Quelle leçon apprendre de Taïwan ?

À Taiwan, l’agriculture en général, le riz en particulier, sont des affaires sérieuses. La délégation haïtienne a pu s'en rendre compte en visitant mercredi la station de recherche et de vulgarisation agricole du district de Taichung dans le centre de l’île.

Publié le 2014-04-24 | Le Nouvelliste

On y pratique de la recherche pour améliorer les variétés agricoles et, sur place, les fermiers viennent maîtriser les dernières découvertes. De l’étude des sols à la réalisation d’équipements adaptés pour optimiser chaque culture, toute l’agriculture est dorlotée à la station. Génie génétique, semence améliorée, impact des pesticides et engrais, résistance aux maladies, à la sécheresse, toutes les variables sont à l'étude. Des expériences menées ici sont appliquées par les missions agricoles taiwanaises déployées dans les pays amis de l'ex-Formose. Haïti est bénéficiaire de ces avancées, des découvertes survenues à Pont-Sondé ou à Torbeck sont partagées avec le monde. Mais revenons au riz. Cette céréale est une affaire sérieuse à Taïwan. On le mange à toute heure. Sous la forme d’une bouillie, aromatisé, nature, mélangé aux viandes, en boulette, en gâteaux, sous la forme de nouilles ou d’alcool, le riz est omniprésent. «Nou paka parèt devan yo.» Pourtant, ce n'est pas la recherche de pointe ni les présentations culinaires qui frappent le plus. Tout se joue dans le secret des laboratoires ou dans le creuset des cuisines. Ce qui frappe, c’est la présence partout de champs de riz. Les pieds dans l'eau boueuse des rizières ou juché sur un tracteur, dès qu'on laisse l'aéroport international de Taoyuan, ou qu'on sorte de Taipei, ce sont ces agriculteurs et ces microchamps de riz qui forment le décor le plus étonnant. Il y en a partout. Peu d’hommes mais beaucoup de champs. Certaines surfaces cultivées font la superficie d'un terrain de tennis, d'autres s'étalent à perte de vue. Le riz est partout. Normal. Ici , on le consomme du matin au soir. On le mange. On le cultive. Cette omniprésence d’un bien ou d’un service est la norme dans toutes les contrées du monde: à Las Vegas vous ne descendez pas de l'avion que déjà une machine à sous manchot vous tend son bras valide. Le vice est partout et le parfum du péché est enivrant à souhait sous les néons de la ville. À Bordeaux, tout tourne autour du vin. Les distributeurs de cola ont la concurrence des distributeurs de grands crus. Le vin se vend en verre comme en domaine sur ces terres-là. Boire est un art à Bordeaux. Un devoir. Mettre la vigne en avant, un sacerdoce. Le football n'est pas un simple sport au Brésil. Vous sortez des limites de l'aéroport de Rio de Janeiro que déjà s'offre à votre curiosité la virtuosité des passeurs de balle. Trois heures du matin sur une plage de Copacabana les parties de foot entre deux camps ne s'arrêtent pas. Ils sont bons les Brésiliens. Ils s'adonnent au football sans arrêt. Allez à New Orléans, toute la ville bruite de musiques. Le jazz oui, mais la musique partout. Tout tourne autour des légendes, des histoires, de ce parfum de liberté et de création indispensables à la bonne compréhension de ce que c’est qu'une passion. La musique est une industrie sur les bords du Mississipi plus qu’ailleurs. Elle y a une âme. Le riz, la musique, le football, les jeux de hasard, le plaisir, nous aussi Haïtiens, nous nous glorifions de les aimer. Mais comment ? Nous ne nous enflammons que pour les matchs des autres, mangeons le riz des autres, buvons le vin tiré d’ailleurs, cherchons fortune et plaisirs en nous enchaînant à des maîtres qui ne nous veulent pas toujours du bien. S’il y a une leçon à apprendre de Taïwan, c’est celle-là. Quand on aime, on se sacrifie à son amour. On se met à son service. On ne fait pas comme si. Shei Shei Taïwan. Merci.
Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter: @Frantzduval Auteur

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