D'après les précisions de Merten, Martelly n’aurait pas dû être candidat en 2010

Le sujet a tenu en haleine le pays pendant des mois entre 2011 et 2012 : quelle est la nationalité de Michel Martelly? Le 8 mars 2012, c’est l’ambassadeur américain en Haïti Kenneth Merten qui avait tranché le débat en affirmant que Michel Martelly n’est pas un citoyen américain. L’ambassadeur le savait, dit-il, parce que Martelly était résident permanent aux USA ce qui est incompatible avec être citoyen américain. Dans un entretient accordé au Nouvelliste, l’ambassadeur Merten, en donnant la date à laquelle Michel Martelly a renoncé à son statut de résident permanent aux USA, permet de soulever une facette inattendue de la question. Michel Martelly ne pouvait pas être candidat à la présidence d’Haïti en 2010 car il a été résident permanent aux USA jusqu’en 2011. Explications.

Publié le 2016-08-17 | Le Nouvelliste

Corridor 9, 6e étage du Département d’État, dans une salle de conférence confortable, l’interview se déroule tranquillement. Un groupe de journalistes haïtiens intéressés à la santé rencontrent Kenneth Merten. Dans cet étage prestigieux du temple de la diplomatie américaine, l’ambassadeur Merten exerce la fonction de coordonnateur spécial pour Haïti et de sous-secrétaire adjoint pour Haïti au Bureau des affaires de l’hémisphère occidental depuis le 17 août 2015. Depuis avril 2016, l’ambassadeur Merten est chargé des Affaires canadiennes au même bureau en tant que sous-secrétaire adjoint. L’homme, qui a traîné sa bosse en Haïti pendant des années, a été ambassadeur à deux reprises dont récemment ambassadeur des États-Unis en République de Croatie, de 2012 à août 2015, et ambassadeur des États-Unis en Haïti de 2009 à juillet 2012. Il fut également secrétaire exécutif adjoint de la secrétaire d'État Hillary Clinton et auparavant de la secrétaire d'État Condoleezza Rice. Et revient l'affaire de la nationalité de Michel Martelly Kenneth Merten a reçu la distinction «Ryan C. Crocker Award» de l’année 2011 pour son «leadership exceptionnel à coordonner de manière rapide les efforts diplomatiques menés sous son leadership extraordinaire suite au tremblement de terre qui a frappé Haïti en 2010». À son titre d’ambassadeur en Haïti, M. Merten, dans les jours qui ont suivi le tremblement de terre du 12 janvier, a supervisé « la plus grande évacuation de citoyens américains qui n’ait jamais eu lieu depuis la Seconde Guerre mondiale », précise son CV. Les questions sont tranquilles, bon enfant. L’ambassadeur répond sans consulter ses notes, à l’aise dans les thématiques abordées par les uns et les autres. Parmi les journalistes présents, deux sont là pour accompagner des membres de leur rédaction sortis lauréats d’une formation financée par la USAID. Et ils finissent par passer aux questions politiques. C’est alors que Fanel Delva de Radio Télé Caraïbes revient sur la question de la nationalité de Michel Martelly, 56e président d’Haïti, qui fut accusé par ses opposants d’être un Américain, avant que l’ambassadeur Merten ne lève le doute en apportant tout son poids de diplomate lors d’une conférence de presse restée fameuse en mars 2012. La réponse claire et précise de l’ambassadeur Merten à la question du journaliste de Radio Télé Caraïbes apporte deux précisions que personne n’avait étalées devant la presse avant cette date : Michel Martelly était résident permanent aux États-Unis d’Amérique et c’est en présence de l’ambassadeur Kenneth Merten qu’il a remis sa green card à l’ambassade américaine de Port-au-Prince. Merten a été ambassadeur des États-Unis d’Amérique en Haïti de 2009 à juillet 2012. Le cas Wyclef Jean Le point E de l’article 39 de la loi électorale de 2008 est clair : « Pour être candidat à la présidence de la République d’Haïti, il faut… résider dans le pays depuis (5) cinq années consécutives avant la date des élections.» C’est sur la base de cette disposition que le Conseil électoral de l’époque, le 20 août 2010, avait invalidé la candidature à la présidence de Wyclef Jean, qui avait reçu un carnet en bonne et due forme parce qu’il était en contravention avec les dispositions de la loi électorale. Le populaire rappeur, nommé ambassadeur de bonne volonté par René Préval le 18 octobre 2007, n’avait pas résidé dans le pays cinq années consécutives avant la tenue des élections, comme le réclamait la loi électorale. Exit Wyclef, donc. La précision de Merten L’interview avec Kenneth Merten prit fin sur une séance de photos souvenirs. Mais restaient les insatisfactions du Nouvelliste. Sur la base d’un entretien écrit accordé au journal Le Nouvelliste, l’ambassadeur américain a apporté une précision supplémentaire qui permet de déterminer le statut légal du candidat qui deviendra président d’Haïti en mai 2011. À la question écrite du Nouvelliste : « Vous avez reconnu avoir vu le président Michel Martelly remettre sa carte de résidence permanente aux USA à l'ambassade des USA à Port-au-Prince, à quel moment (date) ce geste a-t-il eu lieu? L’ambassadeur Merten a répondu : «While serving as U.S. Ambassador to Haiti in 2011, I stated that former President Martelly turned in his Legal Permanent Residence card at the U.S. Embassy in Port-au-Prince.» Si c’est bien pendant qu’il était ambassadeur des États-Unis en Haïti en 2011 que Michel Martelly a retourné sa carte de résidence permanente à l'ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, le candidat Martelly n’avait pas la qualité pour être candidat à la présidence de la République d’Haïti. S’il a pu le faire, c’est en violation de la loi électorale en vigueur à l’époque. Ambassadeur des États-Unis d’Amérique en Haïti de 2009 à juillet 2012, même si Kenneth Merten se trompe sur l’année 2011, il ne peut pas se tromper sur la fonction qu’il occupait lorsque Michel Martelly a remis sa carte de résident permanent. En fait, pour être en conformité avec la loi, il aurait fallu que Michel Martelly renonce à son statut de résident permanent aux USA en 2005. Reste à savoir si c’est le candidat Michel Martelly qui a menti lors du dépôt de ses pièces au CEP ou si c’est au sein du Conseil électoral qu’il a bénéficié de facilités pour circonvenir les prescrits de la loi électorale de 2008.
Frantz Duval
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