Haïti est dans une zone constitutionnelle et démocratique de crise, selon l'ambassadeur du Canada Stuart Savage

Stuart Savage, ambassadeur du Canada en Haïti depuis neuf mois - entre « peyi lòk » et Covid-19- est peu connu du grand public. Le Nouvelliste a été à la rencontre de ce diplomate de carrière, originaire de Windsor, dans le sud de l’Ontario, région des Grands lacs au Canada, qui effectue sa première mission en Haïti. Stuart Savage a été auparavant ambassadeur du Canada au Guatemala. Il a travaillé pour le Canada dans une mission diplomatique auprès des Nations unies à New York, à Madrid, à Mexico, à La Havane, à Islamabad. Démocratisation, droits des LGBTQ, visas et possibilité pour les Haïtiens d’aller étudier au Canada sont au menu de la deuxième et dernière partie de l’interview qu’il a accordée au journal.

Publié le 2020-07-03 | Le Nouvelliste

Le Nouvelliste : Depuis janvier on n’a plus de Parlement. On est en train de changer les lois. On est très loin de l’esprit démocratique en Haïti, qu’en pensez-vous ?

Stuart Savage : Il est clair que le pays est dans une zone constitutionnelle et démocratique de crise. Le Canada continue d’encourager la classe politique, le gouvernement et les autres secteurs de la société, à chercher une façon de faire le renouveau nécessaire de ces institutions politiques. On regrette énormément que les élections n’aient pas eu lieu en octobre de l’année dernière pour le Parlement. On regrette que maintenant on se trouve à la fin du mandat des maires et qu'il n’y ait pas un renouveau démocratique. C’est très grave.

Il est très important d’essayer de trouver les solutions qui marchent pour le pays afin que la voix et les intérêts du peuple haïtien soient reflétés dans leurs institutions, dans leur gouvernance. Il n’y a pas de baguette magique. Toutefois on encourage fortement le gouvernement à poursuive ses efforts. Le peuple haïtien continue de participer, d’identifier comment procéder, d’identifier les réponses, les solutions qui feront en sorte qu’Haïti puisse réaliser tout son riche potentiel.

L.N. : Le Canada supporte beaucoup les droits humains. Les droits humains dans toute leur diversité. Vendredi dernier, on a remarqué un drapeau arc-en-ciel hissé devant l’ambassade du Canada en Haïti. Quelle était la signification de ce geste?

S.S. : Comme vous le savez, le Canada a au cœur de sa politique étrangère, comme au cœur de sa politique domestique, les droits de la personne. Les droits de la personne font la base de la démocratie canadienne et, je pense, de la démocratie de beaucoup de pays. On est signataire de la Déclaration universelle des droits de la personne. Dans le cas du Canada, avec le temps, le concept a évolué. Comme dans beaucoup de pays dans le monde d’ailleurs.

Le Canada reconnaît que les minorités sont celles qui ont le plus besoin de protection des droits de la personne que n’importe quelle autre partie de la société. Chez nous, la question des droits des personnes gays, lesbiennes, bisexuelles, transsexuelles et intersexuelles a été débattue depuis très longtemps. On a reconnu que les droits des LGBTQ font partie des droits intégraux de la personne. Le mois de juin est reconnu au Canada, comme dans beaucoup de pays dans le monde, comme le mois de la fierté LGBTQ. Une reconnaissance, une affirmation positive des droits des personnes gays, lesbiennes, transsexuelles, bisexuelles, etc. Notons que le 26 juin est la journée au Canada où on fête la fierté LGBTQ.

Dans des bâtiments publics comme notre Parlement à Ottawa, dans beaucoup de parlements provinciaux, des municipalités, on hisse le drapeau arc-en-ciel qui est une représentation des droits de cette communauté. Notre gouvernement a invité toutes les ambassades canadiennes dans le monde entier à faire semblant de hisser le drapeau physiquement ou virtuellement selon les conditions spécifiques du pays, ce, pour affirmer cette perspective de dire que les droits des gays, lesbiennes, etc. sont des droits de la personne comme tout autre droit. Et qu’ils ne veulent que le respect et l’égalité devant la loi. Voilà, c’est ce qu’on a fait vendredi.

On a hissé le drapeau arc-en-ciel pour montrer notre solidarité avec ce concept d’égalité devant la loi pour toutes les personnes.

L.N. : On va rester dans le domaine des droits humains. Lundi 29 juin, il y a eu une manifestation qui a été réprimée par la police en Haïti. Comment le Canada, qui œuvre pour les droits humains, qui a financé la Police nationale d’Haïti, qui aide le gouvernement haïtien, appréhende ce qui s’est passé ce lundi-là ?

S. S. : Je ne suis pas au courant de tous les faits de cet événement spécifique. Mais je peux vous dire que dans la démocratie, le droit d’organiser des manifestations pacifiques est un acquis et doit être respecté. J’espère qu’ici comme ailleurs ce droit continuera de faire sa place, car il faut que les gens qui aient des perspectives à partager, à communiquer, à véhiculer, aient un moyen pacifique pour le faire. Sinon, cela peut malheureusement les amener à trouver d’autres façons d’exprimer leur frustration qui seront moins pacifiques. Le Canada appuie à 100% le droit des gens à manifester de façon pacifique pour ce qu’ils trouvent important dans leur société.

L.N. : On est en train de sortir de la Covid-19 ou on est en train de s’adapter pour vivre avec. La prochaine étape de la coopération canadienne en Haïti ce sera quoi? Un retour du personnel de l’ambassade?

S.S. : Oui, comme vous le savez, on a réduit notre personnel à l’équipe essentielle, étant donné les circonstances et les conditions du pays. On ne voulait pas être un fardeau de plus pour les institutions de santé en Haïti pendant un moment qui aurait pu être critique pour le pays et le système sanitaire. On prévoit tout à fait de revenir à la normale petit à petit au moment où les circonstances le permettront. On va faire revenir nos collègues qui nous manquent beaucoup.

L.N. : Il y a une action forte de la coopération canadienne qui arrive dans les prochains mois?

S. S. : Je peux vous dire que dans le contexte de la Covid-19, au début de la crise en mars, on a révisé toutes nos programmations d’aide au développement, et d’autres programmations, ce, pour voir comment on pourrait faire une contribution qui soit alignée sur le plan stratégique du gouvernement. Cela nous a amené à soit recanaliser, soit essayer de trouver d’autres fonds, pour un total de 13 millions de dollars canadiens (10 millions de dollars américains). Ce fonds contribue directement aux efforts de prévention, de traitement et de gestion de la crise sanitaire dans le pays. On va donc maintenir tous ces efforts tant qu’il sera nécessaire de le faire. On va espérer que tout le pays va pouvoir retourner à quelque chose de plus normal, stable, pacifique, d’ici peu. Parce qu’on sait que le prix de cette crise est beaucoup plus élevé que l’impact sanitaire. Cela a un énorme impact sur l’économie, sur la sécurité alimentaire. Puisqu’il y a, depuis l’année dernière, une augmentation de presque un autre million de personnes en Haïti qui sont à la limite d’avoir faim. Ce n’est pas acceptable. Ce n’est pas quelque chose que le Canada voudrait voir continuer. On va continuer à travailler pour essayer de faire en sorte que ces gens aient la chance de se nourrir et gagner une vie digne d’un humain.

L.N. : La section des visas compte rouvrir bientôt ou bien on attend encore?

S. S. : La section des visas n’a jamais été fermée. Il y a le centre des applications de visa qui a dû fermer. Mais on peut toujours faire les applications en ligne. Mais on donne la priorité vraiment aux visas essentiels comme ceux de réunification familiale. L’ambassade n’a jamais été fermée. On n’a simplement pas gardé les mêmes heures d’ouverture qu’avant. On a réduit un peu parce qu’on n’avait pas de personnel.

L.N. : Les Haïtiens peuvent toujours aller étudier au Canada?

S. S. : Oui. On n’a pas changé notre politique par rapport aux étudiants étrangers. Pas du tout.

Propos recueillis par Frantz Duval

Décriptage Jean Daniel Sénat

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