DEMISSION

Edo Zenny à la peine pour faire sauter le Sénat

Si le sénateur Wencesclass Lambert dit vouloir rejoindre le sénateur Edwin Zenny, il accorde un délai de 15 jours aux sénateurs du groupe des six pour voter la loi électorale, dans le cas contraire il présentera sa démission comme sénateur pour rendre dysfonctionnel le Sénat avant la date fatidique du 2e lundi de janvier 2015. Entre-temps, des sénateurs voient « la main de l’exécutif » derrière cette demarche et Edo Zenny ne trouve pas grand monde pour l'accompagner dans sa démission collective.

Publié le 2014-08-26 | Le Nouvelliste

La campagne de charme menée par le sénateur Edwin Zenny, ami personnel du président Martelly, auprès du groupe des cinq sénateurs proches du pouvoir pour une éventuelle démission en bloc en vue « de faciliter l’organisation des élections » suit son cours au niveau du Grand Corps. Après le premier sénateur du Sud-Est, son collègue Wencesclass Lambert est le deuxième à s’allier publiquement à une telle proposition. « Le Sud-Est est un et indivisible, a balancé le sénateur Wencesclass Lambert, défenseur farouche du chef de l’Etat. C’est-à-dire, je suis automatiquement lié par la décision de mon collègue. Je suis resté accroché dur comme fer à mon mot. Si rien n’est fait pour voter l’amendement de la loi électorale, je donnerai ma démission. Les sénateurs ont un délai de deux semaines pour se décider. Sinon, dans 15 jours le pays va connaître une manifestation politique à nulle autre pareille… » Au cas où il y aurait la démission d’au moins cinq sénateurs sur 20, le Sénat sera dysfonctionnel, et ne pourra en conséquence adopter aucune décision valable. Les tenants de cette proposition disent envisager de recourir à cette option pour contourner les sénateurs du groupe des six hostiles au vote de l’amendement de la loi électorale en souffrance depuis des lustres au Grand Corps. « Nous avons environ six mois depuis que nous pataugeons en tirant la corde, a justifié Wencesclass Lambert. L’exécutif a, pour sa part, fait beaucoup de concessions. Le Sénat est constitué de 20 sénateurs et non de six. Six hommes ne peuvent pas vassaliser un Sénat. » Ce qui compte pour le petit frère de l’ex-sénateur Joseph Lambert, c’est le pays et non lui-même. « Les hommes et les femmes du Sud-Est sont des gens responsables. Ils font confiance àleurs sénateurs. Ils savent qui ils envoient ici pour les représenter. Je défends le Sud-Est… » Lucas Sainvil se désolidarise Contrairement à la rumeur associant le sénateur François Lucas Sainvil , lui-aussi membre du groupe des cinq aux côtés de ses collègues Edwin Zenny, Wencesclass Lambert, Lucien Derex Pierre Louis et Jean-Willy Jean-Baptiste à cette entreprise, ce dernier s’en est catégoriquement démarqué. « Je ne crois pas que la démission d’un sénateur soit la meilleure stratégie pour pallier la crise politique actuelle, a estimé l’élu du Nord-Ouest. Je peux prendre n’importe quelle décision, mais pas celle de démissionner. Dans la politique, chaque acteur a sa propre méthode, sa propre stratégie face à une situation. Au niveau du Sénat comme assemblée politique, je ne suis contre aucune stratégie utilisée. » Puisque ses mandants, sa population attendent quelque chose de lui, Lucas Sainvil dit avoir mal vu l’idée de quitter le Sénat avant l’accomplissement de son mandat de six ans qui prendra fin en 2017, arguant que tous les départements n’ont pas la même réalité. « A ce niveau, je ne vais pas laisser de mauvais exemples pour ma famille, mes enfants et mes amis. Le sénateur Edo a consulté tous les sénateurs du groupe des cinq sur cette proposition. En ce qui me concerne, je lui ai clairement dit que cela ne constitue pas une priorité pour moi. Je peux l’accompagner dans d’autres choses mais pas dans une entreprise pareille. Il y a plusieurs options », a-t-il souligné, précisant qu’il s’allie de préférence à l’idée de mettre en application l’article 12 de l’Accord d’El Rancho si le Sénat ne vote pas les amendements à la loi électorale. Des sénateurs enflammés Parallèlement, l’entreprise du sénateur Zenny appuyée publiquement par son collègue du Sud-Est enflamme davantage le Sénat. Alors que le président du Grand Corps, Simon Dieuseul Desras, a qualifié les initiateurs de cette démarche de « Conzé », il dit attendre de pied ferme l’éventuelle lettre que les futurs sénateurs-démissionnaires auront à acheminer au bureau du Grand Corps. « La lettre responsive sera tellement pimentée qu’ils n’auront jamais le plaisir de la lire devant la postérité », prévient le sénateur Desras, très amer contre ses collègues tout en appelant les sénateurs de l’opposition à statuer sur l’amendement de la loi électorale. Sans pourtant le dédouaner, le sénateur Anick Francois Joseph croit que la proposition n’est pas du sénateur Edwin Zenny. « C’est un projet de l’exécutif. Le sénateur Edwin Zenny n’est pas maître de lui-même. Il ne peut pas prendre cette décision à lui seul. C’est une chose bien concoctée. On parle de 5 millions de gourdes à chaque sénateur en échange de sa démission. D’autres parlent de 300 000 dollars américains. » Le sénateur de l’Artibonite élu sous la bannière de l’OPL reconnait qu’avec une telle décision le Sénat se trouvera dans une situation difficile. Puisqu’il ne pourra pas avoir de quorum pour se réunir en séance plénière. Il ne pourra pas voter de lois ni prendre aucune décision. Mais les sénateurs restants resteront avec leurs privilèges jusqu’à la fin de leur mandat. « C’est bien malheureux que certains sénateurs n’aient analysé les conséquences de leur décision éventuelle. Ils ne vont certainement pas aider l’exécutif en prenant la décision de démissionner. Le premier problème à poser c’est qu’une fois le Parlement est là il n’y a pas de possibilité de gouverner par décret. Même avec un seul sénateur dont le mandat n’est pas encore arrivé à terme, le Parlement restera bel et bien debout… » Dans son style propre, le bruyant sénateur Jean-Baptiste Bien-Aimé ne contredira pas son collègue de l’Artibonite. Pour lui, le sénateur Edwin Zenny « est un ami personnel du président Martelly qui n’a jamais caché son intention de faciliter la tâche à ce dernier de diriger par décret ». L’occasion pour le farouche opposant à Michel Martelly de tirer à boulets rouges sur ce dernier. « Depuis son accession au pouvoir, le président Martelly a toujours considéré le Parlement comme son principal adversaire », a-t-il dit pour accuser la main du chef de l’Etat derrière la demarche entreprise par Edwin Zenny. Le fait que, poursuit le parlementaire, le président Martelly n’a jamais réalisé des élections pour compléter le Sénat depuis environ trois ans, cela a facilité l’existence du groupe des six sénateurs pour le pressurer en ce qui a trait à l’organisation des élections, à combattre la corruption dans la fonction publique, à forcer le gouvernement à rendre compte de sa gestion devant le Parlement… « Les six sénateurs sont considérés comme des éléments gênants, croit savoir Jean-Baptiste Bien-Aimé. Alors qu’il n’a réalisé aucune élection en trois ans, le président Martelly a organisé plus de six carnavals. Dans sa velléité de tout contrôler, le président Martelly, avec le support de la communauté internationale qui veut doter le pays d’une nouvelle Constitution, veut organiser des élections dans de mauvaises conditions pour nommer des députés et des sénateurs. Ils montent un Conseil électoral en dehors de la loi sans respecter l’esprit de l’article 289 de la Constitution. Ce CEP n’inspire pas confiance. Le président a le contrôle d’au moins deux tiers de ses membres…. » Le groupe des six, selon lui, ne fera pas marche arrière dans sa position initiale. Car, dit-il, nous avons la Constitution comme notre boussole. « Nous exigeons la formation d’un CEP selon l’esprit de l’article 289 qui aura à proposer une loi électorale… » Il assimile, par ailleurs, la proposition de démission à une sorte de pression pour porter le groupe des six à voter l’amendement de la loi électorale. Mais il indique que ce projet ne date pas hier dans la mesure où « le groupe des cinq sénateurs proches du pouvoir avaient déjà eu des négociations sur leur éventuelle démission en échange de plusieurs millions de dollars américains. Mais cela avait mal fini. C’est la raison pour laquelle ces sénateurs n'ont pas encore démissionné… ». Qualifiant les sénateurs en question de « vendeurs de mandat », le sénateur Bien-Aimé estime que même s’ils démissionnent, le Parlement ne sera pas inopérant, car les autres sénateurs resteront en fonction jusqu’à la fin de leur mandat. Toujours selon le parlementaire, « on nous [ groupe des six] menace de retirer notre visa américain pour avoir fait échec à l’Accord d’El Rancho commandité par la communauté internationale… »
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