Occupation américaine et résistance haïtienne

D'ici et D'aujourd'hui

Publié le 2015-01-15 | Le Nouvelliste

Culture -

A l’heure du centenaire de l’occupation américaine- 28 juillet 1915 au 21 août 1934 -, je me suis penché depuis quelques mois sur quelques ouvrages y relatifs. Le tout premier - « La Résistance haïtienne» de Dantès Bellegarde (1937, 1re édition, Librairie Beauchemin Ltée, Montréal, Canada) – nous fait redécouvrir un témoin suffisamment réaliste pour être vrai, et un acteur suffisamment engagé pour ne pas l’oublier. Ministre de l’Instruction publique et des Cultes sous Dartiguenave (1918-1921) et diplomate à Paris et à Washington, Dantès Bellegarde, d’une finesse et d’un talent extrêmes, était donc bien placé pour se pencher sur « ces temps douloureux», comme il l’avait écrit avec justesse. Ces temps pas si lointains!... « La Résistance haïtienne (L’Occupation américaine d’Haïti)» est un modèle du genre dont il restitue les modes d’emploi les plus horribles à travers les faillites et les malheurs collectifs. D’abord parce qu’il connaissait mieux que d’autres, avec son intelligence affutée, le socle des événements tragiques qui ont culminé au 28 juillet 1915 – embrassant la période de 1492 à 1914 ; pour preuve, l’esprit de synthèse et critique mis à contribution pour présenter en quelques pages cette saga à la fois exaltante et piteuse, mais Dantès Bellegarde n’était pas un «patriote démagogue», un nationaliste hystérique, encore qu’il n’oubliât rien et n’excusât rien, ni nos turpitudes ni nos irresponsabilités. Ensuite parce que, suivant un angle sagace et serein, il a pu arriver à saisir et à cristalliser les divers crises, gâchis, catastrophes, impasses « de l’époque qui porte désormais dans l’histoire d’Haïti le triste nom d’Occupation américaine». Parmi lesquels, il faut citer la Constitution de 1918, la corvée et ses excès meurtriers, l’Emprunt de 1922, la Commission Forbes, la Restauration du gouvernement national. Et si la force de Dantès Bellegarde dans l’expression provenait de ses fulgurantes qualités d’observateur privilégié et d’homme de lettres ? Non sans efficacité, avec un certain succès, résumer en moins de 200 pages – 175 au juste – cette période maudite de notre vie de peuple turbulent et futile relève de l’exploit.

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