Disque-CD/ souvenirs/compilation

Les meilleurs boléros, méringues lentes et autres ballades latines de Nemours Jean-Baptiste

Publié le 2020-07-15 | Le Nouvelliste

Roland Léonard

Les temps ont grandement changé, les modes aussi. Autrefois, au goût des couples de danseurs et au gré du public des bals de night-clubs, de salons, les orchestres de musique populaire urbaine alternaient les morceaux à rythmes vifs, sensuels et paillards- ceux de la tradition folklorique et le fameux compas «konpa » direct- avec des danses lentes, langoureuses, romantiques et sentimentales, propices aux aveux d’amour, tels la méringue lente, les slows américains 6/8 et 12/8 et l’incontournable boléro cubain ou mexicain.

Les jeunes couples d’aujourd’hui savent-ils danser ? Connaissent-ils ces subtilités ? Je crois que non. À regarder quelques «vidéos» et reportages T.V. de bals, on constate qu’ils ne dansent pas autant, se tiennent debout sur leurs sièges ou s’agglutinent devant le podium des musiciens-harangueurs, pour s’exciter au son d’un konpa bruyant, vif et déraillé tout au long de la soirée. C’est, en somme, moins un bal qu’un festival de musiques «hot» et «high».

Nemours Jean-Baptiste et son orchestre obéissaient à la tradition commerciale, toujours solide de leur époque. Si le fameux compas direct avait, hormis la contredanse, banni les autres cadences folkloriques de leur répertoire et programme, les musiciens savaient pertinemment que les couples d’amoureux avaient besoin de l’occasion offerte par la méringue lente, le boléro-cha, le boléro-mambo, l’afro-boléro et le boléro simple, pour communier intimement dans la tendresse et la sensualité raffinée.

Que de conquêtes faites grâce au boléro ! Que de citadelles féminines, raides et résistantes, vaincues par lui ou la méringue lente ! Que de cours patientes, abouties enfin pour des «machos» bons danseurs de ces cadences ! Ah ! je regrette mon temps !

Entre la vivacité du «konpa» et la langueur de la méringue lente, du boléro cubain, Nemours pratiquait talentueusement le «son guajira», le «son montuno», le «cha-cha-cha», les boléro-cha et boléro-mambo, la guaracha, à vitesses intermédiaire et agréable.

L’influence latine était donc reine et forte à l’époque. En fait, elle a duré soixante –dix ans, si ce n’est davantage,  imprégnant fortement la musique d’orchestre haïtienne. Le Tropicana et Septen s’y attachent toujours.

Quelques définitions de genre

La méringue haïtienne, la lente en particulier, serait née sous le règne de Jean-Pierre Boyer pour remplacer le «carabinier» de Dessalines et de sa soldatesque conçu en République dominicaine, lors de la campagne de l’Est. Elle est une fusion de la gavotte française et coloniale, du carabinier et de la «chica» africaine. Que de méringues lentes, belles et bien structurées, laissées à la postérité par les musiciens du XIXe siècle haïtien et du premier quart du XXe siècle ! « Adeline» de François Guignard et «Diane» de Luc Jean-Baptiste sont, pour nous, incomparables.

Le boléro est né à Santiago de Cuba, pendant la deuxième moitié du XIXe siècle. Il se développa rapidement dans toute la Caraïbe hispanophone, puis dans de nombreux pays d’Amérique centrale et du Sud. C’est l’héritier d’une chanson espagnole fortement influencée par les «arias» d’opéra, la romance française et la chanson napolitaine. À l’origine danse à trois temps, il a évolué vers les deux temps et finalement vers sa forme définitive à quatre temps.

Le mambo et le cha-cha-cha sont des danses qui ont fait le tour du monde ; ce sont des dérivés du «danzon» cubain. Le mambo doit sa naissance et sa fortune à son créateur Damaso Perez Prado ; le «cha-cha-cha» a été conçu par Enrique Jorrin (1948).

La Anson International Incorporation a sorti une assez bonne compilation des succès de l’orchestre Nemours Jean-Baptiste dans ces genres. Sous le titre de «Boléros et méringues lentes», voici dix-huit morceaux célèbres qui rappelleront les doux moments d’intimité aux ex-danseurs des années 50 et 60 du défunt XXe siècle.

L’ensemble Nemours Jean-Baptiste était composé d’une section de «vents» comprenant au maximum trois trompettes, trois saxophones et d’une section dite rythmique : accordéon ou piano, xylophone parfois, basse, guitare, tambour, timbales, floor-tom et gong. N'oublions pas le chanteur.

Le boléro et la méringue lente étaient l’occasion pour les concepteurs de montrer toute leur science de l’orchestration et de l’arrangement. Une introduction typique et soignée des vents en général (section ou ensemble). Une chanson courte, interprétée par un vocaliste à la voix travaillée et charmeuse dans les meilleurs cas (Louis Lahens, Pierre Blain) ou fonctionnelle et nasillarde pour imiter Barbarito Diaz (Carlo Claudin, Ernst Letemps, Michel Pressoir, Arthur Lovelace, Willy Lacroix).

Le morceau de style couplet-refrain ou bien AABA (ou ABA) bénéficiait d’une modulation et d’un changement de ton  sur le refrain ou sur le pont B. L’orchestre, total ou réduit au maximum, commentait le chant et la chanson par des contrechants, des ponctuations, «fleurs» et comblements dans les pauses du vocaliste, de la mélodie. Il reprenait instrumentalement la section A, et le chanteur nous revenait au refrain ou pont. Des solos de saxophone ou d’accordéon, en style de bonnes paraphrases, naissaient sur A, le refrain ou le pont, enjolivant la composition. Les saxophonistes Liautaud «Yafah» Domingue, Max Pierrot et l’accordéoniste-virtuose Richard Duroseau rivalisaient de prouesses en ce moment-là. La conclusion ou CODA illustrait un arpège de saxophone sur cadence plagale (4e degré mineur / 1er degré majeur avec tension de septième).

Le texte était en français facile et fonctionnel avec des mots simples et rimés. Avec une petite touche de poésie classique ou romantique, il parlait d’amour, de désillusion sentimentale, d’espoir le plus souvent. C’était au temps de la dictature et on n’abordait pas la critique sociale ou politique, par prudence.

Présentation

18 morceaux, pleins de nostalgie

1- Tu t’en vas (boléro-vocaliste : Louis Lahens)

2- Gracieuse créature (composition de Raoul Guillaume, boléro-Duo : Louis Lahens et un autre vocaliste, harmonisant la mélodie).

3- Impossible Amour (le tube immortel de Pierre Blain ; boléro inoubliable avec ses alexandrins et ses inversions. Vain espoir, soupirs)

4- Désillusion (boléro- « Nan poto» - Absence au rendez-vous et abandon de la belle. Désespoir)

5- Destin (méringue lente : AA’BB’ – Voix : Pierre Blain. En mineur)

6- Ginou Mon amour (boléro-chanteur : Carlo Claudin- Un succès fou en 1966).

7- Solitude (boléro- le chanteur nasille terriblement) – En mineur.

8- Hortancia (boléro –voix : Ernst Letemps. Ah ! la «tapageuse» Hortancia. Chanson tendre et cocasse)- En mineur.

9- «Vetty» comme «Sincérité» (boléro-cha-cha-cha ; voix : Carlo Claudin se plaignant de la cruelle Vetty).

10- Hantise (boléro- Le plus beau souvenir du bref passage d’André Dorismond chez Nemours Jean-Baptiste, avant de rejoindre Wébert Sicot. Composition de Dòdof Legros).

11- La trompeuse (boléro –cha-cha-cha- en créole et vif, repris superbement, plus tard par Pépé Bayard et Gary French).

12- L’abondonné (boléro).

13- Petite maman (boléro : le texte français a des mots trop lourds qui se battent contre la mélodie).

14- Pour toujours (boléro).

15- Rosie (boléro, chanté mezzo-voce et précieusement par le grand Louis Lahens ; chute superbe et éclatante).

16- 17- Sincérité (boléro- «Vetty» en une autre version).

18- Le troubadour (boléro).

Gislène (boléro- guajira-son. Harmonies circulaires et obsessionnelles du genre ; Eternelle suite : I- IV- V). Variations habiles de Richard Duroseau.

Un album à se procurer absolument.

Discographie : « Nemours Jean-Baptiste : boléros et méringues lentes » / Anson International. INC/

Bibliographie : «Musiques de Cuba» : Helio. O Diaz/ Olivier Cossard.

Roland Léonard Auteur

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