Un tour d'horizon sur Yon zile pou 2 peyi

PUBLIÉ 2016-11-23
Ce 23 novembre, la presse culturelle a eu droit à une visite guidée de l’exposition Yon zile pou de peyi du Kolektif 2D conçu, avec l’expertise de 6 commissaires formés par Yves Chatap venu d’Afrique à la demande de la FOKAL. Sur trois thèmes différents, l’exposition est répartie sur trois sites: Le Centre d’Art, le BNE et le Parc de Martissant.


Tout démarre avec un appel à candidatures de la FOKAL pour la formation de commissaires d’exposition, un métier peu pratiqué en Haïti selon Maude Malangrez de l’institution qui a passé le cap de ses 20 ans l’an dernier. C’est Yves Chatap, un rodé du métier, venu d’Afrique, qui dispense la formation. Les six jeunes commissaires, Jonathan Registre, Henry Christophe, Nathania Périclès, Assédius Bélizaire, Jean Toussaint Estimé et Mackenson Saint-Félix ont élaboré, en guise de devoir de sortie, l’exposition Yon zile pou de peyi. Leur travail, tel qu’on nous l’explique, comprend le développement de la thématique, la gestion de la logistique…11 photographes du Kolektif 2D sont partis sur le terrain avec les mots d’ordre des 6 commissaires. C’est le sort de nos concitoyens déportés de la République dominicaine l’an dernier qui s’impose comme sujet. L’exposition de photographies qui est placée dans le cadre de la 13e édition du festival de théâtre Quatre Chemins est un triptyque qui est réparti du 21 novembre au 3 décembre sur trois sites. Le Centre d’art, le BNE et le Parc de Martissant. Dans le premier espace, c’est le thème « Migration et frontières » qui est exploré. On découvre le calvaire de la déportation. Les expatriés, selon les images, sont embarqués dans des bus qui ont tout l’air d’une prison mobile. Ensuite, on les débarque de l’autre côté de la frontière. Là, en tant que laissés-pour-compte, ils se doivent de s’adapter dans cet univers qui leur est, pour la plupart, étranger. Il n’y a pas que ces déportés qu’on montre au Centre d’art. Il y a le portrait de Gabriel, un homme de 25 ans qui va travailler dans des champs chaque matin de l’autre côté de la frontière rentrant chaque soir dans la partie haïtienne pour retrouver son fils et sa femme. Un personnage dont le quotidien évoque le sort des travailleurs au noir qui sont nombreux dans le monde. Au BNE, les photos explorent l’ « esthétique et la vie sociale » des apatrides. Comme pour donner le change, ces derniers partent récupérer les habits retrouvés dans une déchèterie à Anse-à-Pitre. Parce que, selon les photographes qui ont partagé leur quotidien, beaucoup sont déportés sans avertissement, sans avoir pu emballer leurs effets. L’église, les parties de domino sont entre autres les seuls rendez-vous de sociabilité de cette nouvelle communauté qui se crée. En ce qui concerne l’église, elle est improvisée dans le no man’s land par un pasteur qui fait partie de ces parias dont l’establishment dominicain ne veut pas comme citoyen. Frontière et mondialisation est la thématique exposée au Parc de Martissant. Des gros plans sur le commerce frontalier sont immortalisés par les photographes du Kolektif 2D. Un commerce qui se fait à presque 95 % dans un seul sens. Des photos d’articles de toilette, de produits alimentaires dominicains abondent. D’Haïti on exporte, de l’aveu de nos photographes, des fruits et légumes mais illégalement. Un autre commerce inédit que les lentilles ont su capter, c’est celui du charbon de bois que nos concitoyens réalisent à partir de bois issus des forêts de chez nos voisins. Ce produit passe la frontière avec la complicité des gardes dominicains dont un grand nombre, selon les témoignages des photographes, sont connus pour leur corruption. D’autres images montrent les frontières naturelles entre les deux pays. Il faut citer la rivière Massacre dans le Nord-Est, qui hérite, selon la doxa, du nom à cause du génocide de nos concitoyens qui y a été perpétré, il y a plusieurs décennies, sous le gouvernement du tristement célèbre Trujillo. Il y a aussi le lac Azuéi. Sous des palmiers, les mêmes qui confèrent aux boulevards de Los Angeles leur cachet de « Mediterranean Chic », on voit des riverains se prélasser, d’autres s’occuper de la lessive. Yon zile pou de peyi, de l’aveu d’Yves Chatap, est un documentaire engagé. «Il place l’humain au centre pour problématiser sur des notions de migration, de frontière, d’apatridie. Des notions qui ne concernent pas que les Haïtiens mais sont de l’ordre de l’universel. », souligne le formateur africain. Il souligne que cet engagement résulte des discussions entre les 6 jeunes nouveaux commissaires qu’il a formés. Les expositions se poursuivent sur les trois sites jusqu’au 3 décembre.



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