Notre regard sur treize photographes

La seconde vie de Jean Marc Hervé Abélard

Diplômé en journalisme citoyen, en productions audiovisuelles et en photographie à Haïti Reporters, Jean Marc Hervé Abélard tient depuis 2011 les rennes de la section multimédia du Nouvelliste. Membre du Kolektif 2 Dimensions (K2D), fondateur de la compagnie MJAH_Foto_Graf_X, il publie dans Le Nouvelliste, l’Associated Press, Le Floridien, Washington Post, Yahoo News, France 24, Radio Canada, CBC news, The Daily Astorian, Le Devoir. En vidéographie, il collabore aussi avec Discovery Chanel, et l’Agence France-Presse (AFP).

Publié le 2015-02-20 | Le Nouvelliste

« La photographie est ma seconde vie. Elle est ce moyen de m’exprimer en image sur une situation, une réalité afin de proposer des changements. » Le Nouvelliste : Comment est-elle venue vers vous, cette écriture de lumière? Jean Marc Hervé Abélard : Gamin, je jouais déjà au journaliste reporter d’image. Toujours, j’avais en ma possession une petite boîte rectangulaire pour photographier les gens. Ce n’est qu’en classe de rhéto que j’ai enfin eu mes premières leçons de photographie. Des leçons que je devais laisser tomber un peu plus tard afin de me concentrer sur les examens d’État. Mais, après mes études universitaires à l’Académie nationale diplomatique et consulaire – où j’ai reçu une formation en sciences diplomatiques –; après un court passage au ministère des Affaires étrangères, tout a basculé. Il fallait choisir entre la photographie et la diplomatie. L.N : Maintenant que vous vous adonnez à la photographie, quel en est le risque? J.M.H.A : Celui de perdre ma vie. À La Saline, dans le cadre d’un projet collectif sur la Grand-rue, je devais travailler sur les marchés publics. Pour une vue d’ensemble de l’abattoir, je devais prendre hauteur. Demandai-je donc à un monsieur la permission de grimper sur le toit de sa maison. Après plusieurs clichés, j’entendis crier : « Apa misye ap fè foto m! Ou pa konn moun isit la, se voye yo voye w? Se espyon w ye? » Tout bascula. Quatre jeunes hommes armés de machettes et de pierres me demandèrent de descendre. J’obéis. Le monsieur qui m’avait accordé le toit s’adressa alors aux hommes, puis m’aida à sortir de l’abattoir. Les quatre hommes étaient des évadés de prison. Le samedi 17 janvier 2015, en pleine manifestation antigouvernementale, un agent de la Police nationale d’Haïti (CIMO) pointa sur moi son arme de calibre 12 puis tira. J’ai eu de la chance. Les projectiles ont survolé mon épaule et ne m’ont pas atteint. L.N : A l’ère du multimédia, tout le monde fait des photos en un clic. Sur son téléphone, sa tablette, son ordinateur portable, on capture l’évènement. Est-ce à dire que tout le monde est photographe? J.M.H.A : Non. Selon les différentes définitions associées à la photographie qui est une étude basée sur la lumière, je me permets de conclure qu’une personne munie de sa tablette, de son téléphone portable ou de son ordi est un déclencheur. Car être photographe, ce n’est pas posséder un appareil précalculé pour prendre ses clichés. On doit tenir compte de tous les critères tels que l’ouverture, l’iso, la vitesse d’obturation, le cadrage… L.N : Ils sont nombreux ceux qui font le même métier que vous. Sont-ils aussi nombreux, vos modèles? J.M.H.A : En Haïti, le photojournalisme est en pleine extension.Toutefois, nous ne sommes pas nombreux à l’exercer. Je saluerai donc le travail de Chéry Dieu-Nalio, Ramon Espinosa, Henry Cartier-Bresson, Andrés Martínez Casares, de feu Tony Bélizaire… L.N : Dans le cadre de l’exposition « Notre regard » qui a pris fin le 12 février dernier, quel regard portez-vous particulièrement sur Port-au-Prince? J.M.H.A : Les enfants des rues. Les « pou lari a », comme on les surnomme. J’ai fait de Vlad mon modèle mais ils sont nombreux à gagner les rues à la recherche d’une vie meilleure. Mon regard s’est posé sur les difficultés qu’ils ont pour subvenir à leurs besoins; sur l’incapacité de l’État, en l’occurrence la Brigade de protection des mineurs et le Bien-être social, face à cette situation.
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