Veut-on vraiment des élections ?

Publié le 2015-04-20 | Le Nouvelliste

57 en 2005, 65 en 2010, 129 en 2015. Le nombre des partis politiques a tendance à croître d’élection présidentielle en élection présidentielle. Sous le règne de Michel Martelly, le bulletin va devoir faire un exploit pour contenir tous les prétendants si des regroupements ne se matérialisent pas en vue de réduire le nombre des candidats au scrutin présidentiel. Les 64 nouveaux partis, faut-il le rappeler, sont, avant tout, proches idéologiquement ou liés d’une manière ou d’une autre à Tèt Kale. L’équipe au pouvoir croit depuis la conférence d’El Rancho que le surnombre d’entités politiques est une bonne stratégie pour engloutir la démocratie représentative. Alors quand le Premier ministre et le ministre chargé des relations avec les partis politiques font mine d’encourager la réduction des acteurs politiques sur l’échiquier électoral, on se demande pourquoi Tèt Kale ne se contente pas de réunir ses tendances, ramifications, alliés et autres pions, le nombre des partis sera ainsi réduit de moitié. Quand on craint que le trop grand nombre de partis politiques risque d’handicaper les élections et d’enfler le budget du CEP, on accuse en premier Tèt Kale de ne pas vouloir la tenue de bonnes élections. Michel Martelly a-t-il cette lecture ? Autre constat : partout où ils passent, le président et ses alliés se comportent en candidats en campagne. Vendredi dernier, lors de l’inauguration de la place du Canapé-Vert, ce très petit joyau aux fleurs défraichies, le président n’a pas mâché ses mots ni ses conseils électoraux. Comme on doute fort que le Conseil électoral rappelle à l’ordre Son Excellence et ses proches, Michel Martelly se doute-t-il encore une fois qu’en hâtant la campagne, il se coupe de l’herbe sous les pieds ? Ce même vendredi, la décision kafkaïenne de la justice de Martelly de reverser l’enquête policière et la décision du juge d’instruction dans l’affaire dite « Baz Galil » laisse craindre une vassalisation totale de la justice. A la veille des élections, où un simple juge de paix peut, sur simple constat, priver un candidat de victoire le jour du scrutin, il faut se demander quel signal lance ce gouvernement. Quand on a toutes les cartes en main en période électorale, « on doit marcher sur son treize pour ne pas piétiner le quatorze des autres », comme dit le proverbe. Martelly et ses amis oublient ce principe cardinal. Le processus électoral peut déraper à tout moment au fur et à mesure que les passions vont s’exacerber. Et tout sera de leur faute, de la faute de leur appétit et de leur manque de clairvoyance.
Frantz Duval
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