Conférence-débat/FOKAL/CLIO

Quel modèle de financement des soins de santé pour Haïti ?

La santé est-elle une priorité pour l’Etat haïtien ? Quel système de santé pour quelle société ? Comment arriver à atteindre la couverture universelle ? Ces questions, entre autres, ont été posées mercredi au cours d’une conférence-débats sur le financement de la santé en Haïti à la FOKAL qui organisait l’activité conjointement avec la Commission santé du Cadre de liaison inter-ONG (CLIO).

Publié le 2014-10-31 | Le Nouvelliste

Après sa première conférence-débats en juillet dernier sur le droit à la santé, la CLIO a décidé d’organiser sa deuxième sur le financement de la santé. Cette conférence se voulait « une contribution au débat sur la définition du modèle de financement que l'on veut pour Haïti, à quel coût et pour financer quel système de santé ». Le sénateur Francisco de la Cruz, vice-président de la commission Santé au Sénat, le Dr Jean-Patrick Alfred, directeur adjoint de l'Unité d'évaluation et de planification du Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) et Ludovic Queuille, conseiller en politique et stratégie de financement de la santé en appui au MSPP- OPS/OMS/P4H, ont été invités à partager leur vision sur la question. Avec un budget dont 65% dépend de l’international, Haïti n’a, en réalité, aucune autonomie pour réguler et coordonner les systèmes de financement de la santé dans le pays. « Il y a une faiblesse dans la régulation et la coordination des systèmes de financement de la santé en Haïti », a affirmé le Dr Jean-Patrick Alfred, admettant que l’Etat haïtien n’a pas pu mettre beaucoup d’argent dans le financement de la santé. En 2008, Haïti, a souligné le Dr Alfred, a dépensé 15 dollars par habitant pour la santé alors que, pour cette même année, le Burkina Faso, qui avait la même taille de l’économie, a dépensé 37 dollars. La République dominicaine, à côté, en a dépensé 151 dollars par habitant et Cuba 1 089 dollars. « Nous avons un système de santé qui est faible par rapport à ce que nous voulons avec des prestations inefficaces de service. Car on a une pénurie en personnel de santé, tant en qualité qu’en quantité. Des systèmes d’information faibles (…). On va réfléchir sur une politique et des stratégies très claires pour le financement de la santé », a indiqué le directeur adjoint de l'Unité d'évaluation et de planification du MSPP. Forte dépendance de l’assistance externe, taux élevé du chômage, inégalité, exclusion… sont quelques-uns des problèmes évoqués. L’objectif, a souligné le Dr Alfred, est de « faire plus et mieux avec moins ». Pour le sénateur Francisco de la Cruz, la question est surtout politique. « Quel choix faire ? Politique, économique, social ou culturel ?, s’est demandé le vice-président de la commission Santé au Sénat. C’est surtout le choix politique qui prime dans notre cas. Certains ministères ne sont pas la priorité du gouvernement. A titre d’exemple, le budget de certains ministères a doublé contrairement à d’autres de plus grande importance. On peut prendre l’exemple du budget du ministère de la Culture qui a doublé au cours du dernier exercice fiscal. » Le sénateur du Centre, déplorant la mauvaise répartition du budget, a aussi critiqué le fait qu’il y a une réduction dans le fonds d’investissement du MSPP alors que celui du fonctionnement augmente. « Là encore, c’est parce qu’il y a une politisation du système », a soutenu le parlementaire devant une assistance composée en grande partie des acteurs du système. Des participants n’ont pas manqué d’évoquer leur scepticisme sur la capacité d’Haïti à redresser la barre. Certains se sont même demandés si la santé est une priorité pour l’Etat haïtien. Car le modèle dominant de financement de la santé demeure le paiement direct des consultations, médicaments et examens par les ménages. « Dans le contexte de pauvreté extrême d'un grand nombre de ménages, ces coûts sont trop élevés et rendent les services de santé inaccessibles à une trop grande partie de la population. La qualité des services de santé représente également une grande difficulté dans un contexte où les budgets de l'État sont insuffisants pour la garantir », analysent les responsables, qui plaident pour une politique favorisant l’accès aux soins de santé. « Il faut une vision claire, et on a un choix social à faire », a avancé le sénateur Francisco de la Cruz, qui plaide aussi pour une loi sur la gouvernance du système avec un leadership orienté. « Il faut un modèle adapté à notre réalité et aussi un budget défini en fonction des priorités », estime le parlementaire avant d’ajouter plus loin : « Il faut qu’il y ait une dépolitisation du système, ça va aider grandement. » Par ailleurs, selon les données disponibles, seulement 4% de la population aurait une couverture assurance-santé.
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