Qu’est-ce que…?

Le «Konpa» ou compas

Publié le 2016-08-22 | Le Nouvelliste

Culture -

On connaît la signification du mot en géométrie plane comme outil. Mais en musique et en espagnol, il signifie mesure, et mesure à deux temps en particulier. La mesure se définit comme étant la division de la durée musicale en parties égales. La mesure c’est la mère, la matrice ou la souche primitive de nombreux rythmes construits sur ces temps. Le «Konpa», au début compas direct, est un rythme à deux temps comme beaucoup d’autres. Michel Soukar et Raoul Guillaume nous apprennent que, dès les premières décennies du XXe siècle, pour estimer le rendement rythmique d’un orchestre facilitant la danse par sa régularité de métronome, on disait : «Ce groupe a un bon compas». Origines du rythme «konpa» ou compas direct Il y a plusieurs sons de cloche. Voici la version la plus admise et la plus logique. Vers les années 53, 54, 55 et 56 du XXe siècle dernier, le public des auditeurs et des danseurs de musique populaire urbaine, de Port-au-Prince et sa région, s’était entiché follement - et dangereusement- du «merengue» dominicain matraqué par les ondes de nos radios et par les dancings ou bordels, de Carrefour en particulier, regorgeant de prostituées dominicaines. Les musiciens locaux également, subissaient ce lavage de cerveau. Les morceaux du fameux groupe «Tipico Cibaëno» de l’accordéoniste Angel Viloria supplantaient, dans les faveurs du public, notre meringue populaire et nos danses folkloriques. On fit même chercher cet ensemble qui séjourna pendant une bonne durée à la capitale, avec grand succès. Ce phénomène d’acculturation émut beaucoup de nationalistes, jusqu’à Languichatte qui le prit à parti. Nemours Jean-Baptiste et Wéber Sicot, grands amis à l’époque, habitués à cette musique qu’ils jouaient au dancing «Astoria» entretenu par des Dominicaines, loin de combattre le phénomène eurent l’idée de tirer profit de cet engouement du jeune public de danseurs paresseux. Une ! Deux ! Une ! Deux ! Même un mauvais cavalier ordinaire pouvant s’en tirer. Nemours, brouillé par la suite avec son compère, s’en sépara lors de la formation de «Aux Callebasses» où ce rythme n’était pas exclusif, mais figurait à côté du «bannann pouyak», du «grenn moudong», de la meringue lente, du «mascaron», du «raborday» et des cadences afro-cubaines («son», «cha-cha-cha», «son guajira», «boléros»). Au début du "Konpa", Nemours copiait les succès dominicains, traduits en créole pour le chanteur. Le terme «Compas» pour désigner son «invention» lui aurait été suggéré par le musicien René «Diogène» Durogène : «Toi, tu ne joues que du compas», ironisant ainsi son rythme aux deux temps bien soulignés, sans nuances, d’une mesure 2/4. Au début, le «konpa» ou «compas» direct n’est qu’une démarque locale du «merengue tipico» dominicain. Sicot pendant ce temps fourbissait ses armes pour son ensemble jouant au Palladium. Sous le feu et le déluge des critiques, du JAZZ DES JEUNES en particulier, Nemours marqua davantage, de son empreinte, et de ses trouvailles, le rythme. Il ralentit la vitesse, le tempo ; rapprocha la cadence du «Kongo» et de «l’Ibo» haïtiens. Il ajouta, de plus, un effet de percussion tiré du «gong» et du «floor-tom», très typique par ses onomatopées obstinées : Pap-padap/pap-pap-pap. Trait d’identification définitive du konpa. Autres sons de cloche sur ses origines : le rythme «Rale bourèt» serait l’ancêtre du konpa. Marc Lamarre, ce grand musicien de St-Marc et maestro, affirme connaître ce rythme compas direct depuis son enfance, pratiqué dans les bals «Anba tonèl» à la campagne. Nemours, plus tard, a évoqué le «bannann pouyak» comme point de départ. Jacques Stephen Alexis, Thony Louis Charles et Raoul Guillaume parlent également de rapatriement d’un rythme haïtien ayant traversé la frontière sous Boyer, lors de l’occupation haïtienne de la Dominicanie. Le «konpa» a beaucoup évolué de ses origines à nos jours. Le «Konpa» est-il toujours direct ? Pas certain.

Sources : Sur Raoul Guillaume par Michel Soukar Entretiens privés avec Marc Lamarre
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