édulcorée de substitution. Deux mots chargés de tant d’épreuves, de chemins de croix que combattent les esprits simples, voire simplistes, qui veulent un monde aseptisé, sans passé. Ils préfèrent leur substituer les mots « israélite » et « noir », plus neutres. A cette neutralité sans âme, nous préférons la densité du sens que révèlent ces mots forgés dans la douleur, le combat et la résistance. Réapproprions-nous notre passé, levier de notre avenir et construisons un futur sans complexe qui sait ce que la dignité humaine implique.

Berre Isaac Berr (1744-1828), Banquier, syndic des Juifs de Lorraine, conseiller municipal de

Nancy, dans ses réflexions sur la régénération complète des Juifs en France, plaide auprès de Napoléon pour la reconnaissance pleine et entière du judaïsme. Jugeant le mot « Juif » péjoratif, il ira jusqu’à « désirer pour atteindre le but plus efficacement, de faire supprimer entièrement le mot Juif dans la langue française. » C’est ainsi qu’en 1808, par décret impérial, fut créée la structure centrale du judaïsme de France sous l’appellation de Consistoire central israélite de France.

Plus d’un siècle s’est écoulé où devant l’ébranlement des consciences face à l’horreur de la solution finale, une conférence internationale contre l’antisémitisme associant Juifs et Chrétiens se tint à Seelisberg en Suisse (30 juillet - 5 août 1947). Une proposition des membres Chrétiens confirme, s’il en était besoin, le caractère péjoratif du mot « Juif » et suggère de l’éviter à l’avenir : éviter d’user du mot "juif" au sens exclusif de "ennemis de Jésus", ou de la locution "ennemis de Jésus" pour désigner le peuple juif tout entier. C’est à la suite de cette conférence que fut créée en France « l’Amitié Judéo-Chrétienne ».

Nous n’oublions pas que les nazis employaient le mot « Juden » (Juif) comme insulte tout comme dans certains pays arabo-musulmans, on méprise les gens en les traitant de « youdi » (Juif). La dévalorisation du mot « Juif » se retrouve dans d’autres langues, comme l’italien qui évite le mot « Giudeo » (juif) pour lui préférer celui de « ebreo » (hébreu) moins chargé négativement. Dès lors des Italiens antisémites y accoleront des qualificatifs comme dans l’expression « ebreo cane » (Juif chien) entendue dans ma jeunesse à Tunis. En l’espèce la palme d’or revient à la Pologne, Puisqu’en polonais, le terme « Juif » continue de fonctionner comme une injure [2] alors que le pays a été depuis longtemps vidé de ses Juifs.

Est-ce une raison pour l’éliminer de notre vocabulaire ? Sûrement pas, car en le revendiquant, en l’employant, nous combattons encore et encore le nazisme et le fascisme ainsi que leurs variantes islamistes. Nous demeurons vigilants, et nous l’affirmons ! Nous sommes debout pour rendre coup pour coup. Il est bien mort le temps où comme des moutons, les baïonnettes sur nos reins, nous nous laissions conduire à la mort. « Juif » désignant le mépris et la haine dans les bouches antisémites, est désormais l’étendard de notre dignité et de notre fierté ! Juif ! Préférons-le à cet euphémisme : « israélite » !

Plagiant Aimé Césaire qui disait « Nègre je suis, nègre je resterai », je dis à mon tour « Juif je suis, juif je resterai ». Mais pas un Juif enfermé dans le passé, mais un Juif le dépassant, un Juif en mouvement, en devenir qui imite en cela Dieu tendu toujours vers l’a-venir ; ne se nomme-t-Il pas « Eyé achère eyé », « je serai ce que je serai. » ?

La charge sémantique du mot « nègre »

J’en viens donc au mot « nègre » que de faibles esprits voudraient troquer pour le mot « noir », comme la couleur du tableau sur lequel ils se proposent d’écrire une autre histoire effaçant celle douloureuse et courageuse de leurs ancêtres appelés « Nègres ». Faut-il bannir de notre vocabulaire Nèg mawon / Nègre-marron et effacer ainsi la résistance de ces esclaves qui fuirent la plantation pour se réfugier dans les mornes. Les effaceurs, les farceurs, préfèreraient dire « noir-marron » nous entraînant dans un dégradé de couleur, dégradant ainsi les faits de résistance.

Mais bien avant la traite négrière, il y a fort longtemps, au commencement du monde et après le déluge, certains ont vu dans la Bible l’origine du racisme antinoir. Ils ont dû rêver. Car où a-t-on lu cette histoire farfelue colportée depuis des siècles et des siècles que Cham (‘Ham), l’un des trois fils de Noé était noir ? Cela me rappelle la chanson « Agatha » de Francis Bebey, chanteur camerounais. Dans cette chanson, il reproche à sa femme Agatha de lui mentir en lui disant que l’enfant qu’elle vient de mettre au monde est son fils. Et Francis Bebey lui dit : « Tu es noire des pieds à la tête, comme moi. Alors comment as-tu pu mettre au monde un enfant blanc, et qui soit de moi ? »

Plus précisément, on nous dit que la « malédiction » de Noé adressée à Canaan – Quatrième fils de Cham – s’appliquerait au peuple noir à travers ces propos : « Maudit soit Canaan ! Qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères ! » (Gen. 9,25). Toujours pas de référence aux Noirs. L’expression « esclave des esclaves » a retenu mon attention, et je me suis souvenu de la pièce de théâtre de Simone Swartz-Bart : Ton beau capitaine. Wilnor, ouvrier agricole haïtien en Guadeloupe, échange par courrier avec son épouse Marie-Ange restée en Haïti et lui parle, pour la faire enrager, de ses conquêtes guadeloupéennes. Il dit : « Elles aiment ça, on n’y peut rien, elles aiment venir sur mon plancher, quand même je ne suis qu’un Haïtien. Leur nègre à eux, le nègre des nègres, si tu veux savoir, Marie-Ange. » Je tenais « l’esclave des esclaves », de la malédiction de Noé, celui-là même qui ouvrit le chemin de la liberté et de la dignité pour ses frères noirs. Sans attendre une abolition octroyée par les maîtres, ces enfants de Toussaint-Louverture et de Dessalines, « ces nègres des nègres », arrachèrent dans une lutte acharnée et héroïque le droit de devenir « Nèg », brisant ainsi les chaînes de l’esclavage.

La langue créole haïtienne désigne l’homme par « nèg », et par « blanc » l’étranger. Je me souviens d’un jeune africain, neveu d’un ami congolais, prenant ses fonctions au bureau de l’UNICEF à Port-au-Prince qui était venu me rendre visite, alors que j’étais depuis quelques années représentant de l’UNESCO en Haïti. Au cours de la conversation, il me dit, sidéré : « vous savez quoi, hier un Haïtien m’a traité de blanc ! » « Rien d’étonnant à cela » lui répondis-je, « dès lors que vous saurez que « Blanc » désigne l’étranger. » Et j’ajoutais que pour les haïtiens je suis, tout comme vous, un « nèg » qui veut dire « homme » en créole.

L’occident dominateur, les esclavagistes (d’orient et d’occident) ont voulu faire du mot « Nègre » (comme celui de Juif) le synonyme de mépris, d’inférieur, de sous-homme. Mais les Nègres, les « nègres des nègres » se sont appropriés avec panache ce mot tant décrié pour en faire la définition de l’humanité, l’étendard de la liberté : « tout moun cé nèg », toute personne est Homme. Alors Nègre (Nèg) ou noir (Nwè) ? « Nwè » en créole haïtien est plutôt péjoratif comme dans l’expression « nèg nwè ti zorey » qui désigne une personne ingrate qui oublie vite[3].

Se méfier des traductions

J’ai appris à me méfier des traductions (Traduttore, traditore !) qui laisse planer un racisme antinoir dans l’un des plus beaux textes des Ecritures : le Cantique des cantiques.

Il s’agit d’une mésinterprétation du verset 1,5 à laquelle je suis tout particulièrement sensible – car elle implique une connotation raciste.

 Le texte hébreu est le suivant dans sa traduction littérale, mot à mot (lire de droite à gauche) :

   שְׁחוֹרָה      אֲנִי       וְנָאוָה

(Vé-navah)    (ani)      (ché’horah)

 et-belle        Je (suis)       Noircie

Le texte hébreu nous dit donc : Je suis noircie et belle.

Or les traductions les plus répandues, comme la Bible de Jérusalem, écrivent : « Je suis noire et pourtant belle ». Comme le souligne Meschonnic « le texte hébreu ne dit pas d’opposition entre « noire » et « belle », juste une juxtaposition. »

La traduction du rabbinat, influencée par la traduction grecque, fait la même erreur en disant : « Je suis noircie… gracieuse pourtant. » Si l’intention du texte était de dévaloriser la femme noire ou bronzée (« noircie ») on y trouverait à la place de la conjonction « et /vé » la conjonction « mais » rendue par les termes אֵךֽ (akh) ou אֲבָל (aval) qui marque la relativité voire l’opposition dans le texte biblique.  Point, non plus, d’usage du mot « pourtant » qui se dit lamrote hakol.

Retenons la traduction de Chouraqui plus fidèle au texte hébreu : « Moi, noire, harmonieuse ».

On pourrait considérer que tout cela n’est pas grave et qu’il ne sert à rien de couper les cheveux en quatre comme ces vieux talmudistes que l’on croit désœuvrés. Certes, cela n’a jamais empêché personne de vivre, je le concède. Mais, voici quelques années, je discutais avec un vieil et cher ami béninois ; il me disait sa sympathie pour le judaïsme, religion sortie de l’esclavage, et ajoutait avec regrets « mais par moment raciste » ; il se référait à ce passage du Cantique des cantiques. Ignorant moi-même la traduction exacte de ce passage, j’ai eu honte de ma judaïté, j’ai mal vécu cet instant, ce qui ne m’a certes pas empêché de continuer à vivre. Mais aujourd’hui, ayant découvert le juste sens, je vis mieux.

Tout comme mon ami, pourtant poète, je n’avais pas eu connaissance de la contribution de Léopold Sédar Senghor à la revue « Ethiopiques » intitulée Les Noirs dans l’antiquité méditerranéenne. A propos du métissage en méditerranée au temps des grecs, il écrit :

« Qu’on se souvienne seulement de la femme kouchite, c’est-à-dire noire, de Moïse, de la Reine de Saba, lançant aux filles de Jérusalem : « Je suis noire, et je suis belle », ce qui est la traduction mot à mot du texte et non pas : « Je suis noire, mais je suis belle ».

Cette sensiblerie lâche qui entend gommer toutes les aspérités de l’existence, tous les combats, toutes les contradictions, m’insupporte. Ce vice post-moderne qui entend réduire tout au plus petit dénominateur commun : l’humain incolore, sans origine, sans histoire, neutre, me donne la nausée. Cette fâcheuse tendance post-moderne qui suspend le temps, confond les époques est d’une imbécilité crasse. Je rappellerai à ces révisionnistes du vocabulaire qu’au début du XXème siècle, les leaders nationalistes noirs aux USA revendiquaient le terme de Negro avec une majuscule pour désigner les afro-américains. Etaient-ils d’affreux racistes ? Edward Blyden (1832-1912), universitaire américain crée en 1872, un journal qu’il intitule « The Negro ». A cet égard, la première parution du roman d’Agatha Christie « Dix petits nègres » (Ten Little Niggers) date de 1939.

Le sens d’un mot peut, selon les époques, prendre une connotation plus ou moins positive ou négative. C’est aussi le cas lorsqu’il s’agit de désigner les enfants d’Israël par Juifs ou Israélites ; écoutons Dominique Schnapper[4] :

Le terme d’israélite fut forgé au cours du XIXe siècle et jusqu’à la deuxième guerre mondiale par les juifs embourgeoisés qui tenaient à manifester leur complète assimilation aux autres Français et à marquer ce qui les différenciait culturellement et socialement, des juifs pauvres, récemment arrivés en fuyant les persécutions de l’Europe centrale et orientale. (…)

Depuis l’après-guerre le terme a pris une connotation péjorative. 

Révisionnistes, effaceurs, dé-baptiseurs, dé-boulonneurs : sus à Voltaire !

La prédiction d’Orwell

À la suite de l’assassinat de Georges Floyd à Minneapolis, des manifestations antiracistes et contre les violences policières éclatèrent avec force aux Etats-Unis mais également de notre beau pays de France. La cause était noble, mais elle dérapa lorsqu’à la juste émotion succéda une volonté d’effacer de l’histoire toute trace de personnages racistes, « esclavagistes ». La prédiction d’Orwell dans son livre « 1984 » allait se réaliser en 2020 : « Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées … » C’est dans cette logique que s’inscrit la nouvelle séquence islamo-gauchiste « racialiste ».  Dans ce contexte et pour unifier les luttes de tous ces imbéciles, une personnalité de choix devrait leur être livrée en pâture : Voltaire. A cet effet tout le monde doit s’y mettre pour :

Le sortir du Panthéon ;

Déboulonner sa statue à Paris ;

Rebaptiser la station de métro parisienne. On pourrait l’appeler « Station vénère » !

Débaptiser les 1069 rues ou avenues qui portent son nom.

Et cela par l’union des minorités :

Les copines de #metoo pour sa misogynie : il écrivait « Plus faibles, les femmes sont plus douces… »

Les Gay : il écrivait « L'homosexualité, une infamie… »

Les Juifs : qu’il qualifiait de « plus abominable peuple de la terre » et ajoutait dans son dictionnaire philosophique « C'est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. »

Les musulmans, ne vous empressez pas de vous réjouir car dans sa pièce « Le fanatisme ou Mahomet », il qualifiait le prophète de "monstre", "imposteur", "barbare", "Arabe insolent", "brigand", "traître", "fourbe", "cruel"- avec pour finir le verdict sans appel de cet alexandrin : « Et de tous les tyrans c'est le plus criminel. »

Quant aux Noirs, ils ne sont pas mieux lotis. Pour lui, les Blancs sont des « hommes qui (lui) paraissent supérieurs aux Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce. »

Mais il disait également de la religion chrétienne, « la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanguinaire qui ait jamais infecté le monde ». De quoi gonfler la masse des imbéciles par ceux de la « Manif pour tous ».

On a un gros problème Camarades ! Car Voltaire, prince de la tolérance, de la liberté de conscience et des idéaux de justice est une figure emblématique des « Lumières » et là, le camarade Mélenchon se mettra en travers de notre chemin : L’affreux réactionnaire ! Déboulonnons Mélenchon !

Juif ! Cet état d’évidence, cette marque d’être, Jacques Derrida l’a bien rendu : « Si je me fie à ce qui demeure pour moi irrécusable ou indéniable, à savoir « je suis Juif », non pas « je suis d’abord Juif » mais « je suis déjà et depuis toujours Juif et je l’assumerai à tout prix », cette expérience de l’irrévocable a toujours toléré, voire exigé une incertitude infinie sur ce que peut vouloir dire et engager un « vivre-ensemble » dans une communauté juive – et d’abord avec soi comme Juif et avec soi en général. »[5]

« Juif », mot forgé dans la douleur de l’exil (livre d’Esther), de la persécution, tout comme le mot « Nègre ». Ces mots écrits avec les lettres de sang du calvaire juif et nègre, osons les graver en lettres d’or sur les étendards de la résistance, de l’émancipation et de la libération de deux peuples à la dignité trop longtemps bafouée.

Alors Juif/Israélite, Nègre/Noir ? 

J’ai choisi et me revendique Juif-Nègre !

Cet article sera ma manière d’envoyer mon affection au peuple haïtien.

BH/ 15-01-2021

[1] Il est courant de trouver sur les frontons des cathédrales la synagogue représentée par une femme, les yeux bandées, parfois par un serpent (symbolisant Satan). Le judaïsme déchu, prend aussi l’allure d’une femme, la tête baissée, le sceptre cassé, les Tables de la Loi glissant de ses mains et une couronne tombée à ses pieds. A droite de l’entrée principale de Notre-Dame de Paris ce genre de statue est présente ; on la retrouve ailleurs, par exemple dans les cathédrales de Reims, de Strasbourg. Mais il y a pire : Le Judensau ou « truie aux Juifs », inspiré par Luther. Il s’agit généralement de bas-reliefs représentant un rabbin examinant la croupe d’une truie, tandis que deux petits Juifs tètent ses mamelles. On dénombre une trentaine de judensau en Europe ; principalement en Allemagne. Cependant on en dénombre trois en France

[2] Joanna Tokarska-Bakir, Légendes du sang, pour une anthropologie de l’antisémitisme chrétien, p.57, Albine Michel, 2015.

[3] Yves Gérard Olivier, Konprann Konnen, p.186, éditions Antilla, Port-au-Prince 2002.

[4] Dominique Schnapper, juifs et israélites, p. 189, Idées/Gallimard, 1980.

[5] Jacques Derrida, le dernier des juifs, pp. 23-24, Galilée, 2014.

Bernard Hadjadj mazizette@gmail.com
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