Crise à l’ONA, la situation n’a pas changé

Les activités sont toujours paralysées au niveau des succursales de l’ONA à Delmas 17 et à Pétion-Ville, malgré les recommandations du CAOSS. Déterminés, les employés ne jurent que par la mise à pied du directeur général, Bernard Desgraff. Entre-temps, tous les services sont au point mort, y compris celui de la pension.

Publié le 2014-04-09 | Le Nouvelliste

Mercredi 9 avril. 12 h 32. A l’entrée de la succursale de l’Office national d’assurance vieillesse à Delmas 17, des agents de différentes unités de la Police nationale d’Haïti (PNH) montent la garde. L’accès de l’institution est interdit à tout visiteur. Des groupes d’employés sont massés çà et là. C’est le même décor devant cet immeuble de l’ONA depuis plus de trois semaines. Conséquence d'un bras de fer sans précédent opposant le DG de l'institution et les employés qui réclament sa révocation et son arrestation pour ce qu’ils appellent « mauvaise gestion » et « malversation ». Alors que le Conseil d’administration des organes de sécurité sociale (CAOSS) a récemment fait des recommandations afin de résoudre le problème, la situation n’a visiblement pas évolué. En effet, dans une note du 7 avril 2014, le CAOSS enjoint à la direction générale de l’ONA de mettre en œuvre des mesures administratives et légales devant conduire à un climat d’apaisement et à la reprise des activités dans tous les annexes et bureaux régionaux de l’ONA dans un bref délai et dans les meilleures conditions possibles. Il lui demande en outre de surseoir à tout mouvement de personnel (révocations, transferts et autres) jusqu’à nouvel ordre et de créer une cellule de crise incluant la direction générale, les cadres techniques et une représentation des employés contestataires. Aux employés, le CAOSS recommande de reprendre le chemin du travail dans le respect des normes administratives et légales et de désigner leurs représentants pour faire valoir leurs revendications dans la cellule de crise. Cependant, certains employés rencontrés aux abords de l’institution à Delmas 17 ont avoué n’avoir pas eu vent de ces mesures. D’autres, très acides contre leur DG, estiment que la situation ne relève point de la compétence du CAOSS envers lequel ils n’étaient pas du tout tendre. « CAOSS et Desgraff se marasa, se menm plim menm plimay », a déclaré Pierre Martin Jean Bréville, qui se présente comme le vice-président du syndicat des employés de l’ONA. « Nous n’avons rien à voir avec le CAOSS, a-t-il renchéri. Parce que depuis huit mois ses membres ont été investis dans leurs fonctions, ils ne sont jamais venus à l’ONA lorsque la résolution prise à l’unanimité au Sénat avait exigé le départ de M. Desgraff pour des actes de malversation et de corruption », a-t-il dit, notant que « le mouvement continuera jusqu’à ce que le président de la République décide de placer un autre directeur à la tête de l’ONA ». Pour Dieuvelice Pierre, qui travaille au service de sécurité à l’ONA, « il est déjà trop tard pour continuer à travailler avec le DG Desgraff considéré comme un « dictateur ». « Si nous acceptons de continuer à travailler avec lui à la tête de l’ONA, il va en profiter pour prendre sa revanche sur nous. M. Desgraff est un dictateur, il révoque des employés, les transfère de manière arbitraire… De plus, il a supprimé tous les avantages des employés, tels le prêt sur salaire, l’assurance santé… », a souligné l’agent de sécurité, indiquant que la mobilisation gagne actuellement tout le pays. A l’annexe de Pétion-Ville, située à l’angle des rues Rigaud et Vilatte, la situation était quasiment semblable à celle observée à Delmas 17. Des agents de la PNH étaient postés devant la barrière fermée du bâtiment. Pour avoir fermé l’institution pendant plus de 72 heures, « Bernard Desgraff n’a plus de légitimité pour gérer l’ONA », a argué un employé qui ne voulait pas révéler son identité. « Juridiquement, pousuit-il, il n’avait pas le droit de fermer la boîte pendant plus de 72 h. Après 15 jours de fermeture, nous ne nous sentons plus en confiance pour continuer à travailler avec lui. Il doit donc partir. » Il (l’employé) a, par ailleurs, dit avoir confiance dans l’Unité de lutte contre la corruption et dans les nouveaux membres installés à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif pour faire un audit à l’ONA et en publier les résultats, afin de vérifier les accusations portées contre le directeur général Bernard Desgraff.
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