Agriculture/Rapport

Comment Haïti a perdu sa souveraineté alimentaire ?

Publié le 2015-06-29 | Le Nouvelliste

En plus d’être un pays à 75% montagneux, Haïti a une structure foncière et agraire très morcelée : 75 % des parcelles sont héritées ou achetées. 60% des parcelles achetées n’ont qu’un reçu ou un contrat de vente. Seulement 10% des agriculteurs utilisent des fertilisants et 15% utilisent des semences améliorées. Le rendement agricole moyen est le plus bas dans toute la région de l’Amérique latine et des Caraïbes. En plus, les pertes postrécoltes s’évaluent entre 15 à 35% de la production. Ces chiffres clés de la Politique nationale de souveraineté et de sécurité alimentaire et nutritionnelle en Haïti sont présentés par le Conseil de développement économique et social [CDES] au public, le jeudi 25 juin, montrent aussi que seulement 50 % de terres irrigables (80 000 ha sur un total de 154 000 ha) sont aménagées. Tout cela dans un contexte environnemental fortement dégradé : 85 % des bassins versants sont fortement dégradés ou en voie de dégradation accélérée. Ce document pourrait constituer la piste solution à nos déboires dans l’agriculture, jadis florissante. «Haïti était alimentairement autosuffisante à près de 81,9 % jusqu’au début des années 80. Cependant, à partir de 1981, en raison de la mise en place d’un « Plan d’ajustement structurel et de libération des échanges, marqué notamment par l’élimination des barrières tarifaires et non tarifaires et l’ouverture du marché haïtien aux produits agricoles, le pays a perdu progressivement une grande partie de son autonomie», analyse le document. Les experts qui ont rédigé ce rapport de 125 pages estiment que l’application de ce plan d’ajustement structurel, sans la mise en place de mesures préalables de renforcement de la compétitivité du secteur agricole, s'est révélée particulièrement néfaste pour des filières comme le riz, la canne à sucre, l’élevage, etc. Le rapport constate quedes résultats d’études les plus récentes réalisées sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Haïti sont déroutants, comme l’attestent les chiffres suivants : 38% des ménages sont dans l’insécurité alimentaire : soit une population de 3 804 526, dont 8% sont en situation d’insécurité alimentaire élevée (CNSA, 2011). Les carences en vitamines A et en minéraux sont répandues en Haïti : un tiers des enfants d’âge préscolaire présentent une carence en vitamine A (OMS, 2009) ; 2/3 des enfants de moins de cinq ans, ¾ des enfants de moins de deux ans et 60% des femmes enceintes souffrent d’anémie (OMS, 2008). Cette situation exprime le déséquilibre croissant ressources-population. Ce phénomène révèle la défaillance de notre système de production agro-alimentaire : celle-ci satisfait à peine 40 à 50 % des besoins du pays, notamment en ce qui concerne les 5 produits (riz, maïs, haricot, farine de blé et huile végétale) de consommation de base des ménages. Il s’ensuit le recours aux importations qui permet, en outre, de palier le déficit observé en matière de production de ces produits. « D’années en années, le problème empire et Haïti n’est pas en voie de réaliser l’OMD, c’est-à-dire réduire de moitié, entre 1990 et 2015, le taux d’insécurité alimentaire. Nous sommes encore loin d’atteindre les objectifs de la région quant à l’élimination de la faim à l’horizon 2025», indique le document préparé sous la férule du CDES. La sécheresse de 2012 ainsi que les deux cyclones dévastateurs (Isaac et Sandy) ont durement affecté les moyens d’existence des ménages haïtiens et envoyé plus de 1,5 million d’Haïtiens dans l’insécurité alimentaire sévère alors qu’on était à 800 000 en 2011. La production nationale est le sujet de toutes les conversations de nos jours, les analyses dans ce domaine sont multiples, les unes plus superficielles que les autres. Pourtant, le document intitulé « Politique nationale de souveraineté et de sécurité alimentaire et nutritionnelle en Haïti» mérite d’être lu. Le diagnostic du secteur, ses points faibles et ses points forts, porte à conclure que l’insécurité alimentaire et nutritionnelle en Haïti découle d’abord d’un problème plus global de société et de modèle de développement. C’est la société haïtienne qui est elle-même en crise ; une crise qui se veut avant tout identitaire et d’alternative, avec des facettes conjoncturelles et surtout un profond cachet structurel.»
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