PRESSES NATIONALES D\'HAITI/RENTREE LITTERAIRE

Jean-Claude Charles, auteur de Bamboola Bamboche, est en Haïti

Dans le cadre de la deuxième édition de la Rentrée littéraire, l\'écrivain Jean-Claude Charles prononcera trois causeries le mardi 6 novembre à la Bibliothèque Nationale d\'Haïti, le jeudi 8 au Collège de Côte Plage et le vendredi 9 à la Faculté des Sciences humaines. A l\'occasion de ces causeries, il signera son roman « Bamboola Bamboche ».

Publié le 2007-11-05 | Le Nouvelliste

Le Nouvelliste: Vous participez à la deuxième édition de la Rentrée littéraire des Presses Nationales d\'Haïti du 5 au 10 novembre 2007. Pourriez-vous nous indiquer quelques éléments de votre parcours d\'écrivain ? Jean-Claude Charles : Je suis entré en littérature par la porte de la poésie, assez tôt dans ma vie. De mon premier recueil \"Négociations\", paru en France en 1972, au dernier \"Free\", paru en 1998, je ne cesse d\'affirmer la place centrale qu\'occupe cette activité de forage dans les couches de la langue. On en trouve les conséquences dès mon texte de fiction \"Sainte dérive des cochons\" publié à Montréal en 1977. Comme dans mon essai Le Corps Noir édité à Paris en 1980. Mon souci de la transformation formelle va de pair avec le souci du sens. Au début des années quatre-vingt, je me suis engagé dans une enquête sur l\'exode et l\'enfermement des Haïtiens dans des camps et des prisons à travers la Caraïbe et aux Etats-Unis. Cela a donné le livre \"De si jolies petites plages\" (Paris, 1982) et trois films pour la télévision française qui documentent ce moment de notre histoire de peuple. Toute mon oeuvre est portée par des préoccupations collectives, tout en étant écrite à la première personne du singulier. Trois romans en témoignent : Bamboola Bamboche (1984), Manhattan Blues (1985), Ferdinand je suis à Paris (1987). Les thèmes de ces romans traversent tous mes autres livres. Comme je ne dissocie pas mon travail de journaliste de mon travail d\'écrivain, c\'est aussi dans mes reportages, mes séries à la radio, mes récits de voyage, etc. Un metteur en scène et comédien nommé Michel Boy, à la tête d\'une dynamique petite structure en France, la Compagnie Théâtre 7, fait très bien ressortir la cohérence de mes écrits, en s\'appuyant depuis bientôt dix ans sur un corpus de textes représentatif, à côté d\'autres auteurs contemporains français et étrangers. L.N : Vous présentez à l\'occasion de la deuxième édition de la Rentrée littéraire votre roman Bamboola Bamboche, réédité par les Editions Presses Nationales d\'Haïti. D\'où vient l\'idée de cette réédition ? J-C C : Willems Edouard, à l\'affût sans doute et conseillé par quelques amis, m\'a proposé une réédition de mon roman Bamboola Bamboche. Sans forcer. Tout le monde en parle et peu de gens l\'ont lu, m\'a-t-il dit en substance. On ne trouvait plus ce texte nulle part, à part en bibliothèque en France et chez des particuliers ici ou là. C\'est ce texte-là qui est donné à lire dans la collection L\'Intemporel des Presses Nationales d\'Haïti. On peut commencer à me lire en attaquant par ce cinquième opus d\'un ensemble d\'une dizaine de livres à ce jour. C\'est une excellente introduction à tout le reste. En même temps, chacun de mes textes est un prototype, particulièrement Bamboola Bamboche. L.N : Bamboola Bamboche est un roman complexe et simple. C\'est peu difficile, mais pourriez-vous nous faire une brève présentation de ce « roman d\'ivestigation» ? J-C C : Comme tous mes livres, Bamboola Bamboche est une oeuvre a-typique. Ce roman est construit selon la chronologie linéaire d\'une nuit, entre minuit et sept heures du matin. Il se passe dans un bar, sur une île imaginaire de la Caraïbe. Il raconte l\'histoire d\'une investigation sur la disparition d\'un écrivain, par un journaliste amoureux d\'une femme vaguement impliquée dans un projet révolutionnaire. On se rend vite compte que cette unité de temps, de lieu, d\'action pourrait bien être un leurre. En effet, la nuit se déroule dans le chaos d\'une mémoire vive, un temps qui fait des plis, un rêve tissé de plusieurs rêves. L\'île est faite de bric et de broc, il se pourrait bien que le bar soit autre chose qu\'un bar, mais quoi ? L\'écrivain disparu et le journaliste à sa recherche seraient-ils vraiment deux personnages distincts ? Quant à la femme, Gina, elle est nombreuse, oserais-je dire. Je laisse aux lecteurs le soin d\'ouvrir cette boîte à surprises emboîtant d\'autres boîtes, jusqu\'au coup de théâtre final. C\'est un roman à la fois complexe - attention, je ne dis pas compliqué - et simple tout en restant polysémique, c\'est-à-dire tendu de sens divers. Il progresse dans ce que je considère comme une noire lumière de moi et des autres. L.N : Comment expliquez-vous le sens de votre participation à la deuxième édition de la Rentrée littéraire des Presses Nationales d\'Haïti ? J.C.C : A partir de cet événement, je voudrais marquer mon attachement au pays, dans le pays même. Comme je l\'ai toujours fait ailleurs, produit de ce pays et d\'autres, homme de la diaspora, enrichi des cultures croisées sur ma route d\'écrivain aux pieds poudrés. Le fort volume de la production littéraire haïtienne est sans commune mesure avec l\'étisie de notre histoire éditoriale. Pour moi, celle-ci commence avec Nouvelle Optique, la maison d\'édition montée par Hérard Jadotte au Québec au début des années soixante-dix. Elle se poursuit aujourd\'hui par la rencontre avec Willems Edouard à la direction des Presses Nationales d\'Haïti. Sans tourner le dos, loin de là, à l\'édition française qui accueille mes livres depuis trente-cinq ans, je voudrais avancer avec la complicité d\'un compatriote établi de manière durable j\'espère, et avec un niveau d\'exigence à la hauteur du défi. J\'accomplis à l\'envers le parcours habituel : contrairement à d\'autres, je pars d\'une reconnaissance déjà-là en France pour trouver et élargir mon lectorat en Haïti. C\'est d\'un travail au long cours et d\'un battement dialectique qu\'il s\'agit. La non-sédentarisation d\'une production littéraire dans un espace clos. L\'ouverture vers d\'autres langues - l\'allemand et l\'italien où je suis partiellement traduit, j\'espère aussi l\'anglais, l\'espagnol, le créole, etc. - participe de la démarche. Quand j\'ai commencé à être édité en France, j\'étais dans une solitude certaine. Aujourd\'hui, plus personne ne me demande où diable se trouve Haïti et s\'il y a des écrivains. L.N : Quand un créateur commence à écrire, il essaie toujours de produire d\'autres oeuvres. Avez-vous des projets pour les prochaines années? J.C. C : Plusieurs fers au feu. J\'ai commencé il y a longtemps cette recherche sur ce que j\'appelle l\'invention du corps noir, cela a donné des essais, innervé mes romans et mes fictions courtes, cela m\'a amené du côté de chez Himes, un écrivain capital de la littérature américaine du siècle dernier, Chester Himes, que je suis allé voir chez lui avant sa mort, en Espagne. Sous le titre \"Une affaire purement personnelle\", j\'ai commencé un roman dans un lit d\'hôpital au début des années quatre-vingt-dix, que j\'ai abandonné, ou plutôt qui m\'a abandonné, dès que je me suis remis sur pied. Il y a deux ou trois ans, j\'ai ramené de New York à Paris une grosse valise - pleine de manuscrits, notes de travail et documents, carnets de voyages sur une trentaine d\'années - dans laquelle dorment les romans inachevés et une part de la recherche sur Himes. Entre-temps, j\'ai rassemblé les dix années de mes récits de voyage livrés dans le quotidien français Le Monde, ça s\'appellera Baskets. Par ailleurs, je continue de dresser un inventaire de ma vie, je tiens une sorte de main courante au quotidien. Tout cela devrait bien déboucher sur quelque chose. Sans compter un projet de film sur la disparition de l\'Acte de l\'Indépendance d\'Haïti (1804). Ni ces objets volants que j\'écris encore et que j\'appelle peut-être abusivement poèmes. La vérité, c\'est que je déteste parler de mes travaux en cours, chantiers dévastateurs, et qui m\'attachent obsessionnellement. Pour le moment, je suis tout entier tourné vers ce bref séjour en Haïti et vers la création en décembre prochain par la Compagnie Théâtre 7 d\'une nouvelle adaptation (avec trois comédiens, sur une bande-son jazzy, dans des nouveaux décors, etc.) de Bamboola Bamboche, sous le titre Le Cuivre et le Bambou, 2, un spectacle signé Michel Boy que nous espérons montrer en Haïti.
Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".