Le prince noir de Lillian Russell, roman de Kettly Mars et Leslie Péan

Publié le 2011-07-07 | Le Nouvelliste

Compte-rendu de lecture par Jean-Marie Bourjolly 1891. Le massacre de la Fête-Dieu, ordonné et dirigé par le président Florvil Hyppolite, vient d'avoir lieu. Anténor Firmin a démissionné de son poste de ministre des Finances et des Relations extérieures quelque temps auparavant. Hannibal Price est ministre plénipotentiaire auprès des États-Unis d'Amérique. À Kingston, des exilés complotent pour renverser Hyppolite. À leur tête, "un quarteron de généraux à la retraite", comme dira plus tard le général De Gaulle, menés par Anselme Prophète et François Saint-Surin Manigat, alliés à un Blanc-pays du nom de Sulzer-Wart, un pseudo comte "ayant fait fortune au pays par toutes sortes de combines et de prêts usuraires aux gouvernements" (p. 139). Ils projettent d'acquérir secrètement un bateau et des armes, et d'engager des mercenaires, dans le but de renverser Hyppolite. Ils chargent Henri de Delva, fils de Damien Delva, devenu de Delva par la grâce de Faustin 1er, de mener à bien cette mission à New York. Il se fera passer pour un prince. Du côté américain, on trouve Frederick Douglass qui représente les intérêts des ÉUA à Port-au-Prince ("Le gouvernement américain utilise le prestige de sa personnalité de Noir libre pour projeter une image de nation émancipée", p. 159); on trouve aussi l'amiral Gherardi ("[Hyppolite] qui n'en peut plus de l'arrogance de l'amiral Bancroft Gherardi, de la présence des bateaux de guerre dans les eaux haïtiennes", p. 262); et enfin, le secrétaire d'État James G. Blaine qui a partie liée avec Sulzer-Wart ("Le comte m'invite de temps à autre à dîner avec des amis haut placés, auxquels s'est joint une fois le secrétaire d'État James G. Blaine avec lequel il est en train de mettre au point d'obscurs arrangements politiques", p. 256). On assiste à un enchevêtrement d'arnaques, à un chassé-croisé de manipulations et de contre-manipulations sur fond de manoeuvres autour de la cession du Môle Saint-Nicolas aux ÉUA. Le général Anselme Prophète est le chef apparent du complot contre Hyppolite. Mais le général Manigat s'est entendu avec Delva pour écarter les hommes de Prophète quand la victoire sera proche. Hannibal Price suit de près les mouvements de Delva et de son ami Thalès Luly. Il est aidé en cela par les services secrets des ÉUA, qui mettent à sa disposition plusieurs agents ; ces derniers sont chargés aussi, bien évidemment, de contrôler les actions de notre représentant pour "éviter à tout prix une bavure politique" (p. 314). En accord avec Price, l'un d'eux, Arthur Roy, se présente à Delva comme un intermédiaire capable de lui trouver un bateau, d'acheter pour son compte des armes à la pègre et de recruter des mercenaires, tout cela, à l'insu, soi-disant, du gouvernement des ÉUA. Le but de cette initiative est de rouler les chefs du complot dans la farine pendant qu'on s'efforce d'identifier leurs complices à Kingston, à New York et en Haïti même. Price poursuit un double objectif: faire échec au complot, bien entendu, mais aussi rendre la monnaie de sa pièce au secrétaire d'État Blaine et à un journal qui, de mèche avec lui, a publié un faux sur la prétendue offre de cession du Môle Saint-Nicolas par le gouvernement d'Hyppolite : La conspiration se déroulant à New York est une opportunité en or qui s'offre à Hyppolite de prendre sa revanche sur les Américains et leur presse. Il devra saisir cette chance pour prouver à l'opinion publique l'implication de tout un circuit d'hommes d'affaires américains et étrangers dans les entreprises de déstabilisation des gouvernements des petits pays de la Caraïbe. Circuit comptant les trafiquants d'armes, les mercenaires, les hommes d'affaires à la recherche de contrats et de monopoles et soutenus par des hommes politiques... Paralysie politique et mainmise économique font perdurer un statu quo fatal pour Haïti. (p. 140) Je l'aurai quand même, ce salaud de Blaine... je l'aurai... (p. 219) Roy, de son côté, entend à la fois satisfaire le président Hyppolite qui s'est montré très généreux, éviter tout embarras diplomatique au gouvernement de son pays, et arrondir son fonds de pension sur le dos des ambitieux généraux: "Ces Haïtiens obsédés de pouvoir et d'argent étaient d'excellents pigeons à plumer" (p. 178). Témoins de ce qui se passe dans l'âme des protagonistes Quel rapport avec le titre du roman, direz-vous? J'y arrive. Anselme Prophète, aveuglé par son ambition, a confié 300 000 dollars en argent liquide et des bijoux représentant le quart de cette valeur à Delva, sur recommandation de son complice Manigat. Or, Delva, en plus d'être sans foi ni loi, entretient deux faiblesses, le jeu et les femmes. Il va tomber amoureux fou de Lillian Russell, célèbre artiste de music-hall ayant réellement existé à cette époque. Je vous laisse deviner la suite. Cette histoire nous est racontée à la troisième personne et à travers des monologues intérieurs qui nous font pénétrer dans l'âme des protagonistes. Les auteurs nous font vivre au fil du roman la progression des sentiments de Lillian Russell vis-à-vis de Delva. Quelle audace! Quel toupet! Il ose s'associer à moi, comme... comme un homme de ma race... de ma classe... comme mon égal. Il ose penser à moi avec... avec des sentiments, du désir peut-être! Est-ce qu'ils éprouvent des sentiments, les Nègres? (p. 130) Voir un Nègre de près. M'asseoir à la même table que lui. Respirer le même air que lui. Entendre sa voix. Me convaincre qu'il n'est pas un homme. Ou presque pas. Me convaincre que tout commençait et s'arrêtait là. À ce dîner qui n'en connaîtrait pas d'autres. Je voulais me convaincre de mon invulnérabilité face à cet homme. Je ne suis convaincue que de ma confusion. (p. 187) Je ne peux pas prendre ce Nègre pour amant. La presse va me crucifier [...] (p. 189) Je ne veux pas de remous dans la presse. Mais j'ai envie de ressentir encore ce que j'ai éprouvé ce soir. (p. 190) J'ai perçu le tremblement au bord de ses cils quand je lui ai dit: "Je suis revenu pour vous, Lillian... Sans vos yeux, je meurs" (p. 211). Elle m'offrait, elle nous offrait deux jours pour vivre une histoire à laquelle nous n'arrivions pas encore à croire. Deux nuits pour connaître des moments qui nous effrayaient par anticipation. Un projet impensable, énorme. Nous irions aux courses de chevaux, un prétexte pour préserver le dernier semblant de pudeur qui venait pourtant de céder. (p. 212) Deux nuits à Saratoga Springs où je suis née dans les bras de cet homme. Ce fils d'esclave. Ce prince nègre. (p. 224) Voyons, Lillian, arête de t'afficher avec ce Nègre... Nègre... comme ce mot est effroyable dans ta bouche. On dirait que tu parles d'un animal [...] Mais pour moi, il n'est pas un Nègre, James, il est un homme... un homme tendre, généreux, passionné. (p. 235) Nous touchons aussi du doigt toute l'ambiguïté des rapports entre Roy et Delva. Chacun d'eux voit clair dans le jeu de son vis-à-vis. Mais l'un et l'autre, pour des raisons qui leur sont propres, ont intérêt à ce que le marché de dupes suive son cours. Les mêmes défis, d'hier à aujourd'hui On retrouve dans ce roman nombre d'éléments qui règlent encore la vie politique de notre pays. Une soif inextinguible de pouvoir et d'argent, enjeu réel des rivalités politiques: Posséder le pouvoir, devenir dieu, tenir entre ses mains le destin des hommes, la vie et la mort. Quelle jouissance! (p. 18) Quelle sensation de puissance que de pouvoir contrôler le destin d'un pays, de tenir à sa merci les hommes qui dirigent en apparence l'appareil de l'État mais ne sont que des jouets aux mains de ceux qui détiennent le vrai pouvoir, l'argent. (p. 240) Il y a toujours un coup d'État en gestation. Le sport est de miser sur le bon cheval pour se faire une situation en or le plus vite possible. (p. 239) Mais, même si le général [Prophète] n'a plus un sou vaillant, il se sent déjà riche des fonds de l'État haïtien dont il sera bientôt le gestionnaire incontesté. (p. 168) Un certain modus operandi: [Soulever] des foyers de troubles dans le pays, [attaquer] et [dénigrer] le gouvernement dans les journaux, [armer] les bras de la misère pour semer la pagaille dans la capitale et dans les villes de province. Un travail de sape pour à la fois éreinter le peuple, entretenir sa grogne et durcir la répression du gouvernement. Tout cela en préparation de l'expédition salvatrice qui ramènera la paix dans les foyers et la joie dans les rues. Et des dollars, beaucoup de dollars dans ses comptes en banque. (p. 240) Des accords de façade entre coquins qui se croient tous plus malins les uns que les autres: Le général François Saint-Surin Manigat brûlait d'une joie intérieure. Il allait duper de belle manière ses conjurés et s'emparer du pouvoir. (p. 19) Mais la méfiance nous sauve, messieurs, la méfiance qui existe entre ces généraux comploteurs d'Haïti. Quand de Delva et moi avons mis le général Manigat au parfum de la situation du général Prophète, il a ri d'un rire mauvais. Un obstacle de moins, semblait-il vouloir dire [...] Peu lui importait que l'unité soit brisée entre les conjurés [...] La Providence lui offrait l'occasion de prouver à Prophète et aux autres qu'il pourrait, à lui seul, mener à bien les démarches pour renverser le président Hyppolite. (p. 216-217) L'incontournable posture patriotique: Le général Prophète en grande tenue militaire, le visage pétri d'émotion avait solennellement rappelé à Henri de Delva l'enjeu et la gloire de la mission qu'il lui confiait. Ce moment historique se déroulait en présence des généraux Piquant, Manigat, Mompoint et de son ami Thalès. (p. 13) Haïti n'attend que moi. Mon peuple souffre. (p. 200) L'hydre de la division: Le Pays est le nom du journal qu'il [Manigat] a fondé et dirigé à Port-au-Prince, son arme de propagande nationaliste, une feuille où il tirait à boulets rouges sur les mulâtres et exacerbait les antagonismes de couleur de notre société. Il veut entrer en panache à la tête de la révolution, sur un bateau portant en quelque sorte sa signature. (p. 220) L'infini mépris de nos politiciens pour ce peuple qu'ils prétendent représenter: Ils perdaient tous leur temps à échafauder des projets de grandeur pour le pays qu'ils allaient conquérir au prix du sang des pauvres, des gueux qu'ils ne pourraient sortir de leur misère. (p. 165) [Armer] les bras de la misère [...] Éreinter le peuple, entretenir sa grogne et durcir la répression du gouvernement. (p. 240) Collusion avec des forces étrangères, privées ou d'État, pour arriver au pouvoir, ou s'y maintenir, ou y retourner, en sacrifiant sans états d'âme les intérêts d'Haïti, voire sa souveraineté: Je lui ai donc offert [au général Manigat] les services de la Compagnie américaine d'Approvisionnement qu'il a acceptés avec empressement [...] il fit miroiter devant mes yeux des possibilités de contrats juteux. Il alla même jusqu'à m'offrir une prime de un million de dollars, j'ai bien dit un million de dollars, messieurs, en cas de victoire de l'expédition. Offre formalisée dans l'article 5 de notre contrat. (p. 217) [...] le général Manigat a remis à son émissaire Henri de Delva une lettre adressée au secrétaire d'État James G. Blaine avec qui il entretient, paraît-il, d'excellents rapports. Dans cette missive, le général sollicite l'aide de son ami pour assurer la réussite de l'opération et faciliter son accession à la présidence. Et savez-vous ce qu'il offre au secrétaire d'État en échange de sa collaboration? Le Môle Saint-Nicolas, bien sûr... (p. 219) Le trop grand amour que nous portent parfois nos meilleurs amis: [Hyppolite] repense au rejet par Firmin, au début de l'année, du marché proposé par l'émissaire des Américains s'il acceptait de leur céder le Môle Saint-Nicolas. L'amiral Bancroft Gherardi avait tenté de convaincre Firmin que c'était la meilleure manière pour le gouvernement d'Hyppolite de battre l'opposition et, qu'en plus, il obtiendrait l'appui du gouvernement américain pour garder le pouvoir indéfiniment en dépit du tollé qu'une telle décision pourrait susciter. Mais..., précise l'agent Roy, le général [Manigat] s'illusionne de croire que le secrétaire d'État Blaine va s'impliquer dans ses petites manigances. Pas si sûr, mon ami. Price réfléchit rapidement [...], Il comprend que Roy ne peut passer sous silence la lettre de Manigat mais qu'il essaie d'en minimiser l'importance. (p. 219) Comme vous vous en doutez, nos collaborateurs des services secrets américains se sont arrangés pour, tout au long de l'enquête, couvrir les traces d'implication des Etats-Unis d'Amérique dans l'affaire qui nous concerne. (p. 260) La France tire toutes les ficelles, joue toutes les cartes pour saper son gouvernement [celui d'Hyppolite], pour reprendre le monopole du contrôle financier et politique perdu avec la défaite du clan de l'Ouest de Légitime. (p. 136) Notre complexe d'infériorité qui nous rend vulnérables aux arnaques montées par le premier aventurier venu, chose que dénonçait déjà un Fernand Hibbert et que Price-Mars appelait notre "bovarisme collectif": Dans ce pays, [Sulzer-Wart] vit comme un poisson dans l'eau, l'argent y est facile, il suffit de fréquenter le monde qu'il faut, de manipuler les hommes qu'il faut. Un comte suisse est un demi-dieu en Haïti. Il ne fréquente que la fine fleur de la société. On le sollicite de partout, pour honorer les tables de fête, les cérémonies publiques et intimes, pour nommer des rejetons de familles importantes. (p. 241) Il y a encore des gens qui se rappellent ce pâle Européen débarqué en Haïti en 1874 et dont la fortune consistait en quelques effets personnels contenus dans une mallette de cuir usé. (p. 239) Notre entêtement suicidaire à vouloir toujours compter sur les autres plutôt que sur nos propres forces: [...] nos collaborateurs des services secrets américains [...] (p. 260) "Mentez! Mentez! ..." L'article du New York Sun présente en encadré la copie d'un document portant les signatures d'Hyppolite et de Firmin, document selon lequel pleins pouvoirs auraient été donnés au commerçant Frédéric Élie pour négocier avec la Maison Blanche la cession du Môle [...] C'était la façon trouvée par les Américains de lui faire payer [à Hyppolite] le refus du ministre Firmin [...] Ah, les salauds! Les triples salauds!... Ils vont jusqu'à forger de faux documents pour me discréditer! (p. 136) Des conteurs de talent J'ai eu du mal à entrer dans ce roman, sans doute parce qu'une relation amoureuse ouverte entre une Lillian Russell et un Noir, en 1891, me paraissait invraisemblable, même dans le cas où cela se serait passé à New York et que le Noir en question aurait été un riche prince exotique. Car Delva n'aurait pu manquer d'être vu comme un nigger qui avait "osé ravir aux Blancs l'objet de leur fierté, le symbole de leur concupiscence!" (p. 321), avec toutes les conséquences que l'on imagine, New York ou pas New York. Sans compter que je doutais qu'un établissement (hôtel, restaurant) les eût accueillis ensemble. Les auteurs sont parvenus, cependant, à me faire oublier mes réticences, ce qui témoigne de leur talent de conteurs. Avec pour résultat que j'ai dévoré leur roman, deux fois en deux jours. Par ailleurs, j'ai déploré deux ou trois maladresses, que le travail éditorial n'aurait pas dû laisser passer. Ainsi, à la page 13, le mot "officiellement" (entre guillemets dans le texte) et l'explication "mais, en fait, pour renverser le gouvernement de Florvil Hyppolite au profit d'un petit groupe de citoyens qui estimait le moment venu de jouir à son tour du pouvoir et de ses délices" sont de trop. Le lecteur n'a pas besoin qu'on lui dise quoi comprendre. De même, les pages 158 à 160 sont trop didactiques, d'autant que Luly, à qui s'adressaient les commentaires de Delva, ne pouvait rien en ignorer vu l'étroitesse de leurs relations. Vérité historique vs "Mentir vrai" Les actions et motivations de plusieurs des principaux protagonistes de ce roman font d'eux des êtres éminemment méprisables. Sur ce plan, la palme revient au personnage basé sur la vie du général François Saint-Surin Manigat. Même Henri de Delva, qui incarne le cynisme et l'opportunisme poussés à l'extrême s'en tire mieux, et de loin, racheté sans doute par l'authenticité de sa relation amoureuse avec Lillian Russell. Le vrai général François Saint-Surin Manigat mérite-t-il autant d'indignité? Nous avons là matière à réflexion, et je souhaite, pour ma part, que ce roman soit pour nous l'occasion de mener un débat de fond sur hier, aujourd'hui et demain, car tout se tient. En attendant, la vérité romanesque se fiche éperdument de la vérité historique. De fait, Le Prince noir de Lillian Russell est, comme tout bon roman, "un mensonge qui dit la vérité". À la fois thriller, roman historique et histoire d'une passion interdite, le tout, très bien ficelé, il est, en dépit des bémols que j'ai exprimés, un des meilleurs romans contemporains que j'aie lus depuis plusieurs années. Courez à la librairie. Courez à la bibliothèque. Demandez à un ami de vous passer son exemplaire. (Le mien, criblé de commentaires, ne peut servir qu'à moi.)
Jérémie et Abricots, 17-20 juin 2011 Mercure de France, 2011 Auteur

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