Travail et conditions ouvrières: Survivre ou vivre ?

Publié le 2015-05-11 | Le Nouvelliste

Dans toutes les formations socioéconomiques que connaît le monde, la notion de « travail » a toujours existé. Cependant, ses formes évoluent en fonction du temps, c’est-à-dire selon qu’il s’agit de la communauté primitive, de la société esclavagiste, féodale et capitaliste. Les différentes formes que prend le travail nous poussent à parler de l’utilité du travail où trois « partenaires» pourraient être concernés : 1) le patron de l’entreprise dans laquelle travaille l’individu, car le premier peut vendre le produit ; 2) la société dans son ensemble, qui voit son patrimoine s’agrandir ; 3) le travailleur lui-même, qui en tire un salaire et éventuellement d’autres satisfactions. Au sens étymologique, le travail désigne « un instrument destiné au ferrage des chevaux et aussi un instrument de torture». Au sens large, « le travail est l’ensemble des activités économiques, intellectuelles et manuelles organisées et coordonnées des hommes, aidés ou non par des machines, en vue de produire ou de contribuer à produire des biens et des services économiques, c’est-à-dire des valeurs d’usage (ou utilité) répondant aux besoins des hommes, et en contrepartie duquel le travailleur perçoit une rémunération ». Pour produire des biens et des services, un ensemble de conditions doivent être réunies tant pour le travailleur que pour celui qui possède les moyens de production (avec le développement du capitalisme). Dans cette réflexion, les conditions de travail ouvrier sont ceux qui nous intéressent. Le premier élément qu’on voudrait considérer dans le processus de travail est la durée. Chez nous en Haïti, la durée normale du travail est de huit heures/jour (4). Jean-Frédéric Salès précise que « la limitation de la durée du travail aide à combattre le chômage parce qu’elle entraîne l’emploi d’un plus grand nombre de travailleurs» (5). Dans la réalité, c’est tout le contraire. Dans les entreprises évoluant dans le textile par exemple, les ouvrières/ ouvriers rentrent au travail à 7 heures du matin pour le laisser à 6 heures de l’après-midi. Ce qui fait au moins 11 heures de travail souvent pour le même salaire. Le régime de huit (8) heures de travail par jour était considéré, selon Me François Latortue, comme une base nécessaire pour garantir à l’ouvrier un niveau de vie ; lui permettre d’accomplir des devoirs de famille et de citoyen ; équilibrer l’offre et la demande de main-d’œuvre. Avec cette situation où les ouvriers/ouvrières passent tout ce temps au travail, les risques de voir les enfants grandir sans assistance et en dehors du contrôle de leurs parents sont énormes et ne cessent d’augmenter. Les conséquences de la durée prolongée du travail sont aussi immédiates. L’ouvrier mérite un temps de repos, soit physique et mental, pour pouvoir continuer à vivre. On lui accorde 30 minutes pour prendre sa nourriture alors que le lieu où il peut trouver de quoi manger est au moins à une dizaine de minutes de l’entreprise. Plusieurs d’entre eux témoignent qu’ils sont obligés dès fois d'abandonner leur nourriture pour ne pas excéder le temps alloué. Comment peut-on travailler dans de telles conditions?, se demande plus d’un. Le surménage nous paraît aussi évident pour l’ouvrier, et on peut se demander comment il peut organiser sa vie quand on sait que le travail devrait le lui permettre. Le deuxième aspect important à considérer dans le cadre de ce travail est la formation. La logique du système économique en vogue aujourd’hui (le capitalisme) est la productivité. On veut augmenter la production et l’efficacité. Avec la division du travail créant des spécialités dans le processus de production, chacun ou chaque groupe s’attache à sa spécialité. Si l’on reste dans cette logique, il serait important et même indispensable que les responsables d’entreprises forment leurs employés. Une ouvrière déclare qu’elle passe plus de cinq (5) ans dans une entreprise évoluant dans le secteur du textile sans recevoir -même une seule fois- une formation organisée par son employeur. Est-ce qu’on peut dire qu’en Haïti c’est le non-développement du capitalisme? Est-ce qu’on peut affirmer que les ouvrières et ouvriers exécutent leurs tâches avec tellement d’efficacité et qu’on n’a nullement besoin de les former ? Est-ce qu’on peut avouer que la formation pourrait être un facteur d’abandon de l’ouvrier ? Autant de questions qui méritent des réponses pouvant expliquer ce fait. Parallèlement, la formation des ouvriers sur leurs droits fait défaut. Quelques rares organisations existent dans ce secteur qui devrait remplir la mission d’armer ces travailleurs d’un ensemble d’outils facilitant la défense de leurs droits. Les syndicats n’arrivent toujours pas à rassembler les travailleurs autour d’un front commun. Plusieurs ouvrières/ ouvriers consultés ne sont même pas au courant de l’existence d’un syndicat regroupant un ensemble de citoyens/citoyennes qui se ressemblent, c’est-à-dire des personnes vivant les mêmes situations dans des entreprises différentes. C’est ce qui explique que la conscience des masses ouvrières n’est pas encore éveillée. La situation que vit cette couche de la société haïtienne est alarmante et peut être considérée comme une bombe à retardement. Tout compte fait, la richesse dans la société capitaliste échappe largement à ceux qui la produisent. La véritable force de travail est la classe ouvrière appelée par Karl Marx « des prolétaires » qui, malheureusement, ne bénéficient pas du fruit de leur travail. La « rémunération » offerte aux producteurs des biens et services dans cette société inégalitaire est en dessous de leurs besoins. En aucune façon, elle ne peut leur permettre de vivre. Cette classe sociale est dans une situation de survie prolongée où elle ne sait pas quand s’en sortir. La route doit être identifiée et la conscience de part et d’autre devrait apparaître pour arriver à une meilleure répartition de la richesse produite.
Guison CELESTIN Étudiant en Service Social/ FASCH Auteur

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