Haïti au Festival international du film de Toronto

PUBLIÉ 2016-09-08
Elles seront trois productions haïtiennes à faire leur grande première au Festival international du film de Toronto : « I am not your negro » de Raoul Peck, « Ayiti Mon amour » de Getty Felin et « The Empty Box » de Claudia Sainte-Luce, qui met en vedette l’acteur Jimmy Jean-Louis et Claudia Sainte-Luce elle-même. Le Festival international du film de Toronto (Toronto International Film Festival – TIFF) est, après le festival de Cannes, l’un des plus grands festivals de film du monde. Il présente plus de 300 films dans diverses catégories et réunit chaque année des milliers de personnes. Artistes, journalistes, mais aussi grands distributeurs en font un rendez-vous sacré. Des films comme « The King's Speech », « Black Swan », « Slumdog Millionnaire » ou « 12 years a slave » y sont passés. Découvrez ci-dessous les trois réalisations haïtiennes qui seront projetées à ce grand festival qui se tient cette année du 8 au 18 septembre.


« I am not your negro », Raoul Peck « I am not your negro » est un documentaire sur James Baldwin, poète, essayiste, activiste, nouvelliste et dramaturge afro-américain. Le film est basé sur le manuscrit inachevé de Baldwin dénommé « Remember This House » portant sur la vie et l’assassinat des leaders Martin Luther King Jr., Malcolm X et Medgar Ever, mais aussi sur l’empreinte que ces derniers ont laissée sur le paysage politique et social américain. L’auteur des importants essais « Notes of a Native Son » et « Go Tell It on the Mountain » n’avait en réalité pas écrit « Remember This House ». Raoul Peck a retrouvé et utilisé ces 30 pages de notes et a joué avec l’idée selon laquelle Baldwin, décédé d’un cancer de l’estomac en décembre 1987, aurait effectivement écrit cet ouvrage ambitieux que le scénariste qualifie lui-même de « masterpiece ». « I am not your negro » est un projet sur lequel le réalisateur et producteur haïtien Raoul Peck travaillait depuis au moins six ans. Ce film d’environ 90 minutes dans lequel Samuel L. Jackson assure la narration, fera la lumière sur la réalité des noirs aux États-Unis en utilisant des citations poignantes de Baldwin. Avec des œuvres comme « Lumumba », « Assistance mortelle » et « Meurtre à Pacot » - film aussi présenté pour la première fois au TIFF-, Raoul Peck, ancien ministre de la Culture, est connu pour ses productions cinématographiques engagées avec pour thèmes de prédilection les causes raciales et les inégalités économiques. Suite à sa grande première au Festival international du film de Toronto le samedi 10 septembre, « I am not your negro », sera projeté en octobre prochain, dans le cadre du Festival du film de New York. « Ayiti Mon Amour », Guetty Felin Ce film de la réalisatrice haïtiano-américaine Guetty Felin emmène le spectateur en Haïti, dans une petite ville côtière, 5 ans après le tremblement de terre qui a dévasté le pays. « Ayiti Mon Amour », raconte trois histoires de personnages distincts. Le jeune qui fait difficilement le deuil de son père, le pêcheur de poisson qui s’intéresse au changement climatique, puis la muse qui se cherche… Ils se retrouvent et leurs histoires se mélangent à un certain moment. Premier long métrage de fiction réalisé par une femme, « Ayiti mon amour » est d'ailleurs décrit par son auteur comme une histoire d’amour. « Je leur montre l’Haïti que je veux partager, celle que je connais, celle que j’aime. Elle est très différente des images clichées que l’on montre souvent du pays. Je voulais porter les gens à voir Haïti différemment et aller au-delà des problèmes du pays », telles sont les motivations de la réalisatrice qui a tourné son film essentiellement à Jacmel et à Port-au-Prince. En raison de son budget réduit, ce film de 88 minutes qui inclut plusieurs langues – en l’occurrence le créole, le français, l’anglais et un peu de japonais – a pris l’allure d’une affaire de famille. En effet, deux fils de la cinéaste y participent, l’un à titre d’acteur et l’autre comme assistant de la réalisatrice. Son mari aussi est impliqué dans le travail. Des amis et connaissances de longue date de Guetty complètent l’équipe. On y retrouve aussi des figures du monde artistique haïtien comme la plasticienne Pascale Faublas et le poète James Noël. Guetty Felin a à son actif des documentaires et de courtes fictions. Son documentaire « Broken Stones (Des pierres brisées) » a été présenté dans plusieurs festivals internationaux et a remporté le prix du meilleur documentaire au Festival international du film de Belize en 2012. « Ayiti Mon Amour », sa dernière œuvre en date, après sa grande première au Festival international du film de Toronto, sera projeté le 30 septembre prochain au Third Horizon Caribbean Film Festival, à Miami, puis en France, où la réalisatrice avait complété ses études, en Inde et dans plusieurs autres pays. « The Empty Box », Claudia Sainte-Luce Claudia Sainte-Luce, née d’une mère mexicaine et d’un père haïtien, est une réalisatrice et scénariste de 34 ans. Son premier long métrage est « The Amazing Catfish ». Projeté au Festival international du film de Locarno, puis au Festival international du film de Toronto en 2013, le film a eu du succès. En 2016, la jeune femme ajoute « The Empty Box » à sa filmographie. L’histoire paraît simple. Toussaint, un vieil homme de 60 ans part vivre dans la ville de Mexico avec sa fille, en raison de ses problèmes de santé. Les relations compliquées entre ces derniers donnent le ton au film. La cohabitation est difficile. Mais au fil du film, Jazmin, l’héroïne, arrivera à pardonner à ce père qui n’en a pas toujours été un. Avec « The Empty box », c’est l’histoire de sa vie que Claudia Sainte-Luce met en scène. Et qui de mieux pour interpréter le rôle de Jazmin, sinon Claudia elle-même qui a aussi une formation de comédienne ? À ses côtés, on retrouve l’acteur haïtien Jimmy Jean-Louis dans le rôle du père. Drôle de coïncidence, l’homme qui en 2012 était entré dans la peau du héros national Toussaint Louverture pour les besoins du film éponyme se retrouve encore à interpréter un personnage dénommé Toussaint. L’acteur confie toutefois que cette fois l’expérience s’est révélée assez complexe par moments, car il lui a fallu notamment parler l’espagnol, avec un accent mexicain poussé pendant la majeure partie des 101 minutes que dure le film. Mais tout cela valait bien la peine. Pour « L’Haïtien » de la série américaine Heroes, ce film tourné à Mexico City, New York, Port-au-Prince et Jacmel est « un message transmis aux émigrés Haïtiens, à tous ces haïtiens qui ont quitté le pays et qui ont passé une croix sur Haïti. » Jimmy Jean-Louis croit aussi en la valeur que peut avoir le film sur le marché du cinéma et aussi en la compétence de la réalisatrice. « Claudia est un génie. Elle est si précise dans l’exécution du film, de chaque scène. Elle arrive à faire passer ce message dramatique qui est si proche d’elle », explique-t-il. « Il est important pour tous les Haïtiens de voir ce film », insiste-t-il. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’artiste qui est aussi ambassadeur at large pour Haïti, envisage de s’entretenir avec les ministères de la Culture et du Tourisme pour voir dans quelle mesure « The Empty box » pourra être projeté en Haïti avant d’envisager une distribution normale du film. « The Empty box », film de la réalisatrice haïtiano-mexicaine Claudia Sainte-Luce, sera projeté pour la première fois ce vendredi 9 septembre dans le cadre du Festival international du film de Toronto.



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