Mme Franck Paul, une dompteuse des vents contraires

PUBLIÉ 2015-01-09
Si le collège du Canapé-Vert s’est relevé de sa destruction provoquée par le séisme, c’est grâce à la volonté et à la passion sans borne pour l’éducation de Mme Franck Paul. Si la reconstruction traîne, ce n’est pas de sa faute, mais celle de la firme qui s'en charge qui tarde à livrer la marchandise. Ticket vous relate le combat d'une femme engagée.


De haute taille, verres épaisses, l'air sévère, Mme Franck Paul est le portrait type de l'éducatrice. Elle parle avec douceur de son parcours de combattante, notamment depuis le séisme qui a emporté son école sis à l'angle de Bois-Patate et de la rue Renne et plusieurs centaines de vies qui s’y trouvaient ce jour-là. ¨On ne meurt pas avant son heure !¨ ¨On ne meurt pas avant son heure !¨ C’est l’accroche de son récit du séisme. La dame se rappelle que les secousses meurtrières l’ont surprise au deuxième étage de sa résidence qui en comptait trois. ¨J’ai immédiatement su, raconte-t-elle, qu’il s’agissait d’un séisme et quel comportement adopter, parce que j’écoutais Claude Prépetit religieusement.¨ Mme Franck Paul s’est précipitée dans la cour, pour constater qu’en un rien de temps, les trois étages se sont transformés en club sandwich écrabouillé. L’un de ses fils qui se tenait au dernier étage a pu sortir habilement des décombres sans la moindre fracture. Mme Franck Paul, avant même de trouver ses sens, est accourue chez sa sœur aînée qui n’habitait pas trop loin pour vérifier que tout allait bien. C’est là qu’on a appris à la fervente directrice que son école a été complètement démolie. Trop d’émotions pour une seule après-midi, on lui conseille de s’y rendre le lendemain. Quand agir n’est point possible ¨Tout ce qui restait de mon école, ce n’était qu’un tas de gravats sous lesquels étaient immobilisées des centaines de personnes¨, témoigne-t-elle. Face à cette pile de débris, elle n'a pas pu trouver d’aide efficace pour aider à sauver quelques vies. Si Mme Franck Paul ne dénombre aucune victime parmi ses élèves, elle déplore encore la disparition de plus d’une centaine d’étudiants de l’École normale ¨Pour la vie¨ qui était logée en ses locaux ainsi que des participants à une formation baptisée FIA (Formation Initiale Accélérée). Plusieurs professeurs qui, sont selon elle, des monuments de l'école. La directrice cite Anthony Boucard, Christelle Voltaire, Nicole Régis, Lucner Gédéon, Wilfrid Brignol, le charismatique censeur de l’établissement. Parmi les quelques miraculés, on compte Jacques François, qui a pu se dégager des décombres au bout de quatre heures d’efforts. La passion comme outil pour dompter le malheur En attendant la réouverture officielle des classes en mars 2010, Mme Franck Paul s’était trouvé un jeu de patience. L’éducatrice a organisé avec quelques amis une sorte de camps pour des enfants de la zone ; elle leur apprenait à chanter, à dessiner, en un mot à s’amuser pleinement. La directrice a dû reculer l’ouverture de son établissement quand elle a reçu une dizaine de hangars de la part de FAES. Sous ces structures provisoires, l’école a pu tenir deux ans avant de passer à la reconstruction. Depuis le séisme, l’une des meilleures surprises qui ont été faites à Mme Franck, c’est un coup de fil des Assurances Léger S.A. On lui rappelle presqu’à sa surprise, qu’en tant que mandataire d’une assurance tous risques qu’elle a droit à 250 000 dollars de primes. Une annonce qui donne des ailes à son désir de reconstruction. Pour amorcer les travaux, la battante a rassemblé la même somme grâce à des prêts contractés auprès d’une banque commerciale et des dons de ses fils. Elle a également fait l'acquisition d'un terrain juste à côté qui appartenait à l'ancien président Avril. Une reconstruction lente S’il ne tenait qu’à la directrice le collège du Canapé-Vert serait bel et bien fini. Mis en chantier en mai 2013, le bâtiment n’a de bon à ce jour que la structure métallique. Mme Franck Paul en veut à la firme qui lui a promis de tout régler en quatre mois, avant l’ouverture des classes en 2013. La propriétaire nous révèle que le bâtiment ne disposait pas de plafond, ni de parquet, ni de toilettes, ni d’accessoires électriques… Les jours de pluie, il arrive qu’on constate en moyenne 20 cm d’eau au rez-de-chaussée ! Ces manquements l’ont donc contrainte à ne pas célébrer les 40 ans de l’école tout au long de l’année 2014 ! La firme, en plus de tergiverser, lui exige une somme additionnelle faramineuse pour terminer le travail en dépit du fait qu’elle a versé les deux tiers du premier devis. Une marque de sans-gêne, selon Madame Franck Paul qui rêve grand pour son institution. La foi, son seul bouclier pour l’avenir Mme Franck Paul n’a pour l’heure que l’optimisme pour croire qu'un jour son école sera dotée de toutes les infrastructures dont elle rêve. C’est-à-dire, une bibliothèque ouverte aussi à d’autres écoles, un auditorium de 500 places, une cafétéria... La directrice dit demander une seule chose à l’État : d’auditionner et de superviser les travaux de reconstruction des firmes dans les écoles privées qui avancent trop lentement, selon elle.



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