Tentative désespérée de Jovenel Moïse

Publié le 2021-03-18 | lenouvelliste.com

Après avoir modifié par décret la loi du 15 avril 2010 sur l’état d’urgence, le président de la République a déclaré l’état d’urgence dans certaines zones contrôlées par les gangs armés de l’aire métropolitaine et d’autres endroits réputés de non-droit pour une durée d’un mois. Cette nouvelle disposition de l’administration Moïse/ Jouthe fait suite à l'échec de l’opération de la Police nationale d’Haïti à Village-de-Dieu qui s’est soldée par la mort de cinq policiers vendredi dernier. Fragilisé par des forces politiques et sociales qui réclament son départ depuis le 7 février dernier conformément à l’article 134-2 de la Constitution et par l’annonce du référendum sur le projet d’une nouvelle constitution dont il compte doter le pays, dans l’indifférence de la population, en remplacement de celle de 1987 amendée qu’il avait juré de respecter, Jovenel Moïse ne sait plus à quel saint se vouer pour ramener le calme après trois jours d’émeutes.

Jovenel Moïse avait-il besoin d’instaurer l’état d’urgence par arrêté pris en Conseil des ministres pour contrer l’action des bandits à Village-de-Dieu, Grand-Ravine, Delmas 2 et Savien ? Rappelons que l’état d’urgence permet aux autorités gouvernementales, particulièrement aux forces de police, de restreindre la liberté de mouvement de la population de ces zones en cas de besoin, d’évacuer des personnes, de démolir certaines constructions, d’ordonner la suspension de certains services essentiels comme la communication routière, maritime, aérienne et téléphonique lorsqu’il n’y a pas d’autres moyens. Au début du mois de janvier, une opération de la PNH à Village-de-Dieu avait duré plusieurs heures et mobilisé différentes unités de l’institution. Munis de buldozer, les policiers avaient pourchassé les bandits de Village-de-Dieu et beaucoup de constructions avaient été détruites. Pendant plusieurs heures, la circulation routière dans la zone de Martissant avait été interdite. L’opération devait se poursuivre le lendemain dans le but de détruire d’autres constructions qui servaient de cachettes aux bandits de la zone. Une main puissante avait demandé de suspendre l’opération. Y avait-il un arrêté pour démolir les constructions des habitants de la zone et prendre toutes ces dispositions ?

Il n’est un secret pour personne qu’il existait d’excellentes relations entre des chefs de gang et certains membres du pouvoir. La création du groupe G-9  et alliés a d'ailleurs renforcé les relations entre ces derniers. La mise à pied du ministre de la Justice Lucmane Délille  a confirmé le poids de certains chefs de gang au sein de l’administration Moïse-Jouthe. Avec l’augmentation des cas de kidnapping l’année dernière, Lucmane Délille avait instruit la PNH de bloquer l’accès des véhicules à Village-de-Dieu et à Grand-Ravine et d’opérer des fouilles systématiques sur les personnes suspectes qui fréquentent ces deux quartiers. Les initiatives du ministre avaient eu gain de cause. Sans tambour ni trompette, Lucmane Délille avait été démis de ses fonctions.

Les activités de gang dans le pays datent de plusieurs dizaines d’années. Dans la zone métropolitaine, c’est la première fois que des chefs de gang s’affirment et opèrent en toute quiétude dans des quartiers résidentiels de jour comme de nuit.

L’administration Moïse-Jouthe voulait-elle vraiment contrer les actions de certains chefs de gang ?

lbonneau@lenouvelliste.com



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