La chute de la production du café était prévisible

En decrescendo depuis des décennies, la production du café se réduit à néant cette année à travers les différentes régions du pays. Pourtant, les menaces qui pèsent lourd sur ce produit ne datent pas d'hier. Seulement, les décideurs ne font que constater les dégâts.

Publié le 2016-03-23 | Le Nouvelliste

Faute de production, quatre des sept coopératives regroupées au sein de l’Union des coopératives caféières de Baptiste (UCOCAB) sont inactives, rapporte le secrétaire général du réseau, Jéthro Coleau. Ces coopératives de production et de commercialisation du café ont vu la graine du caféier se volatiliser. L’épidémie de la rouille et le changement climatique en sont les principales causes de l’avis de Jéthro Coleau. Depuis une vingtaine d’années, dit-il, la rouille tue les plantations de café. À Beaumont, la situation n’est pas différente. « Cette année, c’est zéro en ce qui a trait à la production du café », a fait savoir Ojisna Journal, membre de l’Union des coopératives caféières de la région de Beaumont (UCAB) et présidente de la Coopérative agricole d’achat et vente du café (COOPAAVEC). Plusieurs causes sont mises en exergue pour expliquer cette situation : l’insecte scolyte, la rouille, le changement climatique et le vieillissement du verger caféier. Le scolyte et la rouille sont des problèmes existant à Beaumont depuis plus de six ans, d’après Ojisna Journal. Au niveau de l’arrondissement de Belle-Anse, la régression de la production du café devient de plus en plus grave depuis trois ans. La fédération de coopératives agricoles dans l'arrondissement de Belle-Anse baptisée COOPCAB voit sa production diminuer graduellement au fil des ans. « Trois ans de cela, nos récoltes représentaient entre 7et 8 containeurs avec chacun 250 sacs de café de 60 kilos. L’année dernière, notre production représentait seulement deux containeurs », a expliqué Azor Pétuel, coordonnateur de la Plateforme nationale des producteurs de café d’Haïti (PNPCH). La campagne du café est à cheval ordinairement sur deux années. Elle débute en septembre pour finir en mai. Pour la campagne 2015-2016, la COOPCAB n’espère obtenir qu’un containeur de café. Cette fédération qui regroupe dix coopératives et compte environ 5 000 producteurs n’entend pas abandonner pour autant. Elle prépare chaque année de nouvelles plantules de café afin de subsister. Le problème est partout le même. La rouille représente, aux dires du coordonnateur de la plateforme des producteurs Azor Pétuel, un fléau pour les plantations de café. « Quand le café résiste à la rouille, le scolyte l’attaque et le pique », a-t-il affirmé. Absence d’investissement Les problèmes qui rongent la filière café dans le pays ne datent pas d’hier. Les solutions à la rouille et le scolyte sont connues. Pour venir au bout de la rouille, tous les pays de la région, soulignait l’agronome Jobert Angrand au cours d’une entrevue accordée au journal en juillet 2013, avaient pris une résolution pour déclarer la rouille ennemi public. Les Parlements de ces pays avaient approuvé ces résolutions et des fonds ont été mobilisés pour faire face à la rouille. À titre d’exemple, le coordonnateur de l’Institut national du café d’Haïti (INCAH) citait la République dominicaine qui avait mis 180 millions de pesos, à la suite de cette résolution, pour combattre la rouille et relancer la filière café en 2013. L’année suivante, les voisins dominicains avaient mis une enveloppe de 145 millions de pesos pour continuer la relance d’après Jobert Angrand. Mais, en Haïti, l’investissement public est une chose rare dans la filière café qui est une source de revenu pour quelque 200 000 familles. « Il n’y a ni crédit ni investissement alloués à la production », se désole le patron de l’INCAH. Pour relancer la filière café, il n’y a pas de fonds disponibles. Bizarrement, le budget de l’institut chargé du café ne cesse de gonfler depuis 2008. Il est passé de quatre millions de gourdes au cours de cette année à 10 millions, 25 millions et 48 millions de gourdes respectivement en 2010, 2012 et 2014. Pourtant, en 2013 et 2016, il n’existe pas de budget attribué spécialement au café. Les montants respectifs de 70 et 80 millions de gourdes prévus dans les budgets 2012-2013 et 2015-2016 du ministère de l’Agriculture sont orientés vers l’aménagement des bassins versants. Cette année, le ministère de l’Agriculture a décidé de tirer de la somme affectée à l’aménagement des bassins versants 12 millions de gourdes pour le café. Le problème d’orientation des projets La guerre que se livrent le ministère de l’Agriculture et l’INCAH pour avoir le monopole dans la filière ne rend pas service au café. Chacun veut orienter à sa manière les maigres investissements des organisations non gouvernementales et des organismes internationaux. Ils ne partagent pas la même vision et se trouvent souvent en désaccord. Avec cette situation, les organisations non gouvernementales et les organismes internationaux trouvent un terrain propice pour exécuter leurs projets comme bon leur semble. La nécessité de rénover plus de 70% du verger caféier en Haïti est aussi un autre problème majeur. Plus de 60 000 hectares de café, d’après l’INCAH, comptent plus de vingt ans. « Il faut avoir 12 millions de plantules chaque année pendant dix ans pour rénover le verger caféier », révèle l’agronome Jobert Angrand. Les efforts déployés par les coopératives ne sont pas suffisants pour empêcher le déclin du café. Jusqu’à 2013, le pays exportait environ 30 000 sacs de café selon les chiffres communiqués par l’institut du café. Et la production globale était autour de 500 000 sacs. Plus de 65% de cette production étaient destinées à la consommation locale et environ 25% traversaient la frontière en contrebande. Avec la chute de la production, la possibilité pour que le pays n’importe pas le café ne tient qu’à un fil.
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