Conférence / fokalL/ Littérature 4 mars

« Quand Blaise Ndala nous cause»

Publié le 2016-03-17 | Le Nouvelliste

Culture -

Roland Léonard C’est un début de soirée assez charmant que nous avons partagé avec un auditoire moyen mais attentif, à la Fokal, ce vendredi 4 mars. La salle polyvalente accueillait un jeune et talentueux romancier canadien d’origine congolaise, Blaise Ndala. Stimulé par l’entrevue et les questions d’une animatrice, il répondait aimablement et donnait plus de lumières sur son premier roman à l’heureux destin littéraire : « J’irai danser sur la tombe de Senghor», prix du livre 2015 au Canada. Blaise Ndala est, comme nous l’avons dit, canadien d’origine congolaise. Son itinéraire est assez intéressant. Il est né au Zaïre, actuel République démocratique du Congo, sous le dictateur à vie Mobutu Sese Seko, qui, pendant trente-deux (32) ans, a régné tyranniquement sur ce pays, d’une main de fer au service de sa mégalomanie. Blaise Ndala a fait ses études primaires et secondaires dans son pays natal. Il a par la suite séjourné en Belgique pour des études juridiques et une maîtrise en droits humains. Il émigre ensuite au Canada en janvier 2007 où, à Ottawa, il enseigne le français aux fonctionnaires fédéraux. Il travaille par la suite dans l’administration pour se retrouver enfin dans le domaine du droit – des droits humains en particulier. Il a adopté la nationalité canadienne. Blaise Ndala bâtit son roman autour de la personnalité de Mobutu Sese Seko. Il n’est pas le premier à le faire et à traiter de son régime. Mais, à la différence de ses devanciers, il questionne la mémoire du dictateur et cherche à savoir ce qui le hante, ce qu’il cherche à prouver dans ses actes de mégalomane, ce qui le pousse en avant. Motivations psychologiques ou complexes d’infériorité d’un être atteint de la folie des grandeurs. Avec la liberté du romancier et ses spéculations, ses conjectures respectant la vraisemblance, il campe un Mobutu atteint du « complexe du treillis», du militaire sans culture, jaloux de la renommée méritée de Léopold Sédar Senghor, prestigieux président sénégalais, poète et romancier universellement respecté et réputé, membre de l’Académie française. C’est ce sentiment d’infériorité qui, dans la logique du romancier, est le moteur de sa mégalomanie, de son besoin irrépressible d’éblouir, de sa manie du gigantisme, du culte de la pompe, de la gloire et du spectacle. Avec le titre et le masque, en plus, de chantre de « l’authenticité» africaine pour mieux duper le peuple, le dominer et s’enrichir. Blaise Ndala choisit un moment historique bien particulier et un événement sportif sensationnel pour illustrer les extravagances et le besoin de prestige démentiel du dictateur : l’organisation impensable et incroyable à Kinshasa, capitale du Zaire, du combat de boxe du siècle : le match qui a opposé Muhamad Ali à George Foreman. Accord conclu pour une somme faramineuse estiméet à des millions de dollars. Folie ! La conférence –interview du romancier est illustrée et interrompue en deux ou trois fois par des projections de courts extraits vidéo sur Mobutu Sese Seko, et son culte de la personnalité, vus par son ex-ministre, sur les célèbres champions et boxeurs Georges Foreman et Muhammad Ali, efficace et vantard à la fois, roi de l’immodestie (un certain lien de ressemblance psychologique avec le président africain). Le narrateur choisi est plutôt un jeune musicien, campagnard, venu tenter sa chance à Kinshasa. Modéro, tel est son nom, rêve d’intégrer un groupe célèbre et réel de la capitale : le « Zaïkolumbadadi». Il n’y parviendra pas, mais se retrouvera par un drôle de hasard dans l’entourage d’un des ministres de Mobutu. Son oreille et ses yeux enregistrent tous les propos, les dessous et les ragots de cette affaire montée de toutes pièces. Question de jeter de la poudre aux yeux du peuple zaïrois et du monde entier. C’est l’occasion de parler : des préjugés des Kinois, habitants de la capitale, envers les campagnards ; des déconvenues à leur tour des métropolitains et d’un étranger, de leurs gaffes, par ignorance des mœurs, us et coutumes, des villages et de la campagne. C’est l’opportunité d’une belle et succulente description de Kinshasa et de sa vie nocturne, de son cœur luxueux et convoité, Matongue ! De belles pages. Une causerie fort intéressante avec un auteur épanoui, à l’aise et plein d’humour. Les questions les unes plus ou moins pertinentes que les autres ont suivi cette sympathique et originale conférence.

Roland Léonard Auteur

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