SAKALA : des jeunes de Cité Soleil vivent un rêve…

Nou Pou Nou/Développement communautaire Avec l’opération « Bagdad », les habitants de Cité Soleil vivaient leurs pires moments en 2006. Pour sauver des enfants et adolescents utilisés dans des activités de banditisme, de crime organisé ou d’autres formes de violence, quelques leaders de cette commune marginalisée avaient pensé que l’utilisation du football était un vecteur intéressant. Ils avaient raison. Via le mouvement communautaire SAKALA (Sant kominotè altènatif lapè), plusieurs dizaines de jeunes ont été canalisés vers un lendemain meilleur par le sport et l’éducation.

Publié le 2014-02-07 | Le Nouvelliste

National -

Quartier «3 BB» à Cité Soleil. Derrière une grande barrière verte truffée de messages de paix et d’amour, des gars jouent au foot. Ils viennent de différents quartiers qui étaient souvent en conflit au cœur du vaste bidonville. Dans une salle, à côté d’une mini bibliothèque, Emmanuela Fortin, 17 ans, prépare son devoir d’anglais qu’elle n’a pas trop bien compris en classe. Ses collègues, en majorité des filles, sont là pour la même cause. Ils écoutent attentivement leurs moniteurs. Après l'école, le rendez-vous est pris ici pour effectuer ensemble les devoirs de maison et suivre des séances de mise à niveau. « Mon père est porté disparu depuis 2011, explique Emmanuela. Un soir, quelqu’un est venu l’appeler, il est sorti pour aller le trouver, il n’est jamais revenu depuis. Ma maman n’a pas assez de moyens économiques pour payer mes études, SAKALA m’a donc prise en charge. Le programme est vraiment intéressant, je me sens bien », ajoute l’adolescente qui rêve d’étudier les sciences comptables ou les sciences infirmières. Comme elle, plusieurs dizaines d’enfants et d’adolescents vivent une nouvelle vie depuis la mise en place de SAKALA ayant pour slogan : « Un rêve et tout est possible. » Daniel Tillias, qui a passé une grande partie de sa vie au cœur du vaste bidonville, est l’un des membres fondateurs. « SAKALA entre dans la même logique de Pax Christi, un mouvement pour encourager la paix dans le monde, explique-t-il. Mais SAKALA est un mouvement purement communautaire mis sur pied en 2006 quand Cité Soleil a connu les moments les plus difficiles avec des activités de violence, de kidnapping… Il fallait penser à une alternative. » « Il y avait des conflits armés entre différents quartiers à l’époque, poursuit Daniel Tillias. Nous avions réalisé quand il y avait un match de foot, quand le Real Madrid, le Milan AC ou encore le FC Barcelone jouaient, les bandits déposaient leurs armes pour regarder le match. Comme stratégie, nous avons donc commencé avec le football en faisant jouer tous les enfants de différents quartiers pour faire la paix. » Une équipe en deuxième division, un jardin dans la ville… Aujourd’hui, grâce à ce mouvement communautaire, Cité Soleil a une équipe qui joue déjà en deuxième division. Une équipe qui se distingue par son fair- play. Au sport, les leaders de SAKALA ont associé l’éducation dans cette aventure démarrée dans une pièce de maison de 10 mètres carrés chez l’un des membres fondateurs de l’association communautaire qui dessert quelque 250 jeunes. « L’idée est de donner une chance à Cité Soleil de montrer un nouveau visage à l’extérieur, explique Daniel Tillias. Nous devions faire comprendre que Cité Soleil est une communauté comme n’importe quelle autre du pays, mais avec peut-être des besoins ou des problèmes différents. » Le quartier « 3 BB » a certes ses besoins, mais avec SAKLA, il a aussi des initiatives positives entreprises qui sautent aux yeux. Outre les volets éducation et sport, les responsables de SAKALA ont prouvé que l‘agriculture n’est pas vraiment une affaire de campagne ou de paysans. Sur les vestiges d’une usine détruite lors des combats après la chute d’Aristide et qui allait servir par la suite de dépotoir poussent, depuis tantôt quatre ans, des olives, des légumes et des plantes aromatiques vendus parfois à des institutions. Comme une petite forêt dans la ville. « C’était une façon d’inspirer les habitants de Cité Soleil sur la sécurité alimentaire, leur montrer qu’ils peuvent produire, eux aussi », expliquent les leaders du mouvement associatif. Des jeunes épargnés de la délinquance Aujourd’hui, en contemplant le sourire sur le visage de beaucoup de jeunes de «3 BB» et d’autres quartiers, des parents – dont certains ont perdu leurs enfants dans des conflits armés ou d’autres actes de banditisme – estiment que c’est un signe pour montrer qu’il y a encore de l’espoir et qu’on peut faire beaucoup de choses. « J’avais des amis très paisibles et respectueux qui passaient leur temps à l’église, se souvient Daniel Tillias. Leurs parents ont fait des efforts pour qu’ils deviennent des gens de bien. Après quelque temps, j’ai demandé de leurs nouvelles, et j’ai appris que certains sont en prison et d’autres ont été tués dans des activités de banditisme. C’est vraiment révoltant. Ce sont des jeunes qui avaient tous les potentiels pour devenir un grand avocat, un grand ingénieur… » Elison Mentor, 18 ans, et tant d’autres jeunes ont été canalisés vers un lendemain meilleur. Au lieu de se livrer à la délinquance, Elison joue de préférence au football au poste de milieu défensif. Pour lui, le centre de formation SAKALA, supporté aujourd’hui par des partenaires locaux et internationaux, occupe une place spéciale dans sa vie. « Le centre m’a beaucoup aidé à tous les niveaux, affirme Elison Menor. Il occupe une place spéciale dans ma vie. J’ai suivi une bonne ligne de conduite. Je ne fume pas et je ne bois pas d’alcool. Je ne sais ce que je serais devenu. C’est quand même un privilège, je pense que d’autres jeunes qui sont aujourd’hui impliqués dans des activités de violence auraient changé s’ils avaient eu la chance d’intégrer un centre pareil. »

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