Exposition du Centre d’Art à la Maison Dufort :

L'animalier Jasmin Joseph au pays du conte de l’hibou

Le Centre d’Art ouvre la saison des fêtes avec la touche d’un faiseur de contes– l’animalier Jasmin Joseph. Il fait partie de la première génération d’artistes du centre. Il manie, avec art, les sujets traitant de la jungle, à la manière de Salnave Philippe-Auguste. Son œuvre exposée à la Maison Dufort, à la 2e avenue du Travail, mérite d’être méditée pour comprendre et pénétrer la sottise humaine chez les Haïtiens, dès cette lointaine période.

Publié le 2016-11-21 | Le Nouvelliste

Culture -

Wébert Lahens L’artiste-peintre Jasmin Joseph [1] - parmi les premiers artistes du Centre d’Art - s’est revêtu des oripeaux des traditions ancestrales, des coutumes de son enfance à la Grande-Rivière du Nord, de son éducation familiale pour inventer et conter une histoire qui nous restera dans la tête. Une histoire qu’il a tirée de la mythologie, des habitudes, des us et coutumes du pays. Les parents d’aujourd’hui, les maîtresses et les maîtres d’école pourraient, à leur tour, la raconter ou la jouer aux enfants d’Haïti : le conte du Hibou. Il a construit autour de cette simple fiction tout un mythe, toute une mythologie. Une autre manière de vivre ensemble, sans oublier le côté prédateur de le Hibou. Le Hibou renvoie, dans la tradition, à un oiseau rapace nocturne. Il diffère de la chouette : il porte des aigretttes. Le travail de l’artiste Jasmin Joseph privilégie, dans sa cosmogonie picturale, l’animalier. Il aime les animaux, et, dans la cour de sa maison, il élève des lapins, des colombes, etc. Sa peinture reflète trois catégories de personnages : Les animaux : a) les lions, les renards, les lapins, les colombes, les macaques (les singes), les chats, les souris, les grenouilles, parfois des ours, etc. Les hommes et femmes de notre environnement : b) les musiciens, les anges, la fille du conte Hibou à titre d’héroïne. Et la dernière scène, le conte du Hibou : c) les hibous autour desquels il a élaboré, de décembre 1986 à janvier 1989, deux séries. Au départ, une commande de la conteuse américaine Diane Wolkstein. Celle-ci, dans son recueil de contes « The Magic Orange Tree and Other Haitian Folktales (1978) avait porté l’artiste animalier à s’inspirer du conte Hibou. Dans un premier temps, Jasmin Joseph a monté une série de toiles autour du Hibou entre décembre 1986 et janvier 1987 où il a illustré les instants forts du récit. Dans un second temps – entre août 1988 et janvier 1989, l’artiste a introduit des scènes de danses, comme Dieudonné Cédor, son ancien collègue, à un moment donné au Centre d’Art. En outre, le conte Hibou subit un autre traitement –une approche pédagogique, à la manière d’un Jean de La Fontaine : faire rire en éduquant. Les animaux chez lui, un rat, un chat, un lion, un singe ou un Hibou accomplissent, selon sa propre mythologie - sa propre organisation du discours, une tâche appropriée. La Fontaine nous appris, par exemple, à travers « les animaux malades de la peste » que la raison du plus fort est toujours la meilleure. Dans sa cosmogonie picturale, Jasmin Josepeh nous dicte ses règles du jeu : le Hibou, malgré son côté vorace, malicieux, peut participer à rassembler la communauté des animaux. Mais, on le sait : il est malin, méchant ou accapareur. Le message conté de Jasmin Joseph Avant d’arriver au Hibou, l’artiste s’appuie sur les animaux pour plaire, charmer, toucher ses collectionneurs (Haïtiens et étrangers) et aussi le public des grands jours, notamment la nouvelle génération. Sans omettre ses messages. Certaines toiles, telle que le « Roi devenu vieux », « Adam et Eve dans le paradis » indiquent clairement que l’artiste a choisi sa voie : déconstruire la réalité pour y introduire cette pointe d’humour ou d’ironie qui change tout. La série sur le Hibou dégage deux sortes de messages : d’un côté, le plaisir de rencontrer des tas de gens : certains, avec grand plaisir ; d’autres qui se masquent, se cachent, sans grand intérêt. Ses toiles modifient notre manière de frayer avec les hommes et les femmes de notre environnement. Avec ce conteur, ce fabliau, le discours se fait jouissif. Tout se concentre dans l’usage des couleurs. Parfois, des tons forts, parfois des tons mouillés ou franchement pâles. Le Hibou, le plus souvent, cherche le noir pour se vautrer et perpétrer ses forfaits ou méfaits. Tout est dit dans ses toiles. Tout peut être compris au sujet de la société dans laquelle nous évoluons. L’exposition à la maison Dufort Cette exposition du 15 novembre au 22 décembre 2016 à la Maison Dufort est tirée, en grande partie, du patrimoine du Centre d’Art. D’autres œuvres sont venues de galeries d’art, telles que la Galerie Georges Nader, la Galerie Monnin, le Musée d’art haïtien (qui n’existe que de nom) et de quelques collectionneurs privés. Il faut noter et souligner l’ouverture du travail de l’artiste aux enfants. Apprentissage de sa technique et visite des lieux. Après le séisme du 12 janvier 2010, ces pièces exposées proviennent de la collection récupérée du Centre d’Art. Certaines ont été restaurées par : le peintre Franck Louissaint, l’artiste Axelle Liautaud (présidente du Conseil d’administration du Centre d’Art), le sculpteur Patrick Vilaire et son équipe. Enfin, le Centre d’Art bouge : c’est sa 2ème grande exposition, après l’expo consacrée à Georges Liautaud dans la cour du Centre. L’artiste Jasmin Joseph nous a confié sa philosophie de la vie : « Je sens que je suis un moraliste. Je n’aime pas la violence. Ma peinture tend à sermonner les hommes, à les moraliser. J’aimerais un monde plus uni, plus harmonieux » (tiré des archives du Centre).

1- Jasmin Joseph est né à la Grande-Rivière du Nord le 27 mars 1924 et commence, des l’âge de six ans à se débrouiller ; son père étant mort, tôt. ; en 1948, le sculpteur américain Jason Seley l’a découvert dans une usine de fabriction de briques à Cabaret et l’a conduit au Centre d’art. 2- L’artiste Jasmin Joseph est très introverti. Mais, s’il devient votre ami, il vous fait pouffer de rire, par ses blagues et jeux de mots. 3- L’actuelle directrice du Centre, Louise Perrichon Jean, a annoncé la prochaine expo sur l’art contemporain, en 2017.
Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".