Journée mondiale du théâtre

Staloff Tropfort, pour le meilleur et pour la scène

Comédien, metteur en scène, photographe, animateur de radio, Staloff Tropfort, 33 ans, a plusieurs cordes à son arc. Connu surtout comme homme de scène, il a prêté ses services à plusieurs institutions et événements consacrés au théâtre tant en Haïti qu’à l’étranger. De Port-au-Prince à Cabaret, Staloff Tropfort a toujours une pièce sous les bras. Du nord de la France à la Belgique, ce natif de Port-au-Prince qui a vu le jour à l’hôpital Saint-François de Sales arpente les planches et rend vivant des personnages. Son histoire avec le théâtre n’est pas prête à s’arrêter. Loin de là.

Publié le 2021-03-31 | lenouvelliste.com

Rien ne prédestinait Staloff Tropfort à une carrière de comédien. N’ayant pas été élevé dans un univers d’artiste, le théâtre ne traversait pas les quatre murs de la maison familiale. Sa mère Dominique Desrosiers est une ancienne ouvrière, son père Serge Tropfort est footballeur. Il a joué au sein de la formation de Victory sportif club. Il est aussi un ancien  entraineur de Victory, de Carioca et de Tempête de Saint-Marc. Mais le jeune Staloff, qui rêvait de devenir juriste et spécialiste en communication allait ouvrir la porte du théâtre.

« Tout a commencé avec un groupe d’amis. Pendant qu’on préparait notre rentrée à l’université, on s'est rendu aussi à la Compagnie sans frontières d'Haïti ( COSAFH), emmenée par Georges Béleck, où on a fait ses premières armes. On a décidé ensuite de monter notre propre structure dénommée " Lafanmi Wòklò".Je me rapelle encore, comme si c’était hier, notre premier spectacle en hommage aux victimes du séisme du 12 janvier 2010. Cette expérience constituait le premier jet d’une belle aventure qui se poursuit jusqu'à aujourd'hui », a confié le comédien.

L’art de la scène habite depuis le comédien. Il enchaine prestation après prestation. Il se voit confier au fil des années le rôle principal dans des représentations d’envergure sous la direction de Paula Clermont Péan, de Rolando Etienne ou de celui qu’on surnomme affectueusement Baka (le petit diable), Guy Regis, qu’il a rencontré à l’Ecole nationale des Arts (Enarts). « Guy nous a fait découvrir le théâtre contemporain à l'Enarts. Nous découvrons, tour à tour, Samuel Beckett, Laurent Gaudé, Stanislavski, Artaud, Breche... Guy Regis nous a montré une autre voie », s'est rappellé Staloff Aka Estalove Wòklò.

L’artiste s’adonne résolument à l'art de la scène. A partir des rencontres, des ateliers, des répétitions et des stages obtenus en Haïti et à l’étranger,  le comédien se construit petit à petit. Avec ces rencontres, l’artiste dit découvrir les autres et se découvrir lui-même. Il dit aussi s’appliquer à la lecture de grands dramaturges et s’inspirer  de l’énergie de ceux-là qui lui ont tenu la main.

«Je suis grandement inspiré par des maîtres. J’ai lu beaucoup Franck Fouché et Félix Morisseau Leroy. J’ai suivi des ateliers avec la Guadeloupéenne Mylène Wagram. J’ai aussi croisé les chemins de Pietro Varasso, disciple de Jerzy Grotowski. Plus près de nous, je m’accroche à la réussite de Guy Regis avec Nou théâtre ; je suis fasciné par le travail de Paula Péan, Michèle Lemoine, tout comme Eliezer Guérismé, Dimitrov, Zachary, aussi bien Miracson Saintval, Sachemka Anacasis qui ont monté avec moi « ADRECE», une troupe  qui produit un théâtre au-delà de ce qui est physique; un théâtre qui reflète nos racines comme peuple », affirme l'artiste.

Staloff traine déjà derrière lui des années d’expérience. Il figure parmi les comédiens de la jeune génération, a joué beaucoup de représentations abordant différentes thématiques et traitant de nombreux sujets: la violence faite aux femmes, le deuil, les gangs armés... Citons entre autres, Chevalier de l’eau, Sa majesté les mouches, Face à la mer, Le Cercueil , Pèlen Tèt, Cinglé, Abattoir, Dévotion, In Memoriam, Reconstruction et Nan Govi.

 « Je pense que le théâtre donne beaucoup de possibilités. Il permet de se décharger d’un fardeau, d’une expérience douloureuse. Il permet de faire le deuil ; pour certains, c’est une thérapie. Le théâtre est l’une des disciplines qui vous permettent de voyager, de vous évader, d’aller au monde imaginaire, ce monde fantastique qui vous permet de guérir de beaucoup de choses. Le théâtre permet de dégager ce qui nous ronge parfois par des cris, par des larmes », a dit le metteur en scène.

De poursuivre : « Hélas, il y a une méconnaissance du théâtre en Haïti. On pense toujours que le comédien est celui qui joue la comédie, celui qui fait rire toujours, ce qui est faux. Le comédien est celui qui maîtrise les techniques de jeux scéniques, d'interprétation, d'articulation. Il est aussi celui qui apprend à incarner, créer un personnage. Le comédien est appelé à jouer tous les genres : le drame, la tragédie, la comédie, la tragicomédy... Le théâtre peut faire à la fois rire et pleurer et peut provoquer d’autres émotions. Tout comme le cinéma. Moi, j’invite les gens à comprendre mieux le métier de comédien qui est de créer des personnages, plusieurs personnages. Là commence le travail de création », a ajouté l'homme de scène.

 « Le théâtre peut transformer aujourd’hui, il ne donne pas la  possibilité de se montrer ou montrer son ego. Lè yon moun vinn nan teyat se kòmsi se liminen li vinn liminen, li vinn mande limyè, mande pou nou klere, fè l wè sa ki bon, sa k dwe chanje. Si nos dirigeants consommaient le théâtre, ils changeraient leur manière d’être. Le théâtre ne peut se passer des problèmes, c’est pourquoi il y aura toujours du théâtre comme il y aura toujours des problèmes ». 



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