Compagnie de théâtre AMI : 7 années de passion et d'engagement

PUBLIÉ 2014-10-22
C’est avec une équipe dynamique partageant la même conception du théâtre vivant et accessible que la compagnie de théâtre AMI souffle ses sept bougies. Ayant à son actif sept grands spectacles et bon nombre de mini spectacles, la troupe poursuit fièrement son aventure avec un théâtre dépourvu d’artifice et d’illusion, où la société haïtienne est présentée sous toutes les coutures. Le Nouvelliste a rencontré Patrice Daniel Frédéric, cheville ouvrière de la compagnie.


Parlez-nous un peu du parcours de la compagnie. La compagnie a vu le jour le 13 octobre 2007. Mais l’aventure a commencé bien avant. C’était le 23 novembre 2003, quand j’avais décidé de mettre sur pied le Club Jeunes Créatifs du collège Saint-Pierre, avec l'encouragement de madame Esther Juste, notre directrice d’alors. Je venais à peine de terminer mes études classiques et je voulais partager avec les autres tout ce que j’avais appris sur le théâtre à l’école. Au sein de ce club, nous faisions du théâtre engagé. Et quatre ans après, la première promotion du club a terminé ses études classiques. Alors, par amour de la scène, nous avions décidé ensemble de former AMI. Et nous avions eu notre premier grand spectacle, « Noël n’est plus l’amour ! », chez les sœurs de Sainte-Rose de Lima, en moins de deux mois ! Le public était satisfait. Depuis, nous n’avions plus voulu nous arrêter. Six mois après, nous avions présenté, encore chez les sœurs, « Cercle infernal », un nouveau spectacle. Puis nous avions eu une représentation à Jacmel. Depuis, nous nous sommes donné comme défi de réaliser au moins deux grands spectacles par an. Six ans après, nous avions quitté l’auditorium de Sainte-Rose pour présenter nos grands spectacles partout dans la capitale : au restaurant Le Villate, au Palais municipal de Delmas, à l’hôtel Montana et chez les Sœurs Salésiennes. Comment a été le début ? Les débuts ont été durs mais tout aussi passionnants. Réaliser des spectacles avec des jeunes à peine sortis de l’école classique, avec leur lot d’indiscipline, de folies et de besoins, c’était presque la mer à boire. Cependant l’amour pour le théâtre était plus fort. Les spectacles étaient toujours déficitaires. On dépensait beaucoup d’argent, consacrait notre énergie à investir la scène, et en retour, on ne gagnait que des applaudissements et des dettes énormes. Mais quelque part, il y a un Dieu pour les artistes… et l'important est de vivre son rêve. Faites-nous un bilan des spectacles présentés et surtout la façon dont ils ont été reçus par le public. En sept ans, nous avons eu sept grands spectacles et bon nombre de mini spectacles que nous avons réalisés à travers « Ô Théâtre » et d’autres manifestations culturelles. Ces grands spectacles sont : « Noël n’est plus l’amour ! » ; « Cercle infernal » ; « La vie a vaincu la mort » ; « Les masqués » ; « Jugez-nous ! » ; et « Fais-le ! ». Ces pièces ont été jouées et rejouées. Nos spectacles ont toujours été chaudement acclamés par le public. Et ce qui fascine le spectateur, c’est la réalité poignante que dépeignent les scènes. Les émotions qui s’expriment sur la scène leur font à la fois rire et pleurer. Et c’est là qu’ils deviennent accros. Car rien n’est plus vrai que les sentiments. Du collège Saint-Pierre aux scènes nationales, quelle leçon tirez-vous de cette expérience ? La leçon que j’ai tirée de cette expérience est de ne jamais abandonner. Le secret de la réussite et du succès demeurent dans le travail assidu et bien fait. Le travail, cela paie toujours. Après sept ans, peut-on dire que la compagnie a trouvé son public ? Oui, absolument. La compagnie a des amis fidèles qui répondent toujours en foule à ses rendez-vous et demandent toujours de nouveaux spectacles... Ce qui ne sous-tend pas qu’il n’y a plus de place pour de nouveaux fans ! Loin de là, nous rêvons d’avoir tout le pays à nos spectacles. Quelles relations entretenez-vous au sein d’AMI ? La relation entre les membres de la compagnie est avant tout plus amicale que professionnelle. Les membres s’adorent. Ils partagent leurs joies comme leurs soucis. Avec AMI, c’est toujours un rendez-vous avec des histoires vraisemblables. On se rappelle le collège Mathon de « Les masques ». Y a-t-il une raison pour laquelle la compagnie adopte un tel idéal ? Dès notre fondation, on s’était donné comme objectif de dénoncer les problèmes sociaux qui gangrènent notre pays. Et dans notre environnement, ce ne sont pas ces types de sujet qui manquent. Ces genres de problèmes pullulent et fort souvent la jeunesse en est la première victime. Alors on a cru bon de tenir ferme à notre objectif afin d’appeler nos compatriotes à un changement de comportement. Comment se fait le choix des acteurs et actrices pour les spectacles ? Le choix des acteurs sur les rôles se fait toujours, bien sûr, par des auditions au sein de l’équipe. C’est quasiment une grande compétition. Au moment des ateliers préparatifs du spectacle en cours, le profil des personnages est présenté ainsi que les intrigues. Et de là, les acteurs se donnent, en improvisant, dans la création de ces personnages. C’est à partir de là que chacun gagne son rôle. Il est vrai que le travail n’est pas facile, car les acteurs de la compagnie de théâtre AMI forment toujours une seule chair avec leurs personnages. Comment évoluent les acteurs au sein de la compagnie ? Les acteurs y évoluent bien et vite. Ils commencent à s’ouvrir à des projets autres que ceux de la compagnie. Plusieurs voyagent pour des résidences de théâtre, de danse, d'écriture. Certains sont très sollicités pour les spots commerciaux télévisés et quelques-uns prêtent aussi leur voix à des spots audio. Quel est l’apport du groupe à la société haïtienne et surtout au théâtre haïtien ? Notre combat a toujours été de mettre la réalité haïtienne sur la scène afin mettre les jeunes en garde face à certains pièges. Suivant le feedback, le message a été reçu. À la société haïtienne, je pense que nous avons beaucoup apporté. Bien des gens nous ont confié qu’ils ont été soulagés de certains traumatismes après avoir vu nos spectacles. Après le 12 janvier, nous sommes allés en tournée dans les camps pour offrir des sketchs aux victimes, leur redonner goût à la vie. Et pour le théâtre haïtien, nous essayons toujours de garder le flambeau allumé en étant toujours à l’affiche au moins tous les six mois. Comment la compagnie compte-t-elle souffler ses sept bougies ? Quel est le menu prévu ? Pour nos sept ans, nous avons décidé d’offrir trois spectacles à notre public. Le 26 octobre, nous offrons une manifestation culturelle baptisée Ô Théâtre, où nous présenterons quatre sketchs. Ce sera au restaurant Café des Copains, au Bois-Verna, dès 5 h pm. Le 16 novembre, dès 5 h pm, à l’Institut haïtiano-américain, nous présenterons « Sara », un spectacle pour adultes, où tout se jouera entre sexe et amour, entre autres. Et le 7 décembre, à Le Villate, nous adapterons la pièce « 8 femmes » de Robert Thomas. Avez-vous eu des difficultés sur votre parcours ? Quels ont été les plus grands défis ? Oui, nous avons rencontré pas mal de difficultés sur notre chemin. Qui n’en trouve pas ? Les plus grands défis ont toujours été de lancer un projet de spectacle sans sponsors, et de pouvoir répondre au fur et à mesure aux besoins. Ne parlons pas de la vente des billets pour combler la salle... Envisagez-vous d'autres projets ? Oui. Surtout avec « Sara ». Avec ce spectacle, nous envisageons de faire le tour du monde. Nous l’avons conçu simple et léger, contrairement à nos anciens spectacles qui, d’habitude, sont très lourds. Avec « Sara », nous nous lançons dans un projet osé mais prometteur. Un mot pour les fans d’AMI et les lecteurs de Ticket ? Aux fans d’AMI, nous disons que nous les aimons beaucoup. Nous existons pour eux, nous luttons pour leur faire plaisir. Nous leur demandons de ne jamais nous abandonner. Aux lecteurs de Ticket, particulièrement ceux qui ne nous ont pas encore vu jouer, nous les invitons à venir apprécier nos talents. Car nous découvrir, c’est nous adopter !



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